Magazine Société

L'espoir, toujours!

Publié le 15 juin 2010 par Hermes
L'espoir, toujours!
Le Coucou me met à la question pour 3 raisons de se ne pas se lever et 3 raisons pour se réveiller de bonne heure.
Réponse impossible parce que...
Rétifs à se cogner sur la vitre qui les sépare du monde, les mots, certains jours, se recroquevillent dans leur couette, cotonneux... Cette tentation de ne pas vouloir émerger, de rester calfeutrés dans le silence. Comme s’ils étaient en eux-mêmes trop conscients de nous avoir tant abusés et qu’il leur serait plus sage de céder au plomb du silence, à cette lâcheté qui les guette et dans laquelle ils sombreraient sans doute si l’espoir ne cessait de les habiter.
Déjà ces mots, se réveillant peu à peu, comme aspirés par quelques filaments de lumière et de persiennes qui s’ouvrent, s’octroient ce délice absolu, cet orgueil de se dresser comme un rempart contre ces pisse-vinaigre qui égrènent les sourates d’une bétise haineuse - gens sans pensée, aux mots infirmes, au front bas, aux visages lisses et blancs pour des cœurs sombres.

C’est pour eux que j’extrais ces quelques mots - pour ceux-là qui diront que je ne sais ni écrire ni émettre une pensée, ceux-là qui prétendent lire ou Céline, ou Murray, ou Renaud Camus mais qui n’en retirent que l’ombre, déjà aveugles à la lumière.
Car les mots sont trop princiers pour eux qui ne savent rien d’autre que de faire de la boue avec la boue.
Ceux-là - les haineux - morts pour demain - n’aspirent à rien d’autre que de traîner le bétail dans leur sillage fétide.
Car il n’y pas de pensée juste sans la beauté des mots et un désir de bonté. Ce mot, d’ailleurs, n’est-il pas déjà une forme de provocation pour ceux qui confondent l'encre et le sang?
Et peut-on encore espérer quand tout le discours social n’est plus qu’une chape, un bruit assourdissant ou une rumeur latente qui rongent ce que les mots, pour chacun, ont de meilleur ?
Le monde est criard, pareil à un stade. Nuremberg ou l’Afrique du Sud : Quel raccourci, n’est-ce pas ?
Spectacle des foules qui hurlent, se lèvent dans une passion aussi exacerbée que vaine dans cette hallucination collective à un bonheur sans objet, dans cette croyance à former une « communauté » quand l’addition des cris n’est que signe d’une solitude, quand l’hystérie n’est qu’une noyade dans un présent en lieu et place d’un monde perdu.
Nostalgie des bras levés et des slogans.
Chemises brunes ou maillots bleus…
Monde sans mémoire et impuissant à s’inventer un futur.
Ils crèveront, tous ces fronts bas, non par la main de quelque envahisseur fantasmé. Qu’ils relisent l’Histoire qui n’est que ce récit de ce rapport à l’Autre, l’homme, la femme, l’enfant, l’étranger. Histoires d’amour et de haine. Entre les deux, l’incompréhension.
Ils crèveront donc de ne pas offrir des mots au monde, de ne pas savoir les échanger, de ne pas rendre ce modeste hommage à la vie.
Ils crèveront de ne plus s’aimer. De ne pas espérer en demain. Ecoutons-les ces spectres disant se réfugier dans la littérature quand les phrases les mieux ciselées voient leur sens dénaturé par ceux-là qui, en réalité, les haïssent.
Tous ces bœufs au front bas qui les arborent comme des boucliers pour se protéger et bouter le barbare hors de leur rêve d’une belle langue qui ne fut jamais la leur, d’une couleur, d’une race ou d’un peuple dont les contours n’existent pas…
Car ici on hurle la haine de l’Africain ou de l’Arabe en se cachant derrière la défense d’Israël ! Car le blanc de la Ligue du Nord crache sa haine sur l’Italien du sud et le Catalan sur l’Espagnol. Le Flamand contre le Wallon. Et tous ces Slaves qui s’égorgèrent dans l’ex-yougoslavie ! Et ces chrétiens libanais qui s’entre-tuèrent méticuleusement ! La Haine est sans couleur.
Alors, oui, gardons-nous des simplifications. Récemment, dans un train, je pestais pour devoir subir des refrains musulmans qu’un sombre crétin m’imposait. Les extrémistes se nourrissent les uns les autres. Le fasciste, l’islamiste, l’ultra-sioniste, c’est le même : J’t’envoie de l’hallal, j’te réponds par un apéro saucisson-pinard !
3 raisons d’espérer, 3 raisons de désespérer ? Non, bien sûr.
Seulement 2 ou 3 choses que nous croyons savoir et qui nous donnent ce courage de mettre un pied devant l’autre et d’aligner quelque mots peut-être inutiles. N’en restera alors que le plaisir de l’errance. Mais les mots, aussi fragiles soient-ils, illisibles parfois, hésitants toujours, sont ces petits cailloux qui éclairent notre chemin dans la terreur des forêts enfantines.
Les mots, seuls, portent l' espoir.

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Hermes 157 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossiers Paperblog

Magazine