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Procès Kerviel : la Société Générale mise en accusation

Publié le 14 juin 2010 par Nicolas Koenig

Procès Kerviel : la Société Générale mise en accusationC’est jeudi dernier, au tribunal de grande instance de Paris, que s’ouvrait la troisième séance du procès Kerviel. Largement consacrée aux interrogatoires de l’accusation, cette séance a particulièrement sollicité Claire Dumas, représentante de la Société Générale dans ce procès. La défense de l’ancien trader Jérôme Kerviel, représentée par Me Metzner et son associé Me Huc-Morel, a marqué des points face
 à la banque. Conséquence directe : les indices s’additionnent et pointent les limites et failles de tout un système.

En ouverture de séance, le président du tribunal a projeté une vidéo réalisée par la Société Générale. Grâce à ce didacticiel, le public a découvert le fonctionnement d’une salle des marchés. L’un des enjeux majeurs du procès consiste en effet à savoir si les prises de positions colossales de Jérôme Kerviel étaient connues, ou pas, de sa hiérarchie. Rappelons qu’il a fait perdre près de 5 milliard d’Euro à sa banque.

Fidèle aux reportages télévisés habituels, ce court film montrait un large open-space où des traders stressés scrutaient leur dizaine d’écrans (chacun), accrochés au téléphone ou à leur clavier. Difficile de croire que, dans une telle symbiose, les membres de l’équipe de Kerviel n’aient pas eu connaissance de ses agissements. Claire Dumas se défend : « Vous savez, les traders ont une charge de travail qui les empêche de s’occuper de leurs voisins. Le voisin de Kerviel aurait dû l’observer toute la journée pour se rendre compte. En un clic, on peut prendre des millions ».

Lorsque Me Metzner demande des éclaircissements sur les moyens dont disposait la banque pour vérifier les agissements de Kerviel, la Société Générale reste évasive. Il existe une multitude d’outils de veille, mais, d’après elle, aucun n’aurait su repérer les mouvements effectués par Kerviel. Pourtant, les managers de Kerviel validaient chaque jour le coût de ses opérations, c’est à dire ses frais de courtage, directement proportionnels aux valeurs échangées en bourse. A cela, Claire Dumas ajoute : « compte tenu des temps de traitement et de calcul, on se réfère à une photo de l’activité des traders, prise le soir ».

L’avocat de Jérôme Kerviel s’étonne donc : « Est-ce à dire que pendant la journée, on peut rouler à 250 en ville  ? ». Il n’existait pas de dispositif de limitation des positions prises par les traders en temps réel, ou tout du moins ces dispositifs n’étaient pas utilisés par les managers de Kerviel. La Société Générale reconnais les dysfonctionnements dans ses procédures de contrôle : « les opérations de M. Kerviel ont été permises par la concomitance de l’absence de limite nominale et du recours à des faux ».

En conclusion de cette séance, les torts semblent donc largement partagés, entre l’ancien trader et son employeur. Le président du tribunal nous le rappelle par une étonnant prise de position en guise de levée de séance : « Il n’y a pas d’évidence dans cette affaire, M. Kerviel. Et ça, il va falloir vous le mettre dans le crâne  ! ».


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