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La couture cherche son Graal

Publié le 05 juillet 2010 par Gommette1

Aujourd’hui commence la petite ritournelle des défilés de haute couture saison hiver 2010-2011. L’adjectif « petite » s’impose tant le nombre de maisons en présence a fondu avec la crise. Je parle ici des défilés officiels (donc intronisés par la très sélective Chambre syndicale de la haute couture) et non pas off qui pullulent par ailleurs, ce qui ne lasse pas d’étonner : les couturiers opportunistes cherchent toujours l'appel d'air de cette couture vacillante…

Donc en lice, quelques mastodontes de moins en moins nombreux —Dior, Chanel, Givenchy, Giorgio Armani, Valentino…— qui choisissent la paillette pour ne pas décevoir leurs fans et sauvegarder leur stature luxuriante. À leurs côtés, quelques noms plus happy few —Maison Martin Margiela, Lefranc-Ferrant, On Aura Tout Vu…— qui préconisent la modestie de la présentation, souvent faute de moyens faut-il le préciser.

Ce menu resserré sur quatre jours va ravir les rédactrices blasées de mode blasonnée qui n’auront pas à courir sous la canicule et soupirer face aux insupportables retards. Mais un tel régime forcé interroge une fois de plus sur la pérennité de ce segment artisanal qui, pour être un conservatoire de savoir-faire à préserver, ne parvient plus à trouver son modèle économique. À part les colosses sus évoqués qui, avec leurs lourds chiffres d’affaires, peuvent faire exister cette mode sur mesure à la marge, les petites maisons rament pour attirer une clientèle fortunée qui ne court pas les rues.

Ce n’est pas tant le nombre de riches qui pose problème, au contraire, il ne cesse de croître, mais c’est plutôt l’attrait de cette mode délicate et lente dans un monde où tout va vite, dans un monde où l’offre de mode est exponentielle, même si elle n’est pas toujours attractive, dans un monde où l’apparence n’est pas une philosophie de vie mais une bataille sociale pour se faire voir et être vu, pour se démarquer sans tout à fait émerger de la masse.

La haute couture n’habillera pas le nouveau siècle malgré les prouesses stylistiques des talents qui la composent encore. Pour autant, elle demeure un îlot suspendu dans le vide d’une société qui se cherche des repères moins consuméristes, plus authentiques peut-être, où l’amour du travail bien fait se dégage de chaque point appliqué par des petites mains consciencieuses qui résistent à l’envahissement des machines à coudre asiatiques. Jusqu’à quand ? 


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