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Danse une mort absurde!

Publié le 25 mai 2010 par Europeanculturalnews
Danse une mort absurde!

Bühne für das Stück “Call it... kissed by the sun... better still the revenge of geography...” von Robin Orlyn (c) Yann Le Herisse


Ibrahim Sissoko dans une chorégraphie de Robin Orlyn.
Un boxeur, un danseur athlétique du théâtre de danse contemporain «L’après-midi d’un faune» avec des réminiscences chorégraphiques du ballet célèbre de Nijinsky, un jeune homme poursuivi par la police, un Hip-Hopper et un animateur de salle : tous ces éléments dansés par un seul et même danseur, Ibrahim Sissoko, sont réunis dans la soirée chorégraphiée par Robin Orlyn, originaire d’Amérique du Sud.

Au cours de la soirée, ce mélange qui, au premier abord, pourrait paraître incohérent, s’avère être sur scène une suite logique et naturelle. C’est l’évidence même qu’à travers son show, Orlyn porte un regard focalisé sur certains problèmes contemporains. Ibrahim Sissoko, le grand danseur noir, très athlétique, n’a pas peur de naviguer entre les différentes disciplines de danse. Il n’est pas seulement très convaincant en ce qui concerne sa performance corporelle d’une grande présence, mais au cours de la soirée, dans une interaction grandissante avec le public, il prouve aussi qu’il a le sens de l’humour et de la repartie.

Qu’un danseur génial, dont la «patrie» est le «Centre National de la Dance» à Paris et une chorégraphe passée maître dans le domaine de la distraction scénique se réunissent, n’est pas encore tout. Deux autres artistes à qui revient une autre grande partie du succès, se sont joints à eux. Dans la création «Call it…..kissed by the sun….better still the revenge of geography… », représenté à Strasbourg dans le cadre du «festival nouvelles» au Pôle-Sud, Maxime Rebière a montré qu’il était le maître du pinceau électronique : Selon un concept de Philippe Lainé, il a mis le drapeau de la liberté qui figure sur la peinture de Delacroix « La liberté guidant le peuple» entre les mains d’un jeune noir, il a fait surgir un centre commercial avec une voiture garée devant et un caddie surdimensionné, ainsi qu’une danseuse classique vêtue d’une petite jupe légère et un décor ludique pour «l’après-midi d’un faune». Tout ceci a pris forme et vie sur une surface de projection idéale : Un mur de boîtes installé sur la scène. Les transformations optiques sans fin, auxquelles le public a pu assister en direct, étaient un ravissement pour les yeux.

Peindre Sissoko pour le transformer en homme blanc, dansant avec grâce une chorégraphie historique faisant allusion au langage de forme célébrissime de Nijinsky d’après une musique de Claude Débussy et intensifier la noirceur à l’aide d’un pot de peinture virtuel, animé par l’art de Ribière, n’étaient pas les seuls indications concernant la problématique du racisme, qu’Orlyn a vécu de tout près dans son pays d’origine. La chorégraphe est reste fidèle à sa devise selon laquelle l’art ne sert à rien, s’il n’a pas en rapport avec la réalité. Ceci est particulièrement évident dans le passage où elle se réfère à la mort tragique de deux jeunes gens à Clichy-sous-Bois. En 2005, après une course poursuite avec la police, Zyed Benna et Bouna Traoré sont morts dans une armoire à haute tension. «Morts pour rien» est écrit en grand sur le mur de boîtes. Des aboiements et des sirènes de voitures de police renforcent les associations et Sissoko mute en homme persécuté, loin du grand écart artistique entre noir et blanc.

Mais dans ce spectacle il n y a pas que des moments artistiquement exigeants qui se jouxtent les uns aux autres. Quand Sarkozy et quelques uns de ses ministres apparaissent comme Mr. Propre sur un flacon de détergent, ou alors quand Sissoko invite le public, très surpris, de rallumer «enfin» leurs portables et de faire sonner une alarme trois minutes plus tard, ou quand il recrute 5 volontaires dans les rangs des spectateurs pour l’accompagner dans le grand finale, la chorégraphe réussit quelque chose de très rare : En faisant participer le public et en le faisant rire, elle n’arrive pas seulement à gagner toutes les sympathies, mais elle fait aussi en sorte que les spectatrices et spectateurs s’identifient en même temps très fort avec l’action sur la scène.

Cette identification est aujourd’hui plus importante que jamais. Non seulement pour survivre aux artistes mais aussi pour une société qui serait bien conseillée d’effacer les lignes de séparation dans la vraie vie, tout comme dans la pièce d’Orlyn.

Texte traduit de l’allemand par Andrea Isker


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