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Retraites : Le bal des schizophrènes

Publié le 15 juin 2010 par Vogelsong @Vogelsong
Et je crois que vous devriez aller voir un psychiatre du gouvernement ; vous êtes très malade” - P. K. Dick – Le Bal des Schizos (1972) – p. 442 Coll. Omnibus
La parole gouvernementale se déploie sur deux tons. Deux niveaux de compréhension. Le premier, mitigé, presque rassembleur évoque souvent un rattachement aux grands principes républicains. Le second s’accorde plus subtilement avec les invectives Sarkoziennes, empruntées à la révolution libérale de la campagne de 2007. La contre-réforme des retraites, symptomatique de cette pathologie politique, de ce dédoublement du langage atteste du niveau actuel de communication : une incantation aliénée. Retraites : Le bal des schizophrènesDans la bouche de F. Fillon, les paroles n’ont plus de sens. Il déclarait au quotidien Nice-MatinLe système par répartition est au coeur de notre solidarité et de notre pacte républicain. Nous devons le sauvegarder. C’est ça, la priorité, pas de disserter sur un changement radical d’organisation du système auquel je ne crois pas”. L’homme de la faillite de la France, qui distille les peurs domestiques, celles d’un pays qui doit être géré comme une entreprise ou une famille, enfile ses hardes du « grand forestier »* pour soumettre le pays au désir impérieux des marchés. Pour la besogne, il se réfère aux fondements de la cohésion nationale en souhaitant ardemment garder le système de répartition, un acquis d’après-guerre. Mais dans le même temps supprimer par petits morceaux ce même système en augmentant la durée de cotisation, et en repoussant l’âge de départ légal à la retraite. Conserver tout en détruisant. La reptation peut commencer. Une tâche dévouée au cauchemardesque E. Woerth, petit comptable de Province et idéologue de classe, qui doctement expose les choix courageux et rationnels du gouvernement. Il proposait sur RTLL’allongement du temps de travail, quand vous vivez plus longtemps, vous devez passer plus de temps au travail (…) L’âge légal de 60 ans est évidemment en débat, il ne faut pas avoir de tabou dans ce type de sujet”.  Une atmosphère de paranoïa peu propice à un débat sérieux. Car augmenter les durées de cotisations, compte tenu de l’âge de cessation d’activité moyen des Français (58,8 ans), entraîne mécaniquement une baisse des pensions. Une aubaine pour les sociétés d’assurances qui rêvent de jouer au casino avec les deniers des frustrés de la redistribution. Car finalement, la manœuvre consiste à aiguiller les Français vers la capitalisation, voire le boursicotage. Pourtant, on continue d’affirmer que la pérennité du système, largement plébiscité dans les études (dit-on), constitue l’objectif du gouvernement. Insensé. Les psychopathes de la dette continuent de ressasser les mêmes rengaines sur le système social trop dispendieux. Si l’âge de départ moyen à la retraite est de 61,5 ans, il est souvent précédé d’une période d’inactivité (chômage, maladie). Plus de deux années et demie (entre l’âge de cessation d’activité et l’âge de liquidation de la retraite), qui pèsent sur les comptes sociaux. L. Parisot, l’amnésique de l’UIMM déclarait au détour d’un délire “Il faut changer l’âge légal de départ à la retraite [...] L’espérance de vie approche les 100 ans , [...]”. Comme C. allègre, elle s’amuse (avec les statisticiens du MEDEF) à gribouiller des courbes d’espérance de vie, en spéculant sur une progression linéaire. Elle oublie que l’espérance de vie en bonne santé est estimée à 64,2 ans pour les femmes et à 63,1 ans pour les hommes (source INSEE). La patronne du patronat oublie surtout d’intégrer dans son équation d’espérance de vie ses propres variables, c’est-à-dire un allongement de la durée du travail. Car l’accroissement de l’espérance de vie est aussi dû aux constants progrès des conditions sociales. Le MEDEF par son dictaphone l’UMP semble aborder la question hors de toute contingence sociale. Un pur délire scientisto-mécaniste où le progrès se réduit à la capacité de l’homme à produire rationnellement les éléments nécessaires à sa survie. Les conditions d’existence (physiques et psychologiques) reléguées au second plan ou simplement oblitérées. Beaucoup plus simple. Grâce à E. Woerth, F. Fillon ou L. Parisot la frontière entre le progrès et la régression est devenue si ténue qu’on ne distingue plus la différence entre un projet de classe, un projet de société, la mise en coupe réglée de la classe moyenne pour la calibrer aux impératifs de production, ou plus vulgairement la perte intégrale de repères sociaux. La lévitation dans des sphères hors du sens commun. Atteint de bipolarité aiguë, le gouvernement met sur les rails un projet d’allongement de la durée du travail, soufflé par une organisation patronale le souhaitant vivement. Qui dans le même temps en son sein, par ses pratiques quotidiennes (le MEDEF) met littéralement à la casse des salariés de plus de 50 ans. Les économistes, plutôt que de pointer des contradictions internes au même sujet, divaguent sur la relativité de l’âge de la retraite. Au comble de l’aphasie, ils estiment que l’allongement de l’âge de départ rajeunirait les seniors au sein des entreprises. Un monde de dingues… *Croque mitaine dans « Sur les falaises de marbres » E. Jünger Vogelsong – 10 juin 2010 – Paris

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