Magazine Humeur

Déraillement

Publié le 19 juillet 2010 par Jlhuss

thomas-voeckler-a-remporte-la-15e-etape.1279564016.jpg Etape 15 : Pamiers – Bagnères de Bigorre.

Schleck déraille, Voeckler s’envole
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Deux courses en une, comme souvent. Belle échappée de dix coureurs qui a quand même mis cent kilomètres à se constituer. Dans le Port de Balès, col final hors catégorie, Thomas qui sent que le rythme faiblit au moment où les Saxo mettent en route s’envole sur une pente qu’il connaît parfaitement (il y a construit sa victoire dans la “route du sud”), résiste à un mano a mano avec Ballan maintenu à une minute environ et fait une descente presque sans faute… Je dis “presque”, parce qu’il s’est raté à la sortie d’une courbe qui se refermait, et à manqué de se payer un mur de face, à plus de 60 km-h. Il s’en est fallu de trente centimètres…

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Derrière, j’ai rien compris à la “stratégie” des Saxo de Schleck… à supposer qu’il y en avait une. Andy met ses équipiers à la planche dans le col alors qu’ils sont intrinsèquement moins forts que ceux de Contador qui reste entouré de deux gars dont Vinokourov – pas rien ! – quand il est totalement esseulé puisque les Saxo ont sauté les uns après les autres. Il démarre à trois kilomètres du sommet, décramponne légèrement Contador mal placé quand Vino, lui parvenait à prendre sa roue. Premièrement… quel intérêt de démarrer si tard alors qu’il descend mal et que même s’il avait creusé un écart de 30 à 40 secondes, il est à peu près certain que le duo Contador – Vinokourov l’aurait repris sans grand mal ?
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Deuxièmement, grosse présomption. Il démarre “en montant sur la grosse” et doit de ce fait changer de plateau. Manœuvre faite sans doute avec nervosité, parce que les dérailleurs contemporains dont les vitesses sont “indexées” déraillent… très rarement justement et c’est ce qui lui arrive (en plein effort il aurait pu chuter lourdement, heureusement ce ne fut pas le cas)
Troisièmement, il a mis trente bonnes secondes pour replacer sa chaine et à ce niveau, c’est un manque de professionnalisme consternant. En école de vélo, un cadet se ferait agonir pour moins que ça !

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Au moment de l’incident, Contador était à ses côtés et est passé comme une fusée ; après il a manifestement hésité sur la conduite à tenir.

Certains utilisent ce fait de course pour ouvrir une polémique qui n’a pas lieu d’être (Jaja, habituellement très bienveillant, est catégorique). Contador a fait partie de ceux qui ont attendu Schleck à Spa (sinon, il aurait perdu 5mn). Quand “el pistolero” a perdu du temps sur les pavés, sur incident mécanique, Schleck qui caracolait devant, dans le sillage de la roue seigneuriale de Cancellara, ne s’est pas relevé, (et il a eu raison puisqu’il avait déjà de l’avance).

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Un saut de chaine, c’est une erreur et pas un impondérable comme une chute ou une crevaison (surtout quand on ne sait pas remettre sa chaîne en place en un temps raisonnable) Ajoutons que dans la descente, Contador, correct,  n’a pas donné un coup de pédale, restant dans les roues de Menchov, Sanchez, Van den Broek qui sont dans le top six. Devait-il les laisser filer ?

Pour expliciter le paragraphe précédent, voici le classement général à l’arrivée. Sanchez et Menchov à peu ou prou deux minutes ! Pas question de laisser filer des clients pareils!

1     Alberto CONTADOR VELASCO     ESP     AST   72h 50′ 42″
2    Andy SCHLECK    LUX    SAX   + 00′ 08″
3    Samuel SANCHEZ GONZALEZ    ESP    EUS   + 02′ 00″
4    Denis MENCHOV    RUS    RAB   + 02′ 13″
5    Jurgen VAN DEN BROECK    BEL    OLO   + 03′ 39″
6    Robert GESINK    PB    RAB   + 05′ 01″
7    Levi LEIPHEIMER    USA    RSH   + 05′ 25″
8    Joaquin RODRIGUEZ OLIVER    ESP    KAT   + 05′ 45″
9    Alexandre VINOKOUROV    KAZ    AST   + 07′ 12″
10    Ryder HESJEDAL    CAN    GRM   + 07′ 51″

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Andy Schleck nous la joue Calimero à l’arrivée (”moi j’aurais pas fait ça”) et perd (temporairement  ?) le maillot pour huit secondes. Il a déjà laissé passer trois occasions au nom de “son plan infaillible”. Bah oui mon vieux, le Tour c’est comme aux échecs ! Tu as peut être un plan, mais le gars en face de toi en a un aussi, et il faut de toute manière s’adapter aux impondérables. Tu as déjà eu de la chance qu’il ne te flingue pas quand tu t’es amusé à jouer les porteurs d’eau pour ton équipe (et pour ta promo), ne tire pas sur la ficelle. Cela dit, il te reste deux belles étapes pour te rattraper. Tu as donné rendez-vous au Tourmalet, on prend note et on t’attend. Et que le meilleur gagne !

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Que ces “jacasseries” ne nous empêchent pas de rendre hommage à Fabio Casartelli, qui s’est tué en 1995 dans la descente du Portet d’Aspet que les coureurs ont empruntée aujourd’hui. Certains d’entre eux se sont signés en passant devant la stèle érigée en sa mémoire.

Le résumé vidéo de l’étape

Le vélo pour les nuls
l’assistance aux coureurs du Tour.

Chaque équipe dispose, pendant l’étape, de deux voitures suiveuses (l’une destinée à se glisser éventuellement derrière l’échappée, l’autre restant dans le peloton). L’ordre de placement des voitures est fixé en fonction du classement, celle de l’équipe du maillot jaune étant la première, juste derrière la voiture de la direction de course. Ces voitures sont à même de ravitailler les coureurs et de les dépanner. Le directeur sportif communique avec eux par l’intermédiaire des oreillettes. L’autorisation donnée par le directeur de course de rejoindre une échappée n’est donnée que quand elle a pris une minute d’avance par rapport au peloton. De même, si l’échappée est près d’être reprise, les voitures qui la suivaient doivent se replier (cela pour protéger l’échappée : des voitures donneraient alors un point de mire puis un abri au peloton qui chasse)

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Dans la “zone de ravitaillement”, des soigneurs pré-postés donnent les musettes aux coureurs… geste acrobatique qui provoque parfois des accidents malgré le savoir faire des uns et des autres. Les cadors ont des équipiers chargés de prendre leur musette en plus de la leur, pour éviter une chute ou un retard.

Il arrive que des équipes concurrentes “mutualisent” leurs services, quand par exemple chacune d’elles a la quasi certitude d’avoir des coureurs très retardés pour cause de blessure ou de maladie, pas en mesure de suivre le gruppetto. A tour de rôle, elles délèguent jour après jour un véhicule qui “s’occupera” des deux (cette disposition doit être signalée au préalable à la direction)

En plus de ces voitures, il y a deux véhicules médicaux. Les coureurs peuvent venir consulter et pendant le temps de la “visite”, s’appuyer sur la portière en étant dispensés de pédalage. “Curieusement”, ces consultations (jamais “bidon” : les cyclistes sont des gens durs au mal) sont plus fréquentes dans les montées que sur le plat.

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Dans les étapes “spécifiques”, quand il est difficile de doubler, de se rapprocher des coureurs (montagne, pavés), il y a également des “voitures neutres” à même de donner une roue au coureur qui a crevé et dont la voiture est éloignée. Nous sommes loin des temps héroïques où le coureur portait des boyaux enroulés autour du torse et réparait lui-même en cas de crevaison (ou se faisait donner une roue par un équipier). Encore plus loin de l’époque d’Eugène Christophe qui a du réparer seul sa fourche dans la forge de Sainte Marie de Campan rejointe après
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15 km de marche, recevant une forte amende pour “assistance illégale” : un gamin actionnait le soufflet pendant qu’il cognait à coups de marteau sur le métal chauffé à blanc… ça se passait en 1913.

Signalons aussi des motos “assistance médicale” (pour les petits bobos), des motos fraîcheur “neutres” (qui ne donnent que de l’eau, sans aucun nutriment dans les bidons).

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Enfin, la “voiture balai” ramasse les coureurs qui abandonnent sur épuisement, si aucun des véhicules de l’équipe n’est disponible. Il y a quelques décennies, un abandon impliquait l’obligation de revenir dans l’humiliante voiture balai (sauf blessure grave qui impliquait une évacuation médicale. Bahamontes a été sommé par Jacques Goddet, le directeur de course, de se prêter à cette procédure) Le passage de la voiture balai sur la ligne indique que “c’est fini, ils sont tous passés”

Tout véhicule, quel qu’il soit (voiture ou motos des équipes, d’assistance, des suiveurs, des reporters, de la télévision, etc.) ont pour consigne absolue de ne jamais gêner la course, sous peine d’amende et/ou d’exclusion temporaire ou définitive de la course. Les commissaires seuls sont habilités à donner – ou non – les autorisations de passage.

Bravo à Rama Yade qui a (bien) parlé des coureurs et surtout de notre petit Thomas, le vainqueur du jour, sans consacrer une seconde à la politique politicienne. Au prochain remaniement, on pourra l’embaucher pour la moto ardoise!

Les anciens du jour, qui furent des rois des Pyrénées.

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Jesus Lorono, Federico Bahamontes, Julio Jimenez.

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Le Chat : Encore un “tricolore”, dans tous les sens du terme, sur la plus haute marche du podium de l’étape; ça va devenir une habitude cette année. Le Tour se normalisant petit à petit dans ses recours à la pharmacopée, peut-être allons-nous revoir des premiers rôles à l’emblème cocarde tricolore.

Contador a été, je trouve, putôt “fair play” dans cette affaire de dérailleur. On ne peut pas dire qu’il a roulé comme un dingue et profité honteusement d’une situation qui n’a rien d’un manque de chance mais plutôt d’une maladresse. Décidément A. Schleck me surprend tous les jours un peu plus … Mais “il a un plan” … taisons-nous donc. En revanche il y en a un qui me surprend également tous les jours par sa force renouvelée, c’est Vino ! Toujours là quand il faut et semble-t-il sans peiner outre mesure. Contador tient là un sacré équipier.

Les Pyrénées sont toujours aussi belles et j’attends avec impatience le mythique Tourmalet.

Enfin, on a noté avec bonheur que Rama Yade n’a pas évoqué les hôtels des coureurs.

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A demain … Peut-être ?

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