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Des solutions concrètes pour lutter contre le radon

Par Marc Chartier

Je reprends ici, avec l'autorisation du service de presse du CSTB, un article de Dominique Thibaud, publié dans le webzine de cet organisme (décembre 2007).

En France, de 5 à 12 % des cancers du poumon sont dus au radon, cancérigène avéré responsable de 1 200 à 2 900 décès chaque année. Le radon est un gaz radioactif, inodore, incolore, sans saveur et dont la présence n’est pas détectable par les sens. C’est bien là toute la difficulté pour s’en protéger dans les 31 régions à risque identifiées dans l’Hexagone.

Dans le cadre du plan interministériel 2005-2008 de lutte contre le radon à l’intérieur des bâtiments, élaboré par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) en concertation avec la Direction générale de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction (DGUHC), le CSTB a développé des outils techniques innovants à destination des professionnels de la construction.

Tour d’horizon des actions en cours avec Bernard Collignan, ingénieur de recherche, spécialiste de la qualité de l’air et de la ventilation au département Énergie Santé Environnement du CSTB.

Une première édition avait été publiée par le CSTB en 1999. Depuis, compte tenu de la capitalisation des savoir-faire et des connaissances, les guides techniques de solutions concrètes pour les bâtiments neufs et existants seront réédités le 1er semestre 2008 à destination des architectes, bureaux d’études, entreprises spécialisées. "Définir des outils est le rôle du CSTB, ajoute Bernard Collignan. Notre objectif est non seulement d’informer les acteurs du bâtiment sur le risque radon, mais surtout de les former pour qu’ils puissent mettre en application les solutions techniques, parfois difficiles à appréhender."

Une formation professionnelle continue radon

Les sessions de formation professionnelle continue (FPC) du CSTB sur la gestion du risque radon s’adressent aux professionnels qui recommandent ou intègrent ces solutions dans les bâtiments, anciens ou neufs. "Ces formations durent deux jours, ce qui permet d'entrer dans un niveau de détail élevé, précise Bernard Collignan. Par exemple, pourquoi la mesure du radon est-elle normalisée ? Comment procéder pour dépister et évaluer le risque dans un bâtiment existant ? L’importance d’un diagnostic précis pour définir les solutions techniques les mieux adaptées au cas par cas ?" En parallèle, une tournée d’information et de sensibilisation des professionnels a commencé en régions. Les séances ont lieu à la demande, des DDASS principalement. Récemment, une information à destination des architectes a eu lieu, avec succès, à Aix-les-Bains, moteur sur ce thème, à l’initiative de la ville.

Pour compléter le dispositif et diffuser encore plus largement les connaissances, le CSTB a ouvert sur son site Internet une rubrique entièrement dédiée au risque radon : http://kheops.champs.cstb.fr/Radon/

Élaboration d’un référentiel radon

Dans l’habitat existant, il est impératif de faire un diagnostic précis, car chaque cas est particulier. "En effet, explique le spécialiste, en fonction du niveau initial de radon mesuré dans le bâtiment, de sa typologie, de ses systèmes… il faut adapter des solutions spécifiques. Pour en accélérer l’évaluation, nous travaillons sur un projet de référentiel qui devrait déboucher sur une norme "diagnostic du bâtiment" sous l’angle du radon. Le processus normatif prend du temps, le référentiel devrait aboutir fin 2008." En attendant, le CSTB accompagne la Région Limousin sur son "dossier technique Habitat" en réalisant une étude de faisabilité sur l’intégration de la mesure radon dans le dossier de diagnostic technique de l’habitat exigé lors d’une transaction immobilière.

Suivi d’études pilotes

Sur des bâtiments où le risque radon a été identifié, le CSTB assure un accompagnement à la maîtrise d’ouvrage pour l’aider au diagnostic du bâtiment, puis à la définition des solutions adaptées, jusqu’à leur mise en œuvre. "Nous sommes déjà intervenus sur une dizaine de bâtiments qui deviennent des "pilotes", commente Bernard Collignan. Ces études sont des opérations de longue haleine car nous envisageons tous les aspects du problème pour les rendre exemplaires et que nous sommes tributaires du calendrier du maître d’ouvrage pour la mise en œuvre des actions recommandées. Ces cas particuliers, riches d’informations, nous permettent de réaliser des fiches, exemples de mise en œuvre sur des bâtiments, dont des synthèses sont d’ores et déjà disponibles sur le site d’information."

Optimisation des outils existants

Pour pénétrer dans un bâtiment, le radon s’infiltre à travers le sol puis s’accumule, plus ou moins selon le confinement des lieux. Pour l’empêcher de rentrer et limiter sa concentration à l’intérieur du bâtiment, les solutions actuelles ciblent trois niveaux d’intervention : l’étanchement de l’interface sol/bâtiment, la ventilation du bâtiment et le traitement du soubassement. Pour les améliorer et leur apporter des innovations, le CSTB a lancé plusieurs axes de recherche sur le couplage de solutions ventilation/ étanchéité et l’optimisation du tirage thermique naturel pour se protéger du radon. "Une étude en cours porte notamment sur la compatibilité entre les systèmes actuels de ventilation par extraction mécanique dans l’habitat avec les systèmes de ventilation par extraction du bâtiment pour mettre en dépression le soubassement, explique Bernard Collignan. Afin d’observer l’aptitude potentielle du système à gérer en même temps la ventilation du bâtiment et la mise en dépression du soubassement, des tests ont été effectués dans la maison expérimentale du CSTB. Grâce à ces recherches en amont, nous avons montré la faisabilité et la compatibilité potentielle du système. Restera ensuite aux industriels à les reprendre à leur compte pour développer les matériels adaptés à cette problématique. Par ailleurs, un suivi est en cours sur un an pour étudier dans quelle mesure des extractions naturelles de l’air (c'est-à-dire en se servant du tirage thermique naturel) dans le soubassement peuvent provoquer la mise en dépression, évitant ainsi l’emploi de mécaniques contraignantes. Ces études peuvent également s’appliquer sur les bâtiments neufs en les intégrant à la construction ; dans le neuf, c’est la prévention qui prévaut." À ce sujet, signalons que des réflexions sont également menées par le CSTB sur la définition de référentiels "d’appréciation des produits et systèmes à intégrer dans les bâtiments pour la prévention du radon", très attendus par les industriels préoccupés par la pérennité des membranes d’étanchéité et de leur conformité.

Côté réglementation…

Dans les 31 départements à risque, le décret du 4 avril 2002, relatif à la protection des personnes contre les dangers des rayonnements ionisants, impose aux propriétaires des lieux ouverts au public de mesurer la concentration de radon à l’intérieur des bâtiments, puis de leur apporter des "remédiations" lorsque les seuils sont dépassés, à savoir : des actions correctrices simples entre 400 Bq/m3 et 1000 Bq/m3, plus lourdes au-delà de 1000 Bq/m3. Le CSTB participe à une commission d’agrément d’organismes pour la mesure de dépistage du radon dans les bâtiments publics. Elle se réunit une fois par an, sous l’égide de l’Autorité de Sûreté Nucléaire.


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