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Une femme qui n’en finit pas de se réveiller. Nick Hornby...

Publié le 02 juillet 2010 par Mmepastel
Une femme qui n’en finit pas de se réveiller.
Nick Hornby...

Une femme qui n’en finit pas de se réveiller.

Nick Hornby est vraiment drôle. Ses livres le sont en tous cas. Le dernier, Juliet, Naked, n’échappe pas à la règle, et rien que pour cela, on lui est, ici, extrêmement reconnaissant. (Sans blague, cherchez un livre pas trop plombant sans pour autant tomber dans Harlequin ou Oui-Oui, ou pire, les livres “positifs” français genre Marc Lévy et consorts, vous allez voir, c’est pas facile).

Bref. Cette fois, l’héroïne principale du roman est Annie qui s’apprête à fêter ses quarante ans. Chemin faisant, un grosse lassitude s’empare d’elle, constatant que les quinze dernières années de sa vie ont été consacrées à un petit musée merdeux de la côte anglaise et à son compagnon Duncan, ado attardé dont l’activité principale est d’être fan d’un chanteur disparu, Tucker Crowe. Elle envoie valser un peu tout son petit monde, espérant avoir des rapports sexuels avant la fin de la décennie, et éventuellement ne pas perdre sa dernière chance de devenir mère…

Les choses vont se réorganiser très étonnamment autour d’elle… Et le fameux Tucker Crowe ne sera pas si loin de l’épicentre…

Annie est un peu une fausse héroïne. On sent que malgré le vrai effort de Nick Hornby pour épouser les méandres de sa psyché souffreteuse, il se passionne pour les deux autres loosers magnifiques, comme à son habitude : le fan obsessionnel vaguement associal et la rock-star déchue. Au passage, il fait tomber tous les masques, avec une réjouissante férocité tendre (si, si, c’est possible avec N. Hornby) : l’album culte de la rock star n’était pas loin d’une escroquerie, le soit-disant spécialiste du rocker se trompe sur toute la ligne. Par là, Nick Hornby tape dans le mille pour évoquer notre époque.

À l’ère d’internet, des websites, de Wikipedia, l’oubli n’est pas possible pour les artistes (ni pour quiconque), et certaines activités aussi nouvelles que vaines comme celle de tenir un site de fan sont possibles. Avec ces nouvelles données, le romancier s’amuse et tisse une fable rigolote dans l’air du temps, joue entre mensonge et vérité, légende et réalité, gloire et solitude. Il nous donne une réflexion sur ce monde rock-and-roll-and-geek dans lequel nous vivons. Sans trancher, et avec une infinie tendresse pour ses personnages.

Annie veut sortir de sa torpeur d’ado attardée qu’elle a “attrapée” avec Duncan, comme on attrape un mauvais rhume. Mais c’est difficile. La fin, particulièrement ouverte, ne dit pas si elle y arrivera. Mais tant bien que mal, on sent qu’elle va essayer de se tricoter une vie plus en accord avec ses aspirations, sans trompette ni tambour, modestement. Oui, c’est peut-être cela que j’aime le plus chez Nick Hornby. Sa littérature est modeste. Ça ne veut aucunement dire mineure, mais modeste. Il ne cherche pas à nous accabler de vérités, mais il propose, avec l’élégance de nous faire rire, une réflexion bancale et imparfaite sur notre époque. Et c’est déjà énorme.


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