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Juste grosse.

Publié le 21 juillet 2010 par Reenco

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Deux fois.

Deux fois en moins de trois mois qu'elles me font le coup les nanas de chez Carrefour Market.

La première fois, c'était le jour où j'ai fait les courses pour organiser l'anniversaire de mon bonhomme. Il y en avait bien trop pour que je puisse tout ramener sur mon vélo, si bien que j'ai demandé une livraison à domicile. Tout se passait bien, l'hôtesse de caisse faisait passer mes articles et une autre les réceptionnait pour les ranger dans des boites en plastique. Moi, je ne faisais rien. J'attendais juste le moment de dégainer la carte bleue. Ce silence que j'aurais préféré conserver tel quel avait l'air de gêner l'une des deux employées, puisqu'elle a décidé de le troubler pour me dire une chose qu'elle aurait mieux fait de réfléchir avant de se lancer.

- Bientôt, vous pourrez profiter des offres du mercredi.

- Ah bon, y a quoi le mercredi?

- C'est le jour des promotions sur les articles bébé en livraison à domicile.

Sur le coup, j'ai pas compris.

Pourquoi j'aurais compris, d'abord?

J'ai juste répondu "Ah, d'accord". Et probablement que j'avais l'intention de réfléchir à cette conversation de trois phrases quand j'aurais eu que ça à faire.

Mais comme elle ne m'a pas vu réagir, elle a continué.

- C'est pour cet été?

Toujours aucune réaction de ma part. Je crois bien que je me suis demandé comment cette femme que je ne croise que quand je fais mes courses à 800 bornes de ma famille pouvait savoir que ma petite soeur sous le soleil du sud attendait un bébé.

Sans savoir d'où c'est sorti, j'ai répondu "Oui". La vérité, c'est que je ne comprenais rien de ce qu'elle me racontait et que je n'avais aucune envie de me lancer dans une discussion sans queue ni tête comme quand je vais chez Leader Price et que la jeune qui fait la caisse me raconte sa vie dont je me fous royalement. Le type derrière moi, qui attendait pour sa livraison et qui avait l'air de chercher des amis, m'a lancé un grand sourire et annoncé "Ah, ma femme aussi".

Il a fallu que ce futur papa ouvre sa bouche pour que je comprenne enfin.

Je suis rentrée chez moi le moral dans les chaussettes, j'ai envoyé des sms à mes copines pour leur raconter ma mésaventure, auxquels certaines ont répondu "Quelle conne la meuf !" et d'autres "C'est vrai que comme t'es foutue, on pourrait croire".

Trois jours après, je portais une ceinture corset qui atténuait l'impression de gestation que je donnais jusqu'alors.

Deux mois sont passés.

Pendant lesquels je me suis délestée de dix bons kilos, et que par conséquent, mon ventre a lâché un peu de gras. N'étant pas très objective, le bonhomme me l'a assuré. Ca se voit. La ceinture corset me va trop grande, donc je l'ai abandonnée dans mon placard.

L'histoire des livraisons de produits bébé était derrière moi.

Jusqu'à hier.

Re-Carrefour Market, re-caisse, mais cette fois, une file d'attente d'environ 10 personnes dans un magasin blindé. J'étais la quatrième de cette file. L'hôtesse de caisse (pas la même que l'autre fois) fait passer les articles des premiers clients.

Et d'un coup, comme ça, ça lui pète, un concombre à la main, elle s'arrête net, me regarde, se lève, se penche, m'observe de haut en bas, et me lance de sa voix probablement la plus forte "Vous êtes prioritaire madame, passez".

Vous voyez, ces moments de solitude, où on sent nos membres devenir brûlants, son coeur s'emballer, ses yeux se baisser, j'en ai vécu un gros hier.

Je me suis d'abord retournée pour voir si elle parlait à quelqu'un derrière moi. Et vu que tous ces gens avaient les yeux rivés sur moi (et mon ventre), j'ai bien compris que c'était pour ma pomme.

Comme elle en avait pas fait assez, elle a insisté.

"Allez-y, passez."

J'ai du avoir le regard le plus assassin de ma vie et n'a su sortir de ma bouche qu'un "De quoi je me mêle?" pour lequel ma mère aurait pu me punir de sortie pendant deux mois tellement je n'ai pas été élevée comme ça. Pour ma défense auprès des clients devant et derrière moi, on va dire que c'est les hormones.

Autant dire que mon passage en caisse a été plus que tendu et qu'elle ne m'a pas décroché le moindre sourire. J'ai envie de dire, si j'avais pu lui tirer les cheveux et les donner à bouffer à mon chat plutôt que lui dire merci et aurevoir parce que je suis quand même polie, je l'aurais fait.

Non, mais franchement, ils font quoi chez Carrouf?

Si ils ont établi en interne un programme de proximité entre les employés et la clientèle, faudrait revoir les méthodes.

Je vais pas mentir, je me suis déjà servi plusieurs fois de mes kilos pour avoir de la place assise dans le bus quand je vivais à Paris, ou pour gratter des dizaines de minutes de file d'attente dans des expos ou des concerts. Mais bon, c'était volontaire, ça relevait d'une vraie mise en scène et d'un travail d'actrice presque du niveau des oscarisées.

Toujours est-il que là, je sens que je vais désormais aller fouler uniquement les sols de Leader Price et me taper les histoires de scooter, bus loupé ou engueulades avec ses parents de la petite jeune, qui elle, finalement, ne me donne pas envie de me pendre quand je rentre de faire mes courses.

Je t'en foutrais du positif, moi.


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