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Et vous, vous êtes las ?

Publié le 15 juin 2010 par Ruminances

Posté par laetSgo le 15 juin 2010

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Lémédia se plaignent beaucoup des vuvuzelas. Que ce soit TF1 qui fait vrombir tes oreilles dès que tu allumes ta lucarne ou les journaux radiodiffusés dont tu n’as plus besoin d’écouter les « titres » : le bourdonnement en fond t’informe que ça cause de coupe du monde. Si tu n’es pas fan de foot, c’est le moment de zapper !

Les vuvuzelas sont pourtant une arme d’intimidation. Je l’ai entendu dans le journal de France Inter ce matin, donc ça doit être vrai. Comme la cornemuse des écossais ou les cris de guerre des Huns, ce son sert à démoraliser l’adversaire. A lui faire peur. Quand il y en a 25000 qui rugissent en même temps, faut dire que l’effet doit être saisissant ! Aux abris ! A moi  les Boules quiès ! Planquons-nous !

Pourtant, toi, spectateur quotidien du petit écran, auditeur attentif de RTL ou de France Inter, tu n’éteins pas ton poste, tous les jours, quand les vuvuzelas démédia raisonnent au fond de ton cerveau… la petit musique lancinante de la fin de l’histoire, de la fatalité, de l’absence d’alternative, cette Tina qui nous envoute, nous hypnotise, nous endort pour mieux nous dévorer, Oh, cette musique-là est bien moins agressive, bien plus douce, bien plus harmonieuse que les vousvouszêtesvuslà! Elle se drape des oripeaux de la raison, de la rationalité, pour t’enfoncer dans le crane que tu n’es rien, que tu ne peux rien changer, que tout ceci est inéluctable. Alors laisse toi faire ! Ecoute la berceuse, surtout, ne pense pas !

C’est comme la pub, en fait. La pub veut te faire croire qu’elle essaie de te fourguer des produits (dont tu n’as pas besoin pour la plupart d’ailleurs), mais ce n’est pas vrai ! Ceci n’est qu’un effet secondaire, la cerise sur le gâteau de quelques annonceurs. Parce que tu es cultivé, toi. Ou sinon cultivé, du moins tu n’es pas un con. Tu n’es pas con au point de croire que ce téléviseur est tellement mieux que celui-là. Ou que cette lessive lave plus blanc que celle-ci. Non, ce serait faire injure à ton intelligence. Et tu as raison. Le but de la pub, ce n’est pas de vendre des produits, c’est de distiller son métapoison dans ton cerveau : consommer, c’est bien. Consommer te rendra heureux. Si tu ne consommes pas, tu seras frustré. Consommer, consommer, consommer…la nouvelle religion de notre société ultra-matérialiste. Une répétition permanente, ostentatoire, l’étalage obscène, partout, de l’objet roi, la possession comme fin en soi.

Dont les média sont les complices, beau duo, avec leur temps de cerveau disponible (de ton cerveau !), dégagé par des brouets insipides, mais dont la capacité de décérébration massive est redoutable.

Dont l’école est complice, elle qui désormais forme des consommateurs et non plus des citoyens ! Séparer les matières, ne surtout pas mettre les choses en contexte, bannir l’histoire des classes formant les futures z’élites. Bannir l’économie, au sens noble, de l’éducation des futurs comptables (au sens beaucoup moins noble) de la nation. Apprendre à voir les choses par le petit bout de la lorgnette, et ignorer les interactions ! Et oui, étudier Newton en le contextualisant, c’est dangereux, ça pourrait donner des idées ! Donc Newton reste dans la physique et ne déborde surtout pas de son domaine pour infiltrer celui de l’Histoire, par exemple et au hasard.

Bourdieu et Chomsky ne s’y sont pas trompés, non plus que leurs détracteurs, qui n’ont cesse d’ignorer, et si ce n’est possible, de ridiculiser leurs thèses dangereuses pour la pensée unique et le capitalisme-qui-nous-délivrera-du-mal.

Les média sont la métastructure qui rend non seulement possible, mais souhaitable ton asservissement.

Nous sommes déjà dans la matrice, et elle est bien plus terrible, insidieuse, cynique et révoltante que le film éponyme. Car nous la construisons nous-mêmes, jour après jour, quand nous continuons à tendre l’oreille et à écouter ce chant de sirènes. Quand nous fermons les yeux sur des injustices qui devraient nous faire hurler de rage, des ignominies qui ne sont pas très éloignées de celles que commirent les nazis, sous l’œil morne, hébété et soumis du peuple allemand, assommé par une récession qui le poussa droit dans les bras du national-socialisme quelques années plus tôt.

Et il n’y a que le premier pas qui coûte : la prochaine fois, tu auras l’esprit tranquille puisque ce n’est qu’une rumeur, ça n’existe pas ! Quand nous renonçons à lutter pour nos idées. Quand nous acceptons les compromis, pour garder notre job, pour avoir la promotion, ne pas risquer le déclassement. Quand nous ne nous insurgeons pas contre la trahison de ceux qui ont confisqué notre parole, et nos voix. Quand, seuls et isolés dans nos maisons, acquises chèrement, ce ne sont pas seulement les liens financiers qui nous entravent, mais la coupure d’avec nos semblables, notre individualisme, notre refus de toute solidarité, à commencer par celle que nous devrions offrir à nos aînés, dont nous préférons ignorer la déchéance, en les parquant dans des maisons de retraite. Celle que nous devrions offrir à nos enfants, alors que nous les poussons à suivre la voie du renoncement, en acceptant d’être précarisés, sous payés, jetables et mal logés : c’est le métier qui rentre, mon petit. Nous sommes tous passés par là ! Tu verras, si tu acceptes ce stage gratuit, cela te fera de l’expérience, tu pourras décrocher le CDI graalesque et, à ton tour, te livrer corps et âme à la petite musique des médias, t’enfermer dans ton univers de con-soumis-mateur.

Les média doivent appartenir au peuple, le CNR en faisait un point clé de son programme, et heureusement, il en est au moi un qui appartienne au peuple : Internet. Pour l’instant du moins. Quant aux étourdisseurs, aux empêcheurs de penser, commencez la résistance en les éteignant.

Luttez au quotidien. Commettez des actes de sabotage. Désobéissez. Pensez par vous-même. Réfléchissez. Lisez. Vivez.

PS : ce billet de (mauvaise) humeur est également publié chez Endogène7


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