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Boutin : mission et rapports

Publié le 15 juin 2010 par Lecriducontribuable

Avec l’affaire Boutin, nous voici de nouveau appelés à une promenade réellement mélancolique dans les multiples  arcanes de la « République Fromagère », ce qui nous explique les causes réelles de la paupérisation du peuple français. Rappelons une nouvelle fois pour ceux qui l’ignorent que la « République Fromagère » ou tout simplement la R.F. est le système dans lequel toute l’action publique a pour résultat et parfois pour objectif l’enrichissement personnel des prédateurs publics, cet enrichissement se produisant dans le cadre de la loi, laquelle est fabriquée précisément par
les mêmes prédateurs à cet effet.

L’enrichissement dépasse largement le niveau des salaires, quel que soit leur montant, et se produit pour l’essentiel par une infinité de moyens qui se révèlent sans cesse dans une variété indéfiniment renouvelée. Parmi eux, les missions et les rapports.

Madame Christine Boutin avait une créance sur Sarkozy. La créance, dont nous ne connaitrons jamais les arcanes secrètes, reposait sur plusieurs causes éventuelles : il y avait, comme la presse l’a souligné, la faculté de nuire ou celle de vendre son silence. Bien plus important, se trouve son droit absolu à être reclassée dès lors qu’elle n’était plus dans le gouvernement ; c’est l’un des éléments  de la « R.F. » que le droit d’être reclassé en cas de panne quoi qu’il en coûte aux malheureux « moujiks » qui alimentent ce mécanisme par les impôts qui leur sont arrachés dans les conditions douteuses que chacun connaît. Ce droit au reclassement, parfois la vie durant, est un élément de richesse absolument inappréciable et que les prédateurs publics respectent scrupuleusement entre eux car c’est une forme d’auto-assurance.

Madame Christine Boutin a donc été gratifiée d’une « mission », après avoir refusé avec hauteur certaines autres propositions qui ne correspondaient pas à la valeur qu’elle se donnait elle-même sur le marché. C’est alors que tout le monde a été informé du salaire qu’elle devait recevoir, à savoir 9 500 € par mois ; s’ajoutant à d’autres ressources prises sur l’argent public, elle se trouvait toucher  17 500 €. Le total de son enrichissement mensuel était probablement bien plus élevé pour une première raison : ce sont les exonérations fiscales éventuelles dont jouissent certaines de ces rémunérations, ce qui peut majorer fortement l’ensemble.   Silence aussi, à cette occasion, sur les innombrables autres avantages non monétaires tirés de ses fonction actuelles ou passées ; ce silence s’explique par un  des principes de la R.F.  : « pas vu, pas pris ».

La capitulation de la dame devant l’opinion publique l’a conduit à renoncer à la totalité de son nouveau salaire et a été célébrée comme une victoire de la sagesse. Or il n’en n’est rien, car la suppression  du salaire de la patronne est une goutte d’eau dans la ruine occasionnée par la mission et nous sommes probablement seuls à le souligner.

En effet, une administration complète a été  créée pour  satisfaire sa cupidité : la  mission  concernait « la mondialisation et ses conséquences sociales ». Conservant la mission, elle dispose de trois salariés de très haut niveau, ce qui implique une formidable pyramide : collaborateurs subalternes,  locaux, dépenses adjacentes comme des voyages sympathiques puisqu’il s’agit de mondialisation,  réceptions etc.  Aucun calcul n’est possible sur la dépense correspondante mais il n’est pas exagéré de l’évaluer à plusieurs millions d’euros.

La mission est totalement inutile. La mondialisation est un fait  extrêmement ancien dans l’histoire des hommes et, si elle  comporte des aspects nouveaux, la France a une grande quantité de fonctionnaires qui auraient pu l’analyser sans dépenser davantage. La logique eût donc voulu de supprimer purement et simplement cette mission. Mais le pouvoir ne le pouvait pas car un autre des principes de la  R.F . est d’entraider, à charge de revanche,  les camarades dans de multiples occasions : supprimer cette mission mettait en danger toues les autres.  Xavier Darcos, ayant aussi une créance sur ses amis, vient de recevoir un hochet dans le domaine de la culture,  alors que
nous avons déjà  un ministre de la culture. Quant à Michel Rocard, qui dispose  du train de vie princier d’un ancien Premier ministre, il a trouvé le moyen  de se faire  nommer « Ambassadeur pour les négociations dans les pôles », fonction luxueuse qui  doit gêner énormément les nombreux diplomates tout à fait capables de gérer ces problèmes.

Ce scandale des missions est à rapprocher de celui des « rapports » que produisent les assemblées parlementaires et qui répondent au même objectif d’enrichir les camarades. Sur Internet, l’on peut lire plus de 8000 rapports produits par l’Assemblée nationale et dont personne n’a évidemment aucun besoin réel.

Il en est de même pour d’autres assemblées : Sénat, Conseil économique et social,  ou à d’autres niveaux : régional, départemental, etc. Tous les rapports de toutes ces Assemblées sans exception sont des causes de ruine.

Leur seul résultat tangible est d’enrichir d’une façon substantielle l’auteur du rapport et ce résultat est l’objectif visé dans les faits, car bien évidemment les assemblées, qui prennent aux citoyens leur argent par la force fiscale pour payer les rapports, savent très bien qu’ils ne servent à rien d’autre.

Ce fut le cas du sujet du rapport commandé à Madame Tiberi par le Conseil général de l’Essonne : « Réflexions sur les orientations du Conseil général de l’Essonne en matière de coopération décentralisée ». A une autre époque, Juppé avait commandé à Stoleru un rapport sur « une étude
de la proposition américaine pour l’effet de serre » ! Patrick Lelas, camarade de Pierre Joxe, avait, naguère, été chargé d’un rapport sur « l’information économique » ;  n’importe quel praticien sait qu’un tel sujet n’a aucun intérêt et qu’aucune conclusion pratique ne peut en être tirée  :  d’ailleurs, la seule hypothèse valable, celle de la  privatisation de l’information économique, n’avait pas été envisagée.

D’autres rapports servent uniquement à gesticuler pour gagner du temps, tout le monde sachant bien que le pouvoir ne veut rien changer. C’est le cas des rapports sur la Corse. Un rapport de 1 000 pages avait été établi en 1997 ; cela n’a pas empêché le pouvoir de demander un autre rapport en 1999 et de rester parfaitement immobile sur la question.

« Le moustique est agressif et pique du printemps à l’automne »

Tout se passe dans une certaine opacité, mais de temps à autre, l’enrichissement de l’heureux auteur vient à filtrer, ce qui permet de se faire une idée du désastre. Monsieur Claude Barral, vice-président du conseil général de l’Hérault,  avait reçu 320 000 francs (49 000 euros) pour un rapport sur la « démoustication du littoral ». Il a pondu la quantité extraordinaire de 12 pages, indiquant que le moustique « est agressif et pique du printemps à l’automne ». Il complétait en ajoutant que « les
larves du moustique se développent dans l’eau et viennent respirer à la surface ».

L’intensité de l’effet de ruine suscité par les missions et rapports est donc absolument immense.

La triste histoire de Madame Boutin fait ainsi surgir en pleine lumière et brusquement un aspect de la R.F., particulièrement douloureux pour les « moujiks » que nous sommes. Les intérêts embusqués pour tirer le maximum des fromages publics sont tels qu’il est à craindre que cela continue encore longtemps jusqu’au moment où un  tsunami imprévisible emportera l’édifice vermoulu de la R.F.

Michel de Poncins, pour Tocqueville Magazine

À lire aussi, l’article de XP, d’Ilys, duquel a été tirée la photo ci-dessus.


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