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MAURICE ET JEANNETTE, biographie du couple Thorez par Annette WIEVIORKA

Publié le 15 juin 2010 par Mpbernet

La critique de Claude :

wievorka
C’est en 2003 qu’Annette Wieviorka, directrice de recherche au CNRS, a appris le versement, par la famille, du Fonds Thorez-Vermeersch aux archives de France. Elle a immédiatement entrepris d’écrire une histoire du couple formé par Maurice Thorez, chef historique du Parti communiste français, et Jeannette Vermeersch.

Ces sept années de travail nous donnent un livre de référence pour les historiens, mais aussi, par la grâce d’une écriture élégante et simple, pleine d’humour et de faits passionnants, pour tous les amateurs d’histoire contemporaine.

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Les premiers chapitres décrivent la misère du monde ouvrier du Nord, où sont nés Maurice et Jeannette. Une organisation solidaire, et des conquêtes sociales du siècle antérieur, permettent aux mineurs d’échapper partiellement au dénuement matériel et moral du textile. Les premiers pas du jeune Maurice sont guidés par les anciens syndicalistes et militants socialistes. Ses qualités sont évidentes et, après le Congrès de Tours, qui, en 1920, consomme la rupture entre communistes révolutionnaires et socialistes réformistes, il grimpe les échelons de l’organisation.

Comme d’autres (Robrieux, par exemple), Annette Wievorka montre la mainmise absolue des instances de Moscou sur le PCF : Thorez en restera le patron jusqu'à sa mort parce qu’il est un bon soldat de Moscou, dont il pratique la langue et dont il épouse chaque virage, même les plus hasardeux. Il acceptera une véritable réclusion en URSS durant la Guerre, et il y fera soigner ses graves séquelles d’AVC, négligeant les compétences des médecins français, dont un grand nombre appartenait à l’époque au PC.

maurice
Bon élève, bon père, bon époux : un dirigeant discipliné, un mari aimant, un père attentif, un travailleur infatigable – comme en attestent ses annotations sur livres et dossiers -. Ce fils du Peuple a décidément toutes les qualités bourgeoises, comme sa Jeannette, qui pousse l’esprit de bienséance, au point de refuser dans les années 60 contraception et évolution des comportements sexuels. Après la Libération, leur vie est totalement bourgeoise, entre leur belle maison des Yvelines et celle du Cannet. Et au fond, c‘est comme ministre de la République que Maurice Thorez a donné toute sa mesure, rétablissant l’ordre en faisant cesser la grande grève des mineurs.

Comme des bourgeois qui se respectent, Maurice et Jeannette sont grands amateurs d’art, passion qu’ils n’ont aucun mal à assouvir dans un Parti qui compte parmi ses militants Picasso, Fernand léger et Louis Aragon. On ne manquera pas de rire devant la mésaventure survenue à Aragon, directeur des Lettres françaises, lors de la mort du Camarade Staline.

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Les archives ne taisent rien sur les temps les plus difficiles, ceux du Pacte germano-soviétique, avalé et justifié en quelques déglutitions, de la désertion de 1939, et de la « découverte » des crimes staliniens au XXème Congrès du PC de l’URSS. L’explication paraît tenir dans l’expression anglaise « Right or wrong, my country », transposée au Parti ; la classe ouvrière est menacée de partout ; alors elle se défend, avec les moyens dont elle dispose et tant pis si ça choque. Après tout, d’autres Eglises que celle de Moscou ont vécu sur le même principe…

En tout cas, lisez l’œuvre d’Annette Wieviorka, c’est un grand livre sur le XXème siècle.

Fayard, 685 p, 27 €


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