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Bernard Giraudeau: un héros des temps moderne

Publié le 20 juillet 2010 par Xylophon

"Je suis en arrêt de jeu, sur le clos, paupières closes. Je sais que vos mains, fines, élégantes, déliées, sont une harmonie, une musique pour saisir mes lettres, les déplier et les tenir comme la plus précieuse découverte de notre vie. Cette main qui repousse une mèche de cheveux reste suspendue pendant que vous lisez, attentive, les mots sacrés de ce voyageur infatigable qui a fini par s'arrêter dans votre jardin. Je vous aime depuis si longtemps, depuis avant le début. Ces lettres qui ne pourraient jamais finir sont celles de mes mouvements géographiques et de mes voyages immobiles sur la scène. Mais probablement y verrez-vous un autre voyage plus complexe, plus hardi, plus désespéré. Voyager, dit-on, on n'en revient jamais. Le prendrez-vous ce temps de me lire pour me prolonger un peu en vous ?"

Postface de Cher amour de B.Giradeau

Je ne connaissais pas bien le parcours de l'acteur entre le théâtre et de cinéma. J'aimais l'homme. Simplement.

Est-ce par ce que j'aime les destins contrariés. Je n'en sais rien. J'aime cette idée que l'on peut à 15 ans être mécanicien sur la Jeanne d'Arc, faire le tour du monde, devenir connu, et passé à autre chose, à un autre choix de vie quand celle-ci vous rappelle à l'ordre.

J'aimais son regard sur les voyages qui construisent, sur sa vision d'une vie qu'il faut apprivoiser, sur sa relation aux autres qu'il avait modifié. J'aimais son amour de la mer, de la Bretagne, des ports et des marins.

Au delà de cela, j'ai trouvé admirable qu'il puisse parler d'une pathologie dont on ne parle pas. Quand les artistes meurent, c'est souvent d'"une longue maladie" plutôt que d'un cancer. Bernard Giradeau a évité cet écueil.

Mieux, il a tracé un chemin, pour des malades en quête d'espoir. Avec "nous irons tous à l'hopital", il a rappelé la réalité du cancer, mais aussi les conditions de dégradation qui touchent de plus en plus le service public et particulièrement les hôpitaux.

Son combat aurait pu être anonyme, silencieux, loin des cameras, pourtant il a choisi de s'exprimer. Jamais de voyeurisme, jamais de pitié, juste la voix d'un malade apportant son parcours de vie, ses expériences, pour partager, pour dire, pour témoigner. Il a aussi, je trouve, apporté un regard différent sur les traitements, en évoquant la médecine traditionnelle en complément de la chimiothérapie: hypnose, changement d'alimentation, méditation.

Bernard Giradeau avait débuté dans des films populaires qui commercialement avaient été des succès. Il aurait pu avoir une carrière à la belmondo, comme jeune premier du cinéma français. Mais Giradeau avait autre chose à dire. Amoureux des voyages, il avait parcouru toutes les mers du monde, et avait définitivement choisi l'écriture comme mode de médiation avec son public. Sa maladie qu'il voyait comme une chance avait renforcer cette envie de tracer sur les feuilles blanches une épopée personnelle à l'image des récits de Forester, Mac Orlan ou Pierre Loti.

Altruiste, humaniste, héros non pas de fiction pour un comédien, mais héros des temps modernes voilà ce qu'était Bernard Giraudeau. J'avais vu son passage chez Laurent Ruquier présentant son dernier ouvrage: "Cher amour". En l'écoutant, j'avais eu envie de me l'acheter.

Aujourd'hui, je vous le promets Bernard Giraudeau, je me l'achète,et je prendrai le temps de vous lire...

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