Magazine

Max | Blancs

Publié le 29 juin 2010 par Aragon

carre_blanc.jpgElle me dit :

Comment comprendre tes "blancs"

dans la conversation électronique ?

mes blancs attendent d'être battus en boule de neige

mes blancs sont autant de pages en attente d'écriture comme terre en attente de pluie

mes blancs ne sont pas les contraires de mes noirs

mes blancs sont patience pure sans influence

de la lune et du soleil

mes blancs paraissent déraisonnables

parce qu'ils le sont

mes blancs assècheraient tout buvard bien portant

et pourtant !

mes blancs me cassent les pieds à moi aussi

car ils sont tellement bavards

mes blancs aiment l'extrême pâleur du vide

de la page et du moniteur-écran

mes blancs attendent, ils ne savent du reste

faire bien que cela

mes blancs sont les cousins des touches ivoirines

d'un piano muet, des boutons d'un accordéon

espérant tout son air en retenant son souffle

mes blancs sont de sages petits enfants auxquels

on raconte des histoires d'ogre et de fées,

ils ouvrent grand la bouche, aucun son n'en sort

mes blancs passent leur temps à regarder

des nuages blancs, filer, des oiseaux blancs, voler

mes blancs sont farine sur ton visage

mon ami Pierrot

mes blancs sont poudre de riz sur ton sein

geisha silencieuse, aimante, servante

mes blancs ne seront jamais sur des starting-block,

à vos marques, prêts, partez, très peu pour moi

mes blancs se réveilleront peut-être un jour,

mais trop tard, tant pis pour eux !

mes blancs sont ce qu'était la paresse "Au commencement..."

comme dans la Genèse

mes blancs sont pourtant avides de lèvres

et de cerises rouges

mes blancs ne peuvent pas sortir de leur indécision ?

De leur torpeur ? De leur bouteille, comme ce message

porté en elle, jeté en mer, qui ne découvrira jamais la moindre plage

mes blancs sont des oeufs de fauvette, cachés dans ce nid secret,

au coeur du roncier

mes blancs sont la quintessence de mes voeux les plus secrets,

de mes secrets les plus lourds

mes blancs ne seront jamais portés par rouleau, ou pinceau

sur un mur

mes blancs espèrent l'arc-en-ciel cependant, ces couleurs subtiles,

infinies, qui font chanter le monde

mes blancs sont mes mains, mon coeur, mon sexe tout à la fois

mes blancs sont mordants et aimants

mes blancs je ne peux pas leur clouer le bec

ils ne sont pas alouette, ils ne sont pas bêtes,

ils sont blancs

mes blancs, pour affirmer mon autorité

il faut que je leur dise Stop ! Comme à présent,

oui, Stop ! Sinon on y serait jusqu'à demain, la Saint Glinglin,

en perspective bien des nuits blanches, bien des regards troublants,

bien des combats, bien des errances, je ne veux pas que leur succède le rouge-sang !

photo : "Carré blanc" artiste, Eric Marrian

http://www.marrian.fr/


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Aragon 1451 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte