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Le CAMBODGE, un pays encore pauvre, une économie débridée.

Publié le 27 juin 2010 par Manstrau

Le CAMBODGE, un pays encore pauvre, une économie débridée.

Au Cambodge, les maisons « hautes » sont parfois très rudimentaires à la campagne- bois et paille, parfois très luxueuses à Phnom Penh- 2 ou 3 étages posées sur un rez-de-chaussée magasin, entrepôt ou simple garage pour le 4X4 familial.

Cetteinsistance à vouloir s’élever me paraît pleine de signifiants :

D ‘abord s’élever au dessus des inondations dues aux trombes d’eau qui tombent pendant la saison de la mousson, de mai à octobre. D’ailleurs, peut-on parler de saison dans la mesure ou la température mensuelle moyenne ne varie que de 26 ° à 34 ° sur l’année ? Ou alors ne parlons que de deux saisons: l’hiver sec avec une poussée aride en avril (40 ° cette année 2010)et l’été des pluies. Mais ces pluies sont très inégales entre la plaine centrale (100 mm) et les montagnes(2800 mm).

Ensuite s’élever au dessus de la saleté et de la crasse des rues, des trottoirs, des amoncellements d’ordures, cela pour les villes. Pour la campagne, c’est s’élever au dessus des zoneshumides, des vents de poussières ou d’une faune sauvage diverse et variée ( buffles, panthères, tigres, ours, crocodiles ,…).

Enfin, peut-être aussi s’élever vers le ciel bleu pour échapper à un passé très récent fait de l’élimination physique du tiers de la population par ceux qui prônaient l’avènement d’un homme nouveau, le régime des Kmers rouges dirigé par le funeste Pol Pot. S’élever physiquement pour compenser la faible piété de la population qui ne retient des croyances bouddhistes traditionnelles que les occasions de faire la fête, comme pour le nouvel an Kmer vers la mi avril. Une semaine de festivité qui voit les 2/5 ème de la population (1 millions sur 2,5 millions) de Phnom Penh quitter la ville pour rejoindre la famille restéedans les rizières.Ou encore pour affirmer malgré toute la fierté d’être une civilisation plus que millénaire dont le monde entier ne connaît très souvent que les vieilles pierres couvertes de lichens vert-bleu-violacés des temples d’Anghor.

Mais tout le Cambodge ne tend pas vers l’élévation ni spirituelle, ni citoyenne, semble-t-il.

Selon un français vivant à Sihanoukville, le roi « Siha-moni », actuel roi du Cambodge qui « règne mais ne gouverne pas »s’inclinerait bien trop bas et trop souvent dans sa vie publique ; il est vrai que dans ce pays l’on s’incline pour marquer le respect que l’on doit aux ainés ou aux bonzes ; en confidence, il attendrait la mort de son père, hospitalisé en Chine, pour abdiquer définitivement. Rappelons que ce beau garçon a mené une carrière de danseur et de chorégraphe à Paris jusqu’en 2004, qu’il est « célibataire comme JC Brialy »et qu’il est le fils de l’une des nombreuses épouses ( successives) de Norodom Sihanouk, à savoir Monique Izzi, fille d’un banquier français-corse-italien.

De plus, une grande partie des cambodgiens ne s’élèvent guère à pratiquer la corruption à une échelle massive. En matière de lutte anti-corruption, le pays est mal classé, entre 117 éme et 158 éme / 180 selon les études.

Tout s’achèterait au Cambodge :

les policiers, bien sûr, et le prix est d’autant plus élevé pour un étranger à fort pouvoir d’achat (la différence de PIB/habitant entre ce pays et la France est de 1 à 75), mais aussi les juges ou encore les petits garçons et petites filles. Cette conjonction entre un client roi dans un royaume mercantile en plein essor et une grande pauvretéaboutit là comme ailleurs à la marchandisation de toutes les dérives morales ou psychiques. Et une partie des touristes, comme une partie des cambodgiens en arrivent à ne plus savoir où se situe la règle qui permet de fortifier un être humain et de bâtir une nation : du coté de celui qui adoucit grâce à son argent le misérable quotidien d’une famille pauvre en achetant des services/sévices sexuels ou du coté de celui qui sacralise l’innocence de l’enfance.

Cela dit, l’essor de l’économie de marché vous saute à la figure dans ce pays où 54 % des habitants ont moins de 20 ans (contre 24 % en France). Tout le pays est un immense marché à ciel ouvert, les boutiques et étals des vendeurs se succèdent le long des routes en ville comme à la campagne,des centaines d’échoppes de bric et de broc à raison d’une tous les 20 mètres.

De nombreux chantiers pour des habitations parsèment les grandes villes et il n’y a guerre que les infrastructures en matière de réseaux urbains (eau potable et usée, électricité, poste) qui semblent très en retard. Pour l’anecdote, il y est déconseillé d’envoyer des cartes postales puisqu’il y a un risque que les timbres soient décollés et revendus avant toute oblitération.

Certes la crise mondiale est passé par là (croissance – 3 % en 2009) avecdes centaines d’appartements construits pas les Coréens invendus pour l’instant, mais le redémarrage est rapide (croissance+ 4 % prévu en 2010).

Le Cambodge a au moins deux atoutsqui sautent aux yeux : une agriculture luxuriante pour peu que l’eau ne vienne à manquer entre deux moussons et une jeunesse nombreuse qui ne demande qu’à travailler dans les ateliers, essentiellement textiles, créés par des entrepreneurs chinois.

Le tourisme constitue un troisième atout, à une époque ou le pouvoir d’achat des retraités occidentaux et japonais s’effrite inéluctablement ; un retraité français vivant depuis 10 ans à Phnom Penh faisait le décompte de ses dépenses mensuelles : appartement loué à 200 $, nourriture pour 100 $, chauffeur à 150 $ et femme de ménage  pour 40 $ ; voilà une vie de coq en pâte pour 500 $ ou 400 € par mois. De plus, il s’agissait d’une personne ayant travaillé en Indochine, donc aucun problème d’acclimatation !

Chaleur torride,du moins en ce mois d’avril 2010, corruption massive,services urbains défaillants en matière de déchets ménagers ou d’eaux usées…tout cela ne contribuera pas à vous attirer dans ce pays et pourtant…

Les kmers sont très souriants, polis et serviables. Hormis les tuk-tuks – pousse- pousses en mobylette qui draguent le client, parfois avec insistance mais toujours avec une certaine timidité légère, personne et surtout pas le plus pauvre des pauvres n’aura une attitude agressive ou implorante. A Phnom Penh, un tiers de la population vivrait sous le seuil de pauvreté(inférieur à 70 $ ou 55 € ou encore28.000 riels par mois) mais toute la population « visible » semble passer toute son énergie à faire fonctionner une économie de marché échevelée pour assurer la survie au quotidien et la fête quand elle se présente.

Après le rêve fou d’un Pol pot qui voulait créer l’homme nouveauessentiellement soucieux d’idéologie marxiste égalitariste, c’est le capitalisme qui semble être le moteur du Canbodge actuel, avec les inégalitéss criantes que cela entraine, imagées par ce va et vient incessant de 4X4 Lexus et de tuk-tuk entremêlés.

Et pour l’instant, il est sûrement juste et nécessaire que les cambodgiens puisent bénéficier d’une forte augmentation de leur niveau de vie matériel. Espérons que la sagesse d’un pays millénairepuisse surnagerdans l’eau des rizières, comme les nénuphars etfleurs de lotus d’une blancheur virginale.

Montpellier, le 16.04.2010.Gérard STRAUMANN


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