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Ethiopie et Nil

Publié le 12 juin 2010 par Egea

Le développement du cours amont du Nil est probablement la grande affaire de cette région de l'Afrique, bien plus importante pour les acteurs régionaux que les bagarres en Somalie, les démêlés au sud-Soudan ou la bande de Gaza.

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carte tirée de cet exposé au FIG de Saint-Dié en 2003.

1/ En effet, l'Éthiopie est en train d'aménager le cours supérieur du Nil (voir article ici). Au grand dam de l'Égypte (surtout) et du Soudan, qui revendiquent des droits "historiques" sur le fleuve et dénoncent cet aménagement jugé presque hostile.

2/ On retrouve là l'asymétrie qui existe entre les pays amonts et les pays avals (exposée dans ce billet). D'autant plus vive que l'Éthiopie, à la suite de la sécession de l'Érythrée, est devenue un pays enclavé.

3/ En fait, l'Éthiopie parie sur l'énergie hydroélectrique. Ces grands projets se déroulent à marche forcée, car le pouvoir, issu d'une rébellion marxiste tigréenne, est un des moins corrompus d'Afrique (comme quoi, le marxisme a du bon, parfois) et les projets arrivent à leur terme, surtout que la Chine les finance. On s'attend donc à voir l'Éthiopie exportatrice d'électricité à moyen terme. Le château d'eau de l'Afrique aurait les moyens de son développement.

4/ Mais cela remet en question les accords traditionnels de gestion de l'eau du Nil, qui dataient des Britanniques : l'Égypte utilisait 3/4 des eaux, le Soudan un quart. Mais les autres pays ont entamé une négociation pour un nouveau partage : Éthiopie, Kénya, Ruanda, Ouganda et Tanzanie sont d'accord. La RDC et le Burundi hésitent. Or, les projets éthiopiens, les plus aboutis, ne menacent pas vraiment l'exploitation du NIil : il ne s'agit pas de consommer l'eau à des fins d'irrigation, mais de la stocker avant de la reverser.

5/ En fait, l'Égypte gaspille beaucoup plus d'eau dans le barrage Nasser que ce que pompent les pays amonts. Mais l'Égypte est un enfant du Nil et en dépend tellement que la question lui est absolument essentielle. On comprend que pour Le Caire, ce qui se passe au sud a énormément plus d'importance que ce qui se passe au nord-ouest, du côté de Gaza et au-delà.

6/ Toutefois, l'inquiétude ne réside pas dans l'aménagement du haut-Nil, mais dans les éventuels projets soudanais : on peut en effet pronostiquer la volonté soudanaise de développer des irrigations, ce qui poserait, cette fois, la question des ressources d'eau. Souvenons-nous que la question du Darfour fut aussi provoquée par des assèchements de culture provoquant des compétitions accrues de populations sur des ressources se raréfiant : Khartoum pourrait tout à fait estimer qu'elle "peut" exploiter l'eau pour résoudre les besoins de sa population. Au risque de troubles avec le voisin du nord. Surtout si le sud-Soudan fait sécession, et que le nord doit retrouver un projet national.....

Voici encore un exemple de géopolitique des ressources. Vraiment une affaire de ressources. Vraiment géopolitique.

Réf : fiche de lecture des "guerres de l'eau" qu'il faut lire, assurément.

O. Kempf


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