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Max | Carnet de plomb

Publié le 29 juin 2010 par Aragon

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Mardi 29 juin 2010. Joie toute simple de te retrouver mon petit carnet. Oh ! je n'écrirai rien de spécial, simplement le "vaste" plaisir de tracer des mots, d'essayer de bien les former afin qu'ils soient lisibles. Je n'ai rien à dire ni à écrire. Il y a longtemps que je voulais te reprendre petit carnet. Toujours à portée de main dans mon sac et pourtant je n'ai pas ouvert "ton flanc" depuis le 25 mars. Il s'est passé un certain nombre de choses et tout d'abord je retravaille depuis le 15 mai. J'ai retrouvé la route, régulièrement, du lycée d'Orthez, que j'avais laissée depuis 1967. Ça fait un bail et ça fait drôle aussi de se retrouver dans un lieu lourd encore et toujours de toutes mes souffrances passées, mes peurs, tout ce poids inimaginable pour moi de l'école et de ma "cancritude".

Mais le passé est le passé. "Il" a bien dit de laisser les morts enterrer les morts. Je suis stupide car le lieu ne comporte aucun fantôme, aucun vestige de mon ancienne peau blessée d'adolescent. Il est vide, il me suffit d'ouvrir les yeux pour le constater, il est vide de tout un passé qui n'existe plus, qui n'a peut-être même jamais existé. Quel prix alors accorder à la mélancolie, à la douleur diffuse qui s'accroche à mes basques, tente encore parfois de me faire chavirer ?

J'exècre mon passé, mon enfance et mon adolescence. Rien de tout cela n'a existé vraiment. Un pion qui te terrorisait, qui te battait, que représente-t-il maintenant, que représente-t-il vraiment ?

Qu'est-ce que c'est que devenir adulte si ce n'est renoncer à sa meilleure part, à la partie la plus vivante de soi, toute entière contenue dans le coeur, dans un éclat de rire juvénile ou dans le miroir absolument parfait que constituent nos yeux, notre regard ? Tant de capacité à s'émerveiller mise en attente, mise en jachère, mise en souffrance par les seul fait de l'adulte posé comme la redoutable statue du "Commandeur" en face d'un enfant innocent.

Qui demande à vivre, la vie ou l'enfant ?

Une simple cour d'un lycée abhorré est aussi dévastatrice qu'un tsunami du grand océan. Je veux pourtant marcher normalement dans cette cour de récréation, dans ces couloirs menant à des salles de cours vomitoires. Le puis-je malgré ma toute neuve volonté ?

Enfant sans ailes, enfant aux ailes tronquées, enfant aux ailes engluées, enfant aux ailes coupées, es-tu un enfant ou un simple corps se tortillant à terre comme une chenille, pire, comme un vermisseau ?

Où sont passés les véritables parents des enfants du monde ? Ils ne sont pas. En réalité chaque enfant qui naît, chaque enfant est déjà orphelin à sa naissance.

Les plumes poussent de la seule volonté de la nature qui comprend l'appel de l'oisillon, sa demande à le vêtir, à lui donner le sens du vol. Remplir un bec de bouillie de graines ou de vers et de menus insectes n'est pas un travail de parents mais un travail de géniteur, de fossoyeur.

Bon, je te laisse mon petit carnet, ce n'était pas prémédité de ma part de te rouvrir aujourd'hui mais les mots comme les plumes viennent toujours. Obligatoirement.



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