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De Chantilly à Grenoble, la Sarkofrance s'est-elle dissoute ?

Publié le 20 juillet 2010 par Juan
De Chantilly à Grenoble, la Sarkofrance s'est-elle dissoute ?A l'affaire Woerth-Sarkozy s'est ajoutée un regain de violence incroyable la semaine dernière. Attaqué sur l'éthique, le gouvernement de Sarkofrance l'est à nouveau sur la sécurité. Comme sur le «Sarko-Gate», le gouvernement est bien en peine, depuis des mois, à assumer la réalité : celle de son échec.
Dissoudre la Sarkofrance ?
Le député socialiste Julien Dray a suggéré à Nicolas Sarkozy de dissoudre l'Assemblée nationale. Nicolas Sarkozy n'aura pas ce courage-là, comme d'autres avant lui. Le malaise perdure. Quand le mandat présidentiel était de 7 ans, la menace d'une cohabitation survenait au bout de 5 ans. François Mitterrand a perdu deux fois cette échéance finale, en 1986 puis en 1993. Jacques Chirac a eu l'audace, que d'aucuns à droite ont qualifié d'erreur historique, de dissoudre l'Assemblée deux ans à peine après son entrée en fonction. La France sortait d'un trimestre de grèves monstres à la fin de 1995. L'alignement des élections législatives sur le tempo présidentiel, à l'initiative malheureuse de Lionel Jospin en 1997, a enterré la perspective d'une éventuelle cohabitation. Pourquoi Nicolas Sarkozy dissoudrait-il un parlement acquis à sa cause ?
Julien Dray explique qu'il faut «un fait politique majeur qui remet de l’ordre dans la tête de nos concitoyens.»  Il estime que «ça ne s’arrêtera pas».
Il n'a pas tort.
Ce weekend, on apprenait qu'Eric Woerth sera entendu par la justice. Et Philippe Courroye veut conserver la direction des enquêtes. malgré les soupçons de connivence avec Nicolas Sarkozy, le procureur du parquet tient sa ligne. «L'audition d'Éric Woerth par les policiers de la brigade financière doit intervenir «dans les prochains jours», indiquait dimanche une source judiciaire interrogée par Le Figaro.» Le ministre du Travail reste empêtré dans les affairs, comme le rappelle le Monde. Dimanche dernier, il a été hué par des spectateurs du Tour de France, à une étape à laquelle il assistait à Ax-Trois-Domaines. Lundi, Eric Woerth a pris le risque de contredire les déclarations réalisées par Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, lors de sa garde à vue vendredi dernier. Ce dernier avait expliqué aux policiers qu'Eric Woerth devenu ministre lui avait demandé de rencontrer son épouse Florence pour «faire le point sur sa carrière». Eric Woerth aurait pu se contenter, comme l'avait déclaré un temps son avocat, de contester que cette incitation signifiait une embauche forcée. Mais non, il est allé jusqu'à nier avoir demandé à Patrice de Maistre de recevoir son épouse, parole contre parole: «ma femme a rencontré son patron dans le cadre de son ancien travail, c'était dans une banque. Je ne suis pas à l'origine de cette rencontre».
Sécurité : les promesses dissoutes
Les violentes émeutes qui ont secoué Grenoble jeudi dernier tombent très mal pour le pouvoir. Semaine après semaine, l'échec de la lutte contre l'insécurité s'illustre dans des faits divers plus ou moins dramatique.  En début d'année, la violence en milieu scolaire s'était invitée dans le débat politique. Une succession de meurtres et d'agression avaient forcé le gouvernement à organiser des Etats Généraux en avril, après l'échec des élections régionales. En 2007, Nicolas Sarkozy et son gouvernement utilisèrent tous les faits divers à portée de leur main pour justifier une boulimie législative et règlementaire qui s'est finalement révélée inefficace: peines planchers, y compris pour les mineurs, rétention de sûreté,  décret anti-cagoules ou mesures anti-bandes, cybersurveillance et videocaméras. Depuis 2002, et les nombreuses lois successives de Nicolas Sarkozy, ministre puis président, ont accru la pression sécuritaire, ... en vain : le nombre de personnes mis en cause a ainsi cru de 30% de 2002 à 2009 pour atteindre 1,175 millions de personnes en 2009. Les gardes à vue (hors délits routiers) sont passées de 336 000 en 2001 à 580 000 en 2009. Le nombre de personnes, victimes ou délinquants, a également fortement progressé : 3,5 millions d'empreintes digitales (contre 1,6 millions en 2002), 1,4 millions d'empreintes ADN (dans le FNAEG, créé depuis 2002). Las, les violences contre les personnes ne cessent de progresser, malgré quelques tentatives gouvernementales pour masquer cette tendance : Brice Hortefeux, depuis son entrée au ministère de l'intérieur, a joué de comparaisons de périodes incomparables (comme par exemple, les cambriolages entre l'été et le plein hiver), et a même renoncé à livrer le nombre de voitures brûlées lors du 14 juillet dernier.
Au final, le gouvernement argumente que la délinquance a changé. Les moyens aussi: à force de réduire le nombre de fonctionnaires jusque dans la police et la gendarmerie, le nombre d'effectifs des forces de l'ordre est revenu, en 2010, à son niveau de ... 2002. Bref, Sarkozy n'arrive plus à entretenir son mythe sécuritaire. Là est le paradoxe : confrontée à une hausse de la délinquance violente, Nicolas Sarkozy a ... réduit les moyens de répression et, a fortiori, de prévention, qu'il entendait y consacrer.
La semaine dernière, le quartier de la Villeneuve, à Grenoble, ressemblait à une zone de guerre. Pendant que Nicolas Sarkozy pédalait au Cap Nègre, son ministre Hortefeux a du se précipiter sur place pour réaffirmer sa détermination, avec le détachement de 300 policiers supplémentaires et des hélicoptères de surveillance. Combien de fronts similaires la police de Sarkofrance est-elle en mesure de tenir ?

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