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"Le nez dans le soleil" d'Oskar Freysinger

Publié le 28 juin 2010 par Francisrichard @francisrichard

 Il y a deux mois j'ai fait la connaissance d'Oskar et nous sommes devenus aussitôt amis, ce qui ne veut pas dire que nous soyons d'accord sur tout, mais que nous le sommes certainement sur l'essentiel. C'était le premier du mois de mai, dans cette librairie de Genève où Slobodan Despot tenait salon de ses livres [voir mon article Quand des éditeurs du Salon du Livre délocalisent à Genève... ]. 

Depuis je n’avais pas eu le temps de lire le monologue sur pépé qu’il m’avait dédicacée ce jour-là. Samedi dernier, au moment de partir de Lausanne pour Saint Jean-de-Luz, un besoin impérieux d’emporter ce livre, publié aux Editions de La Matze ici, m’a saisi, pour le lire à loisir au pays où je suis né à nouveau à la vie, après trois semaines d’incertitude.

Je n’ai pas tenté trois fois, comme pépé, de quitter ce monde. C’est lui qui, par trois fois, a voulu se débarrasser de moi, alors que je m’accrochais à ses basques, contre toute attente. Je n’ai donc pas eu comme lui à me poser de questions :

« Trois échecs successifs, ça ne pouvait pas être le fruit du hasard, c’était le destin qui s’en mêlait. »

A Saint Jean-de-Luz, en cette fin d’après-midi, j’avais le nez dans le soleil tandis que je courais le long de la baie, mais ce n’était pas le soleil de pépé qu’il avait découvert le long du bisse. Lui l’avait vu de près en chutant et en se retrouvant le nez dans un pissenlit, représentation végétale du soleil, de la vraie vie, celle qui vaut la peine d’être vécue. Le pissenlit ? « Cette fleur jaune aux mille pétales qui lui renvoyait dans les yeux toute la lumière du monde ».

Casquette vissée sur la tête, lunettes noires sur le nez, short et sweat-shirt pour tous vêtements, en ce début de soirée, je n’avais toutefois rien du joggeur fou, courant le long du bisse, dont il est question dans le monologue d’Oskar. Car je ne cherche pas la performance et, tout du long, mes sens étaient en alerte. Je ne m’isole pas comme d’autres de mes semblables, les oreilles munies d’écouteurs reliés à un walkman.

Je hume l’air marin de l’océan, je capte quelques bribes de paroles prononcées avec l’accent chantant d’ici, je me réchauffe le cœur et le corps aux rayons du soleil d’été, je sens sous mes pieds le sable s’écarter pour me laisser passer, je regarde les flots mouvants sans cesse et les estivants allongés qui paressent, je sens des gouttes ruisseler sur mon visage, je suis bien vivant et j’aime ça.

Pépé, lui, a la main verte et il aime ça. C’est ainsi qu’il est vivant. Il est l’illustration que la nature ne serait pas harmonieuse sans l’intervention de l’homme. Sans elle, la nature se développerait de manière anarchique et sans revêtir ses plus beaux atours. Pépé a initié un mouvement qui s’est poursuivi sans lui, après lui, après ses départs forcés, un peu comme un bateau qui, moteur coupé ou voiles descendues, continue sur son erre. Au-delà des apparences, même mort, il est toujours vivant :  

« A chaque fois que quelqu’un plante une fleur dans le monde, c’est pépé qui tient la pelle et c’est son rêve qui la fait pousser »  

Le monologue d’Oskar que je viens de lire aujourd’hui me touche personnellement. Comme tous ceux qui ont côtoyé la mort de près, même inconsciemment, je suis attaché fortement à la vie et particulièrement à l’endroit où j’ai vraiment pris racine, ici, au Pays Basque. Comme pépé je n’ai pas choisi mon pays, mais je l’aime, sans raison. Comme son petit-fils j’ai vu beaucoup d’autres cieux, j’ai roulé ma bosse sur plusieurs continents, mais il n’y a rien de comparable à mon pays, qui sans trêve m’accompagne partout.  

Il faudrait, je pense, que le monologue d’Oskar soit dit à haute voix. Est-ce de la prose poétique ou de la poésie en prose ? Je ne sais, mais il fait rêver, réfléchir sur la vie, sur l’essentiel. Il ne lui manque que la parole. C’est un véritable petit bijou littéraire qui ne demande qu’à trouver une voix chaude et claire pour donner tout leur éclat aux mots qu’Oskar compose, comme un virtuose.  

Francis Richard


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