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Le 29/05/2010 sur ARTE, à 20h36, documentaire sur LES MYSTERES DE JEANNE D’ARC.

Publié le 11 juin 2010 par Ananda

« Deux ou trois choses que l’on sait de Jeanne D’Arc. Entre légende et vérité… », voilà ce que nous chantonne une suave voix de femme, en introduction à ce film.

Jeanne D’Arc ! Une figure de l’Histoire de France et d’Europe dont , « depuis 1431, l’histoire a fait le tour du monde ».

« Est-elle l’élue de dieu ou le produit d’une manipulation ? »

« Et si son histoire avait été réécrite afin de gagner le guerre ? ».

Telles sont les questions qui, aujourd’hui encore, agitent les historiens, et nous titillent.

Comme toute histoire « pas ordinaire », l’histoire de Jeanne est cousue d’énigmes.

Pour commencer, nous apprenons que nous n’avons « aucun portrait d’elle ».

Ce dont nous disposons, par contre, c’est de «  20 000 livres ou thèses », ce qui représente « un océan d’archives ».

Mais les problèmes commencent à se poser dès son époque, où « les récits divergent ». Le récit de référence, celui le plus consulté par les chercheurs est le compte-rendu de son procès à Rouen. Cependant, vingt ans après ce dernier, eut lieu un procès en réhabilitation où un dénommé Manchon conteste les actes qu’il avait lui-même rédigé dans la ville normande, et dénonce, en le procès de Rouen, un « procès mensonger, vicié, corrompu », auquel, d’après lui (et il est vigoureusement formel sur ce point), ne se doit accorder « aucune créance ».

La question nous vient spontanément : que penser de tout ceci ?

Le procès en réhabilitation de la Pucelle donna lieu à une enquête de très grande ampleur : pas moins de 114 témoins furent, pour l’occasion, sollicités par d’Estouville. Outre qu’on est frappé par le fait que, selon eux, Jeanne était une personne très pieuse, on note leur insistance marquée sur un autre point : son état de « bergère ». Pourtant, chose étrange compte tenu de ce qui précède, à Rouen, elle soutient mordicus qu’elle n’a « jamais gardé d’animaux ».

Sa première description en tant que « bergère » apparaît dès la délivrance d’Orléans, à la fin du printemps 1429, sous la plume de Perceval de Boulainvilliers, le chambellan de Charles VII. Comme on le constate, il est très difficile de faire la part des choses, « les textes premiers » se révélant, « déjà, en contradiction ».

Mais tentons de resituer un peu le personnage dans son contexte.

« Après la bataille d’Azincourt, la France se trouve dans un état catastrophique » ; le Nord du pays et l’Aquitaine sont directement occupés par les Anglais, dont la Bourgogne s’est faite l’alliée, cependant que les Armagnac résistent encore autour de la personne du dauphin Charles (le futur Charles VII) ; « deux rois sans couronne s’opposent pour le trône de France ».

Pour sa part, Jeanne commence à entendre des voix peu après le traité de Troyes (coïncidence ?). On sait qu’elle a, à deux reprises, assisté au pillage de son village, et que le « choc » qui en est résulté a « provoqué la venue de l’Ange ».

Les trois objectifs que les « voix divines » lui fixent sont les suivants : délivrer Orléans, faire sacrer le dauphin Charles à Reims et délivrer le Prince-poète Charles d’Orléans à Londres où il est détenu.

Les premières voix de Jeanne « se manifestèrent lorsqu’elle avait treize ans ». Toutefois, elle ne se bornait pas à leur perception, puisqu’il lui était aussi donné dans le même temps de voir des « particules lumineuses venir à elle ». A-t-on affaire là à des « hallucinations visuelles et auditives » ?

Marcel Gay, un journaliste d’investigation, a enquêté. Ce qui est certain, c’est que « les voix ont des apparences humaines » et que « ce sont, en fait, des personnages », qui « parlent français ».

Il est, à ce stade, bon de rappeler que « ferveur religieuse et mysticisme » culminent en France à l’époque qui nous intéresse. Fait plus intéressant encore, « des prophéties annoncent la future venue d’une « pucelle » longtemps avant la naissance de Jeanne D’Arc ». Aux dires d’une femme, que l’on a dénommée « la recluse d’Avignon », « le royaume, perdu par une femme [Isabeau de Bavière, de mœurs fort légères] sera sauvé par une vierge ». Une autre prophétie, appelée « prophétie de Merlin », parle, pour sa part, d’une « pucelle du Bois Chenu », or ce Bois Chenu en question se trouve aux environs de Domrémy. Il faut signaler au surplus que Jeanne elle-même non seulement attachait foi à ces « annonces », mais qu’elle n’hésitait pas à se présenter comme une prophétesse, que tout un chacun  regardait  en tant que telle.

Il faut en convenir, « le plus déroutant, le plus mystérieux, c’est la façon dont elle s’est elle-même convaincue » et, partant, l’assurance dont elle a su faire preuve. De ce phénomène, on nous dit qu’il constitue « un cas unique d’auto-persuasion et de réalisation, de mise en pratique de sa propre vision ».

Il n’en reste pas moins que déjà, à l’époque, certains pensent à un « stratagème humain » mis en place par les nobles français qui n’admettent pas leur défaite.

Qui ? Eh bien, entre autre, le pape soi-même (qui mentionne « cet artifice de produire une vierge divinement envoyée ») et les Bourguignons qui n’ont pas moins de doutes sur ce stratagème. Car enfin…Jeanne D’Arc a été formée aux armes par des nobles. Nous savons pertinemment, par « Les chroniques du Duc de Lorraine », qu’elle a été, de suite, placée sous l’aile d’un seigneur, le capitaine Robert de Baudricourt, lequel, en la présentant au Duc de Lorraine, convainquit celui-ci de la faire armer d’une lance et d’un cheval de guerre. Les témoignages du temps ne laissent aucun doute sur le fait que Jeanne était « très entraînée », entraînée au point que « toute la noblesse était ébahie » par son endurance et par ses qualités de « cavalière émérite ». A cela, deux explications possibles : soit cette force, cet aguerrissement militaire étonnant lui étaient conférés par dieu ; soit l’on avait affaire à une « mise en scène » dont Baudricourt aurait été « le deus ex machina » et, bien entendu, le responsable de la formation militaire de la jeune personne.

Autre mystère, et pas le moindre : l’âge de la Pucelle, que l’on n’a jamais été en mesure de déterminer. Cela s’avère fort malaisé, compte tenu du fait que Jeanne elle-même et les chroniqueurs (parmi lesquels, notamment, Boulainvilliers, qui fut le seul à avancer une date de naissance) indiquent des dates qui diffèrent. Il y a pourtant une possibilité de se faire une petite idée du moment où elle vit le jour : il existe, en effet, un document relatif à un procès devant l’Officialité de Toul en date de 1428 et concernant la future Pucelle, que ses parents avaient « tenté de marier de force ». Forte personnalité déjà, Jeanne s’y était farouchement opposée et l’Officialité lui avait donné gain de cause. Or nous savons qu’à cette époque, la loi voulait que nul ne puisse comparaître devant ce type de juridiction en deçà de l’âge de vingt ans.

Que dire de la famille de Jeanne ?

Les deux officiers de Baudricourt qui « se rendaient régulièrement à Domrémy » décrivent ses parents comme « de bons laboureurs ». Mais qu’entendait-on exactement par cela ? Le fait est que l’on possède un bail qui atteste que le père de Jeanne, Jacques D’Arc, « louait des terres et même une forteresse au seigneur local ». Alors, « humble paysan » ? Certes, non. Le père de Jeanne D’Arc était maire et sa famille, « l’une des plus riches du village de Domrémy ».

Au moment où Jeanne s’apprête à marcher vers le dauphin, le malheureux Charles est tellement aux abois qu’il envisage de quitter le royaume pour l’Espagne ou l’Ecosse.

Le lieu où la Pucelle rencontra le futur Charles VII existe toujours, et le documentaire nous le montre : il s’agit d’une des salles du château de Chinon. La scène fatidique est ensuite évoquée de la sorte : « Jeanne, qui était petite et brune, fait tout naturellement les révérences » qu’il est de mise de faire au roi. A Charles qui cherchait à se dissimuler parmi la foule des courtisans, elle dit : « tu es le vrai roi de France ». Comme on l’imagine, « Charles rayonne ». L’étrange jeune fille « lui révèle alors un secret très important », un secret qui, aussi « étonnant » que ça puisse nous paraître, lui vaudra « tous les égards dus à une princesse de sang royal ». Désormais, la Cour s’adressera à elle en lui donnant du « noble princesse » ou du « noble dame », ce qui alimentera, on s’en doute, les conjectures. L’hypothèse d’une éventuelle noblesse (bâtarde) de la Pucelle est-elle crédible ? On s’est souvent risqué à l’avancer, quoique « les preuves manquent ».

Pour en revenir au problème du « stratagème » et de ses instigateurs, beaucoup pensent que ces derniers auraient pu compter dans leurs rangs la « reine de quatre royaumes », Yolande d’Anjou, belle-mère du dauphin Charles. Ce fut en tout cas à Yolande que revint la délicate (et essentielle) mission de superviser l’examen de virginité de la jouvencelle. De ce fait, on peut affirmer que c’est Yolande qui la « légitimise en tant que Pucelle » et donc, en tant que réalisation du « schéma prophétique ».

De Jeanne D’Arc, le documentaire nous dit encore bien d’autres choses : il était, par exemple, de notoriété publique qu’elle détestait qu’on la touche, qu’elle craignait fort les hommes et qu’elle avait, du viol, une véritable « hantise ».

Autre fait curieux et propre à susciter l’interrogation : ses « connaissances théologiques » très poussées et sa pratique d’un « français de France particulièrement pur » (alors qu’à Domrémy l’on parle « un patois incompréhensible pour les gens de la Cour »). Ne tendraient-elles pas à faire soupçonner que Jeanne aurait « vécu dans de savantes écoles » ? Alors même que, durant toute son odyssée, elle n’arrête pas de soutenir qu’elle ne sait ni lire, ni écrire, on la verra, lors de son procès, à Rouen, lire sans encombre des documents et affirmer comme si de rien n’était qu’elle maîtrise l’écriture.

Dans un tout autre domaine, le témoignage du Duc d’Alençon met fortement l’accent sur ses talents militaires de cavalière, de porteuse de lance, de rassembleuse d’armée qui, parait-il, « excelle » dans la préparation de l’artillerie. Tout ceci n’est pas loin de lui conférer un profil de chef de guerre en bonne et due forme. Pourtant, l’on ne peut pas dire que Jeanne D’Arc soit « à la tête de cette armée » à proprement parler, étant donné qu’elle est tenue à l’écart du Conseil de Guerre.

Ce qui ne l’empêche pas d’exercer une très intense fascination (qui ne laisse pas non plus d’étonner) sur les féroces capitaines qui dirigent l’armée Armagnac (comme le sinistre Gilles de Rais qui, bien plus tard, sera à l’origine de la légende de Barbe-Bleue, c’est tout dire, ou encore le fameux La Hire, guère plus respectueux de la vie humaine).

La légende affirme clairement que c’est Jeanne qui libéra Orléans (« en à peine huit jours ») et qu’elle dut cet exploit à son courage et à son charisme.

Est-ce exact ? Les spécialistes interrogés, eux, mettent un sérieux bémol : pourquoi ne pas, tout aussi bien, tenir compte des « graves dissensions » qui régnaient au même moment entre les Anglais et leurs alliés bourguignons, lesquels allèrent jusqu’à retirer leurs troupes de la ville à prendre ?

Pour le Duc de Bedford, toutefois, c’est, sans conteste, « la peur de Jeanne » qui causa la défaite ; la Pucelle, en effet, « terrifiait les Anglais » par son aura magique.

Une fois Orléans prise dans ce climat mi-guerrier, mi-mystique (qui n’est pas sans évoquer l’Iliade ou le combat d’Arjuna dans le Ramayana), la légende de la Pucelle fit tache d’huile : les poèmes épiques s’en emparèrent dans le but de l’exalter, de la propager dans toute la France. Forme de « propagande » avant la lettre ?

S’il y en eût , envers et contre tout, qui ne furent pas touchés, ce furent les bourgeois parisiens tout acquis au parti des Bourguignons, qui se déchaînèrent littéralement contre la valeureuse héroïne. On ne peut pas plaire à tout le monde (et surtout pas en France, oserai-je ajouter)…

Quelques détails supplémentaires sur Jeanne D’Arc nous sont fournis par le compte-rendu de son procès en réhabilitation. Qu’y apprenons-nous ? Des éléments plutôt intimes et assez bizarres : qu’elle « ne mangeait pratiquement pas et n’avait pas de règles » ou encore que, bien que vêtue de manière masculine durant la journée, elle « couchait avec des femmes » (jeunes de préférence) et que, si jamais il lui fallait dormir au milieu des hommes, elle gardait prudemment sur elle son habit d’homme, dans tous les cas. Etait-elle anorexique ? Refusait-elle sa féminité ? Se voulait-elle asexuée pour mieux se rapprocher des anges ? On serait en droit de laisser ces questions nous effleurer l’esprit.

On connait l’apogée de l’aventure hors norme de la Pucelle : le sacre du dauphin à Reims, après qu’elle eût reconquis la ville. « Le sacre de Charles VII est le triomphe de Jeanne et de ses voix divines ».

De suite après, le vent tourne : Charles, par pragmatisme politicien, négocie avec le parti bourguignon une trêve, que dénonce avec force la Pucelle, choquée. Jeanne n’en tente pas moins de faire tomber Paris, mais c’est trop tard, « tout s’est déréglé ».

En 1429, « la Pucelle a perdu son auréole ». Tandis qu’elle poursuit farouchement son combat seule, « lâchée par Charles VII » que, maintenant, elle gêne, elle est blessée à deux reprises, ce qui, là, amène une interrogation. Savait-elle vraiment se battre ? Une spécialiste anglaise tranche, assez péremptoirement, qu’elle n’était pas une véritable « combattante ».

On est au courant de la suite, plutôt tristounette, de l’histoire : livrée à Jean de Luxembourg, elle se voit « revendue » par celui-ci aux Anglais, qui la conduisent à Rouen. Là l’attend le tout jeune roi d’Angleterre Henry VI (âgé de huit ans seulement), que l’on a dérangé pour la circonstance.

« Henry VI se trouvait à Rouen pendant tout le procès de Jeanne D’Arc » et l’on comprend pour quelles raisons : là encore, on se trouve devant une mise en scène. Comme on continue malgré tout à craindre l’aura surnaturelle qui enveloppe l’héroïne française, on lui « oppose » la présence de cet enfant-roi, que l’on considère seul apte de par sa jeunesse extrême, à la surpasser en « innocence ». Face à une telle pureté, que vaut désormais l’ « insolente » ? Quid de la légitimité de cette femme qui est sortie et sort encore de son rôle naturel ?

Du « procès de Rouen », les savants nous disent que « ce sont des procès politiques », non sans souligner (et on leur en sé gré) que « ce sont de bons français – normands et parisiens – qui ont fait condamner Jeanne D’Arc pour hérésie ». Ils ajoutent : « la plupart des juges de Rouen avaient adhéré au traité de Troyes ».

Les Anglais vérifient eux-mêmes la virginité de l’héroïne. « Elle est toujours vierge » et ne peut, donc, pas être considérée comme sorcière.

« Les juges s’acharnent à poser des questions sur la nature des voix à Jeanne D’Arc », laquelle désigne nommément St Michel, Ste Catherine et Ste Marguerite comme guides de sa vie et de son action.

Et le plus incroyable, c’est que, même dans sa prison rouennaise, la Pucelle s’arrange pour refaire « apparaître » des voix. Pour cela, elle avoue qu’elle a besoin de silence et de prière.

Les voix ont, en ces heures, pour Jeanne, une fonction de soutien. Soutien spirituel, car, de soutiens matériels, hors Gilles de Rais qui, un certain temps, harcèle les troupes anglaises dans la région, elle n’en a plus. Charles VII, en plein pourparlers avec ses frères ennemis les Bourguignons, se désintéresse de son sort.

Le procès s’éternise. « Molestée, battue, déshabillée, forcée » dans sa geôle, la Pucelle, dès qu’elle le peut, se hâte de se rhabiller en homme (qui lui a procuré de tels vêtements, et, entravée comme elle l’était, comment a-t-elle pu les mettre ?). Ce nouveau travestissement amènera l’évêque Cauchon à la déclarer « hérétique, relaps ». Malgré son « hérésie », il lui accordera néanmoins le droit de recevoir la communion (fait qu’une fois de plus, on s’explique mal).

Concernant son exécution, « les détails manquent et se contredisent ». Il y a certaines choses que l’on peine à comprendre : lors de sa montée au supplice, le visage de Jeanne est « embronché » (=recouvert) d’une mitre (est-ce pour le dissimuler ?) ; 800 hommes de troupe sont réquisitionnés pour maintenir la foule soigneusement à distance d’elle (là, à nouveau, on est fondé à se demander pour quels motifs, lorsqu’on est au fait des mœurs médiévales très friandes de spectacles d’exécutions) ; le bûcher, quant à lui, « est trop élevé », surhaussé sur un « haut échafaud de plâtre » qui le rend inaccessible (n’est-ce pas étrange ?). Et le clou : une fois qu’elle fût morte, « on ralluma un grand feu sur sa pauvre charogne ». Tout se passe, apparemment, comme si l’on avait voulu qu’il ne subsiste rien, qu’il n’y ait aucune possibilité d’identification de la femme qu’on avait brûlée.

S’agissait-il de la vraie Jeanne ?

Vingt ans plus tard (nous y avons fait déjà allusion), plusieurs des juges de la Pucelle se mettent à témoigner en sa faveur lors du fameux procès en réhabilitation. « Mais n’en rajoutent-ils pas pour faire oublier leur collaboration ? ».

D’autre part, « cette fin héroïque va devenir légendaire », mais « aucune chronique anglaise ne la mentionne ». N’est-ce pas inattendu ?

En Mai 1436, non loin de Metz, rebondissement !

Voilà-t-il pas qu’une certaine Claude se prétend Jeanne-la-Pucelle.

Qui plus est, elle se trouve « reconnue » par de nombreuses personnes.

Vous m’objecterez : « comment, au XVe siècle, peut-on reconnaître une personne ? Sans l’existence de la photo ? ». On pourrait croire, en effet, à des illusions, des sortes de mirages, n’était le fait (« dérangeant, inquiétant ») que les propres frères de Jeanne D’Arc la reconnaissent en cette femme, que signalent également à l’attention ses remarquables qualités de cavalière.

Ladite personne se rend à Arlon et, de là, écrit au roi une lettre, qui porte témoignage du fait qu’ « elle connait parfaitement la situation politique du moment ainsi que les noms des hauts personnages et leurs titres ».

Il n’en faut pas plus pour que la nouvelle de la « réapparition » de Jeanne se répande dans tout le royaume de France.

En 1436, on retrouve la mystérieuse dame à Cologne où, selon l’attestation de Johannes Nieder, « elle se donnait les allures d’un homme, buvait et festoyait » à la façon d’un homme et avec les hommes, tout en se prétendant « Jeanne D’Arc ressuscitée par dieu ». Ce fut en tant que telle, en tant que « Pucelle de France » qu’elle séjourna à Cologne, et elle y fut impliquée dans des tractations politiques. Mais la menace de l’Inquisiteur de Cologne, sous l’espèce d’une convocation, incita un comte à la faire « évader » de cette ville allemande. Revenue , par la force des choses, à son point de départ, Arlon, elle se maria (quoique excommuniée) à un seigneur, Robert des Armoises, « avec la bénédiction de la Duchesse de Luxembourg », en prime. De ce moment, elle se fit appeler « Jeanne du Lys, Pucelle de France ». La vraie Jeanne serait-elle cette femme, plutôt que celle qui fut brûlée à Rouen ?

En 1436, le roi d’Espagne reçut une demande d’aide contre les Anglais émanant d’une Pucelle qui prétendait combattre ceux-ci à La Rochelle. Trois ans plus tard, Jeanne des Armoises reçoit, à Orléans, un accueil enthousiaste : après que 210 livres (« somme colossale ») lui aient été offerts par la ville « pour le bien » qu’elle lui avait fait, elle fut conviée par la municipalité à un dîner mais s’arrangea pour disparaître au cours du repas.

Ensuite ? « Les ennuis ne tardent pas ». En 1440, elle est arrêtée et amenée devant le Parlement de Paris où elle a l’occasion de déclarer (sans doute pour contrer les accusations de « non-féminité ») qu’elle est « mère de deux fils ». Quelques temps plus tard, elle sert Gilles de Rais en tant que « capitaine d’hommes d’armes ». La même année, soit dix ans après le drame du bûcher de Rouen, elle parvient à obtenir une entrevue avec Charles VII qui, décidément inimitable, s’exclame « Pucelle, ma mie, c’est vous ! ». Il est quand même à noter qu’ « à aucun moment, le roi ne met en cause l’authenticité de cette personne » en tant que Jeanne D’Arc.

Cette femme s’est-elle jamais livrée à une confession de son imposture ?

Aucun document n’est en mesure de nous éclairer sur ce point.

En définitive, l’aventurière retourne auprès de son époux qui, lui, est tranquillement resté à Metz.

Cette mystérieuse Jeanne des Armoises laissa derrière elle quelques portraits dont le plus connu, un profil, figure sous forme de sculpture en bas-relief sur une porte de bois datant du XVe siècle qui aurait été celle de sa propre demeure. Après avoir balayé ces portraits (dont on ne sait trop quoi penser), la caméra nous entraîne en pleine campagne lorraine : des prairies, des arbres, un petit village, un clocher. C’est celui de l’église où aurait été enterrée (dans le chœur même) Jeanne des Armoises, parmi toute sa famille. Mais les sépulcres ayant été profanés sous la Révolution, les restes des des Armoises ont depuis bien longtemps disparu et seuls subsistent quelques fragments des anciennes pierres tombales, que l’on nous désigne.

L’unique certitude est que la Dame des Armoises trépassa en 1449. C’est à ce moment-là que fut ordonné le procès en réhabilitation. Comme (sous l’effet de la culpabilité ?), il fallait à tout prix la « blanchir », les compte-rendus de ce procès, à l’image de ses « témoignages truqués », cherchent à camper le portrait d’une sainte.

« L’Eglise (nous apprend-on) va avoir cinq siècles de doutes sur la femme qu’elle a condamnée ». Après quoi, en 1920, Benoît XV canonisera Jeanne D’Arc.

« La lumière montre l’ombre et la vérité le mystère. »

P.Laranco.


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