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La réponse dans la question

Publié le 19 juillet 2010 par Scienceblog

Philosophie Magazine - Juin 2010

D

ans le numéro de juin de Philosophie magazine (saine lecture de vacances), on trouve en page 10 deux petites brèves qui, mises l’une à coté de l’autre, montrent l’importance du paradigme initial d’une science sur le résultat d’une expérience.

Voici le texte in extenso de la première d’entre elles. « La moralité du nourisson. Nous naissons amoraux. Pour Freud et Piaget, l’affaire était entendue. Faux, affirme Paul Bloom, professeur de psychologie cognitive à l’Université de Yale (Connecticut). Selon ses expériences, les petits hommes naissent avec un sens moral rudimentaire dont la culture permet le développement. »

Lorsqu’on travaille en psychologie cognitive, le point central de toute recherche est l’apprentissage, sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. La notion de comportement est essentielle, et l’objet est la découverte des stratégies comportementales et cognitives qui permettent à un individu de vivre, c’est à dire de se construire, d’évoluer, de changer ou au contraire de rester immobile, etc. L’apprentissage est forcément le facteur fondamental d’une évolution. La question posée initialement devait donc être : sommes-nous des êtres moraux, ou apprenons-nous à l’être (le devenir) ? Que l’apport scientifique de Paul Bloom soit vrai ou faux, il n’en demeure pas moins qu’il ait intérêt à ce que la morale soit préexistente de façon embryonnaire chez le nouveau né, car alors, l’évolution morale de l’individu grandissant est plus facile à évaluer. Sinon, il aurait fallu comprendre comment il apprend cette morale. Or, la définition de cette dernière est d’un ordre beaucoup plus philosophique que comportementaliste, et il y aurait eu un frein méthodologique à l’évolution de son concept. Bref, au vu de la discipline, le résultat n’est pas étonnant.

Voici le texte de la seconde : « T’as pas bonne mine. Une intéressante expérience de Mark Schaller, psychologue de l’Université de British Columbia (Canada), indique que lorsque l’on montre des images de patients souffrant d’urticaires ou de boutons, ceux qui les voient ont leur système immunitaire renforcé (production d’interleukine-6 en hausese de 23%). Selon le chercheur, le cerveau signale au corps qu’avec toutes ces maladies au dehors, il faut mieux se renforcer dedans. »

Là, c’est apparemment l’inverse qui se produit : il est en effet communément admis que le corps et le cerveau doivent être séparés, ou tout au moins l’intellect et l’affect d’une part, et le fonctionnement physiologique de l’autre. Ce status quo ne devrait normalement pas être remis en question, car alors, l’apparition des maladies pourrait être induite ou tout au moins favorisée par l’état psychologique de la personne. D’un point de vue de science dure, la personne elle-même ne peut agir sur sa propre maladie. Si elle le fait, c’est un miracle. Le psychologue met en place un protocole expérimental simple et, grâce à lui, met en évidence que les choses ne sont pas si simples. 1/0 pour les psys.

L’opinion générale prône l’inverse de ce que propose l’expérience ( »Va pas voir les malades, tu vas le devenir toi-même »). La doxa n’est d’accord ni avec les immunologistes ou biologistes de tout poil, ni avec les psys.

Quant au psychologue, en s’intéressant à des thématiques habituellement tenues par des savoirs constitués (la physiologie et l’immunologie, voire la neuro-immunologie), d’en prendre un peu l’aura et, de ce fait, de doucement en prendre le chemin. Dans cette situation, il faudra s’attendre à ce que des détails expérimentaux soient mis en cause : par exemple, est-ce que le taux d’interleukine-6 sanguine est vraiment révélateur de l’état immun de la personne ? Quoi qu’il en soit, des photos ont un effet sur le système endocrino-immunologique de la personne, ce qui n’est pas forcément nouveau, mais qui renforce le besoin de changer le paradigme biologique. Et nul doute que les pschologues doivent prendre part à cette controverse.

Quoiqu’il en soit, ces deux nouvelles assertions dans le champ du savoir (et, à mon avis, la seconde surtout) méritent d’être suivies.


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