Magazine Humeur

Carton rouge !

Publié le 15 juin 2010 par Thelynx
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Adossée à sa cabane de tôle ondulée, une jeune femme retient ses larmes et son gros ventre. Ce matin, la police est venue pour l'expulser. Elle a 25 ans, est enceinte de huit mois et ne possède pas d'autorisation pour habiter le « container » L35.
Blikkiesdorp est une zone de relogement temporaire, aménagée à la hâte il y a deux ans, tout au bout de la township de Delft, en bordure d'une nationale baptisée Symphony Way.
C'est là que la municipalité a parqué ceux que les spectateurs de ces jeux de ballon de nantis gâtés ne doivent surtout pas voir : sans-abri, familles de squatters tentant de survivre dans des abris faits de bric et de broc, le long des routes menant à la « Cité mère ».
Plus de 400 millions ont été investis pour la construction du stade flambant neuf de Green Point. 3,2 millions seulement ont été dépensés pour l'édification de ces logements d'urgence ou s'entassent plus de 10 000 personnes. Un camp de concentration créé pour que quelques milliardaires puissent venir s'ébrouer sur le gazon (quand il ne se vautrent dans le luxe d'hôtels cinq étoiles) sans être dérangés par la réalité.
Blikkiesdorp est une créature de la Coupe du Monde. Pour construire le stade de Green Point, pour agrandir l’autoroute qui mène à l’aéroport, pour construire les échangeurs, pour le confort de tous les acteurs du grand business du foot, FIFA en tête, il a fallu expulser ceux qui vivaient là, dans des abris de fortune. Déjà des laissés pour compte, ils sont devenus des exclus.
Avec la Coupe du Monde, les Sud-Africains ont rêvé à la poule aux œufs d'or. Mais une majorité de commerçants ambulants et industriels locaux réalisent, tardivement, que la FIFA garde le monopole du commerce autour de l'événement et fait tout pour qu'aucun profit ne lui échappe, aussi petit soit-il, en imposant des règles mercantiles draconiennes.
Des zones de restriction commerciale d'un kilomètre autour des stades accueillant les matchs officiels ont été définies. Les petits commerçants ont été chassés de la route principale.
La FIFA a même décidé d'étendre sa zone de contrôle à deux kilomètres sur les principaux axes conduisant aux stades ! A la place, de grandes palissades ont été dressées pour cacher le township...
La FIFA, généreuse, assure que des zones de marché ont été prévues dans les Fan Parks, ces espaces de divertissement destinés aux supporters. Sauf qu'à 5 000 rands [500 euros] le stand, c'est juste inabordable pour les petits commerçants locaux.
Impossible aussi pour ces petits vendeurs d'utiliser la plupart de mots en rapport avec l'événement car la FIFA se réserve le droit d'utilisation de toutes les appellations, « World Cup », « South Africa 2010 », « ZA 2010 » et même « 2010 » dans certains contextes.
Tout profiteur qui voudrait accoler ces mots à son activité a affaire à la puissante organisation totalitaire. Selon la presse nationale, la FIFA aurait enquêté sur 50 000 cas d'utilisation frauduleuse d'appellations dont les droits d'exploitation n'ont pas été payés. Autrement dit, lorsque quiconque essaie de profiter de l'événement sans verser de dividendes à la FIFA, il est poursuivit et sanctionné.
Et pendant ce temps là les enfants gâtés du ballon se donnent bonne conscience en allant parader et distribuer Tshirts et crayons dans les townships... Et chacun, tout autour de la planète, peut regarder les matchs en rotant sa bière... Alors tout va bien.
Vive le foot !


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