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Question d’ADN

Publié le 17 décembre 2007 par Jlhuss

Interview de Fabienne Giovannini, rédactrice en chef du journal corse Arritti :

Avez-vous noté un accroissement de l’activité de la police à l’endroit de la population corse, et depuis quand ?

Le climat s’est considérablement tendu depuis le début du procès Yvan Colonna. Déjà, la venue de Nicolas Sarkozy en septembre et le déploiement de forces policier disproportionné qui l’accompagnait nous a donné un avant-goût de ce qui serait réservé à la Corse pour le cas où le verdict ne serait pas favorable à l’accusé. Ainsi, toutes ces dernières semaines, on a assisté à des interpellations très violentes, portes enfoncées, personnes interpellées jetées à terres, menottées dans le dos, parfois battues, femmes ou parents âgés menacés avec arme, enfants traumatisés, etc.

Il y a eu plusieurs attentats ces jours derniers, quels sont les objectifs de la police ?

Non, tout ça, c’est pour rien ! Car les militants, placés en garde-à-vue, sont relâchés sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. Il eut été plus normal de les convoquer comme de simples témoins ! En fait, on veut mettre la population sous pression, et l’interpellation est un prétexte car, au passage, on a systématiquement procédé à une empreinte ADN totalement illégale. Un échantillon d’ADN n’est autorisé que lorsque figurent, pour un suspect, des indices “suffisamment graves et concordants” pouvant l’impliquer dans un dossier. Lorsque les dossiers sont vides, prélever l’ADN est interdit par la loi. Le fichage systématique de la population est donc un abus de pouvoir qui bafoue les droits de l’homme.

Comment s’exercent ces pressions ?

Hier encore, de jeunes mineurs interpellés alors qu’ils protestaient contre le verdict prononcé contre Yvan Colonna, se sont vus collecter un échantillon d’ADN illégal. Leurs parents n’ont pas été immédiatement prévenus et il leur a été refusé de voir un avocat malgré leurs demandes.C’est un scandale de démocratie qui ne fait malheureusement réagir personne en France ! La Corse est en situation de non-droit depuis des années qui nous entraîne dans un cycle infernal “attentats-répression” où les deux “extrêmes” se répondent dans une surenchère dans la violence qui semble sans fin. C’est une situation explosive.

N’est-ce pas un cas isolé ?

Pas du tout, car voici un autre exemple : un militant placé en garde à vue suspecté dans un attentat ancien, n’est presque pas interrogé sur cette affaire, mais sur ce qu’il pense de la situation générale en Corse. Les policiers veulent enfin procéder à une empreinte ADN, ce qu’il refuse. Il est finalement relâché deux heures avant le terme de la garde-à-vue et poursuivi en justice pour son refus de donner son empreinte ADN. L’affaire passe au tribunal, il gagne son procès et la police est condamnée. Plus récemment, il est de nouveau interpellé, pour, dixit les enquêteurs, “terminer son reliquat de garde-à-vue” dans l’affaire ! Pour mieux faire pression, on interpelle aussi sa compagne, enceinte de 8 mois, à qui on demande sa petite culotte en vue de prendre aussi son ADN… Elle refuse, la garde à vue se prolonge et elle fait un malaise. Quant à son compagnon, devant un nouveau refus d’empreinte ADN, on lui confisque sa brosse à dent ! Pourtant, je lerappelle, cette volonté de prise d’ADN a été sanctionnée par un jugement au tribunal ! On bafoue donc une décision de justice !

Avez-vous l’impression qu’il s’agit d’un fichage systématique ?

C’est le but recherché évidemment : constituer un fichier ADN en toute illégalité portant atteinte aux libertés individuelles de chacun et mettant les Corses en “coupe réglée” où chaque individu devient suspect. C’est très grave.

Y a-t-il des réactions en Corse ?

Cette situation a inquiété le bâtonnier de l’Ordre des avocats d’Ajaccio, Maître Gatti, M.Paccou, délégué corse de la Ligue des Droits de l’Homme, M.Mortreuil, secrétaire de la Cfdt Corsica, et le président de l’Union des Marocains de Corse du Sud, M.Mesghati. Car il faut savoir que ces comportements arbitraires sont aussi constatés à l’encontre d’immigrés. Ces personnes ont adressé une demande urgente d’audience au préfet de Région pour dénoncer “l’activisme” et le “harcèlement” policiers quotidiens sur les nationalistes, les étrangers et leur entourage familial. Pour leur part, les nationalistes, toutes tendances confondues, se réuniront mercredi prochain à Corte pour préparer une riposte collective.

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