Magazine Moyen Orient

"Tu te rappelles?"

Publié le 22 juillet 2010 par Perle

  Il y avait Arie, de retour de Hongrie. Et puis Daniel, fraîchement revenu de Toronto. Et puis Talya, arrivée du Michigan. Ilan de Montréal, Nic qui repart bientôt à Londres, Nik qui atterrissait justement de Suède, Danny attendu à Amsterdam dans quelques jours, et aussi Dafna qui s'est déjà envolée vers New York. Nous étions presque 300 hier, anciens et nouveaux volontaires du programme international de Magen David Adom.  

  
Depuis 1995 et la visite à Jérusalem d'un groupe minuscule d'étudiants de McGill formés par la Croix Rouge canadienne, que de chemin parcouru! Le programme a grandi, évolué jusqu'à devenir un des moteurs de l'aliyah des jeunes étudiants juifs nord-américains, puis du monde entier. Ils rejoignent un microcosme de gens de tous horizons, une bande aussi soudée qu'éclectique, dont les journées commencent à l'aube dans le mélange des odeurs de la cigarette de ceux qui finissent leur garde et du café de ceux qui commencent. Un groupe soumis au pouvoir dictatorial du beeper, dont les membres, lorsqu'ils parviennent à se hisser entre les badauds face au vendeur de falafel lors d'une garde, s'enfuient généralement en courant vers l'ambulance garée en triple-file quelques mètres plus loin avant de débouler, sirène hurlantes, dans les ruelles à sens unique et les boulevards embouteillés. L'ambiance festive des retrouvailles cachait presque l'occasion sombre de la cérémonie. Comme beaucoup de programmes en Israël, celui des volontaires internationaux de Magen David Adom porte le nom d'un de ses fondateurs, mort trop jeune en uniforme.
  
On finit par décider de descendre plonger à Eilat entre instructeurs. Mais après les exams. Ceux qui ont déjà fini s'en vont dès le soir à Ein Gedi, y enseigner le prochain cours. Ils chargent une cargaison de défibrillateurs, minerves, pansements et brancards dans le bus qui les attend et klaxonne. Sur le chemin du retour, en uniforme, je maudis cet examen de chimie la semaine prochaine, et le rattrapage du cours de macromolécules qui ne tardera pas à se confirmer. Je rentre dans une épicerie faire trois courses. Le patron me dévisage étonné, avant de s'adresser au gamin qui se morfond à la caisse. "Pour elle, c'est gratuit, si, gratuit".
  
Je me retourne. "Tu te rappelles maintenant?" - et moi de fouiller chaque recoin de ma mémoire sans trouver aucune piste. Il se souvient de mes lunettes, et d'une équipe arrivée un jeudi soir que son fils adolescent avait bu avec des copains, et s'était effondré dans les escaliers. Impossible de m'en souvenir, comme beaucoup d'appels. Mais j'y gagne un bâton glacé au citron, et ce sourire gêné qui perdure alors que je marche vers l'immeuble des résidences...


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