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Publié le 13 décembre 2007 par Raymond Viger

Les vignobles comme le Cep d’Argent ne peuvent attirer des visiteurs à longueur d’année. L’hiver, la caisse enregistreuse ne tinte pas. Les foires sont peu nombreuses. Et la SAQ ne rend pas la vie facile aux producteurs de vins artisanaux.

Société des alcools du Québec

La Société d’État possède le monopole de la vente d’alcool au Québec en dehors de la bière, que ce soit dans ses propres succursales ou dans les différents commerces: supermarchés, dépanneurs, restaurants, etc. Quiconque veut offrir ses vins ou spiritueux aux Québécois doit au préalable passer par elle. La SAQ, pour assurer une distribution dans ses 816 succursales et agences, demande aux producteurs de vins d’assurer la livraison d’une importante quantité de vin. Peu de vignobles québécois peuvent répondre à cette exigence.

Le respect des traités internationaux fait également mal aux producteurs. La SAQ doit mettre tous ses clients sur un pied d’égalité. Avec des taxes d’accise pouvant monter jusqu’à 125%, exigées pour tous les produits, les vignobles de la province sont peu concurrentiels. Leur faible production, alliée aux coûts de production élevés pour ce secteur, les écarte, pour la plupart, de la visibilité à la SAQ. Ce qui explique l’absence des vins du vignoble les Trois Clochers. Sa propriétaire, Nadeige Marion, n’a pas les moyens. «Si je veux que mon vin soit vendu à 12$ la bouteille, je dois vendre mon litre 4$. Je ne vendrai pas en bas du prix courant», affirme-t-elle avec frustration.

«La SAQ, c’est le Wal-Mart du vin, lance sérieusement Leonard Pennachetti, propriétaire d’un vignoble en Ontario. C’est conçu pour traiter avec les grosses compagnies. Ça détruit les petits producteurs. À la SAQ, il n’y a pas de produits artisanaux.»

M. Pennachetti considère la LCBO, l’équivalent de la SAQ en Ontario, également comme un Wal-Mart. À la différence près qu’en Ontario, le gouvernement a explicitement demandé à sa société monopolistique de promouvoir les produits locaux.

Au Québec, la SAQ n’a aucune exigence en ce sens. Dans son discours du budget en 2005, le ministre des Finances, Michel Audet, a déclaré vouloir faire de la place aux producteurs de vins québécois et autres alcools artisanaux dans le réseau de la SAQ. Deux ans plus tard, les vignerons du Québec n’ont constaté aucun changement. Les vignerons s’interrogent sur la volonté politique des élus provinciaux.

«Est-ce normal de ne pas voir de présentoirs pour les vins du Québec en entrant dans les succursales de la SAQ?» s’interroge Jean-Paul Scieur, du vignoble le Cep d’Argent. Le gouvernement du Québec, seul actionnaire de la société d’État, demande d’aider les vignobles de la province, rappelle-t-il.

«La SAQ achète 170 millions de bouteilles par année à travers le monde pour les revendre dans ses succursales. Là-dessus, 170 000 proviennent d’ici», détaille Jean-Pierre Belisle, propriétaire du vignoble La Roche des Brises et président de l’Association des Vignerons du Québec (AVQ). Dans l’exercice 2006-2007, les ventes de produits locaux à la SAQ atteignaient 2 200 000$ sur des ventes totales de 2 milliards, indique Linda Bouchard, porte-parole pour la SAQ.

Dans la province voisine, selon les chiffres du Wine Council of Ontario (WCO), les ventes de vins provinciaux ont triplé depuis 15 ans pour atteindre 483 millions cette année. Des ventes 200 fois plus volumineuses qu’au Québec.

Vins locaux sans promo

Si le vin québécois s’empoussière sur les tablettes des SAQ, c’est peut-être par manque de promotion de la part des employés du monopole d’État. «Les conseillers sur le plancher offrent des vins français et internationaux depuis 15 à 20 ans, explique Jean-Pierre Belisle, de la Roche des Brises. Il faut changer la mentalité. Promouvoir nos vins doit devenir un réflexe».

En Ontario, la LCBO donne le mandat à un représentant service clientèle de promouvoir les vins locaux. 300 de ses 598 succursales possèdent un tel représentant. Une mesure qui aide beaucoup à promouvoir les vins ontariens, selon Leonard Pennachetti, du vignoble Cave Spring Cellars.

Linda Bouchard, de la SAQ, précise que des employés de la société d’État ont reçu une formation sur les vins locaux. «Certains conseillers ont même fait les vendanges dans des vignobles québécois», raconte-t-elle.

Solutions pour vignobles québécois

Le Cep d’Argent, à Magog, ne va pas trop mal. Son propriétaire, Jean-Paul Scieur, est constamment à la recherche de solutions. Comme celle de vendre ne serait-ce qu’une seule bouteille par année par habitant. «C’est 7,7 millions de bouteilles. Tu multiplies ton industrie par 10. Tu crées des emplois, tu développes les régions», avance-t-il.

Son confrère de la Roche des Brises, Jean-Pierre Belisle, souhaite un marché parallèle à la SAQ pour les vins de la province. «Un vrai réseau, avec une bannière, insiste-t-il. Nos collègues agriculteurs n’ont pas plus de place dans les grandes surfaces». M. Belisle, également président de l’AVQ, verrait d’un bon œil des succursales de produits artisanaux. Il espère que la demande des consommateurs, dans ce réseau nouveau genre, force la main de la SAQ pour donner plus d’espace aux vins québécois.

À l’unanimité, les vignerons considèrent que toute solution passe par une décision du gouvernement. «Le gouvernement n’a qu’à passer le mot. Il est l’actionnaire unique de la SAQ. C’est lui qui décide. Il pourrait, par exemple, vendre 20% de nos bouteilles. Ça ne changerait pas grand chose, rajoute M. Belisle. Linda Bouchard, de la SAQ, confirme que le gouvernement québécois ne ferait pas moins d’argent en vendant des produits locaux plutôt que des vins importés.

Pour M. Belisle, président de l’AVQ, le gros bon sens s’impose. Tant le gouvernement et les consommateurs devraient soutenir une industrie d’ici. «Chaque fois qu’on achète un vin étranger, le Québec ne reçoit que des taxes. Il n’y a aucun rendement économique. On veut créer des emplois en France, mais pas au Québec? C’est fou!»

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