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Lecture (Poésie).

Par Ananda

 « RENCONTRE POETIQUE », La Jointée Editeur,2010.

Quatre langues : par ordre de succession dans le volume de 305 pages, le Chinois, l’Anglais, l’Espagnol et le Français.

Sept poètes « de réputation internationale » représentant à eux sept trois continents, l’Asie, l’Amérique et l’Europe.

A l’origine de cette initiative éditoriale anthologique et poétique, le « Sommet d’Envol de la Grue » qui, en 2007, réunit à Taïpei, sous la présidence du Dr YU Hsi, écrivain et éditeur, l es « experts du Forum du XXIe siècle », à savoir les poètes susnommés, dans un esprit de « promotion de la compréhension mutuelle et des échanges culturels entre les peuples, pour parvenir à la fraternité mondiale et à la paix grâce à la poésie, la littérature, la musique et la religion ».

Ces poètes sont tous des êtres de grande culture et de grande valeur humaine.

Tous, poursuivent une « élévation de la littérature », qui serait aussi une élévation de l’humain.

Tous cultivent une certaine inter culturalité, qui fait d’eux des citoyens du monde. Au nom de l’intelligence.

Tous croient que l’avenir de l’Homme, qu’ils veulent pacifique, passe obligatoirement par l’ouverture culturelle, l’ouverture à l’autre.

Familier des cultures orientales, le belge Germain DROOGENBROODT est éminemment conscient que « La vie » n’est qu’ « une fleur éphémère » et que « le mot » (du poème) ne peut que rechercher « l’insaisissable […] tout comme l’eau du fleuve / s’échappe de la main / mais dans la cruche / connait sa limite ».

Le Français Georges FRIEDENKRAFT, poète mais également chercheur en biologie et remarquable philosophe, s’adresse de façon touchante à son enfant métis eurasien en lui affirmant avec force qu’ « Il n’est rien de plus chatoyant […]/ que deux horizons / deux peaux deux sangs qui se mélangent ».

Ernesto KAHAN, cosmopolite lui aussi puisqu’il est simultanément argentin et israélien (fondateur des « Médecins pour la paix » en Israël) évoque sa lassitude profonde de la violence (« la même guerre », toujours, que ce soit dans le temps ou dans l’espace !) et le sentiment d’absurdité que le monde lui inspire et, avec « Ombre et néant », nous offre un bouleversant poème dont le sujet est la maladie d’Alzheimer.

Le brillant intellectuel Indien du Tamil Nadu Justice S.MOHAN voit, pour sa part, en « Dieu est amour » la « doctrine universelle. / Le noyau de toutes les religions », cependant qu’il nous avertit qu’ « Enfin réduit en cendre et sans trace laisser », il retournera « poussière, et sans rien regretter » et qu’il aspire à être un arbre afin de « sucrer les cœurs » avec ses « fruits doux » (tout cela, ma foi, est très indien).

Le linguiste slovaque Milan RICHTER développe une poésie qui frappe par sa profondeur (« CE QUE TU AS ECRIT / est partie indissoluble de toi […] et parmi les gens / se développe à sa façon / et aussi à la leur »), son caractère visionnaire (« tu regardais Dieu dans les yeux semblables aux trous noirs / Redressé au milieu de l’Europe qui approche irrésistiblement / les rives africaines »), en un mot comme en cent son charme (« le soleil peigne les cheveux de l’enfant »).

Maurus YOUNG, écrivain, historien et journaliste, traducteur, entre autres, en chinois, du Dr Abdul Kalam, poète, scientifique et onzième président de l’Inde, chante le multiculturalisme, l’harmonie, la puissance du lien familial (Poème « Mon petit-fils dans mes bras » : « Dans ses yeux / Je vois mon fils / Dans mes yeux / Il voit son père ») et nous donne la pleine mesure de son sens de la métaphore dans le texte « La montagne et l’eau ».

Enfin, pour terminer, YU Hsi, romancier, photographe et philosophe taïwanais, attire notre attention par son très beau texte de prose poétique de 12 pages, où il est question de plénitude (« Les enfants, heureux d’eux-mêmes »), d’espace et d’Infini, de temps, de quête de l’harmonie suprême où tout s’équivaut, hors de « l’absurdité » des « myriades d’illusions » qui constituent le monde, le tout étant présenté sous la forme d’une étonnante oscillation, d’une manière de pulsation entre visions quotidiennes simples et nues  et visions de nature spirituelle, nettement plus cosmiques.

De ce livre, on pourrait penser que c’est une sorte de « livre de sagesse ». D’une certaine façon, il nous porte à nous tourner vers les textes les plus profonds de l’univers sacré et philosophique.

« Les cinq tons – ne peuvent pas représenter complètement l’univers dans sa totalité ».

« mes yeux de sagesse peuvent me voir moi-même ».

« Ah…un cocon grand ouvert…Ah…divisé en la myriade des illusions de l’univers… »

« les traces du présent sont des fondations pour le passé ».

Alors, retrouver le sacré pour que le monde recommence (commence ?) à tourner rond ? Oui, mais pas n’importe quel sacré : celui d’une recherche intérieure qui rejoindrait la quête externe de l’infini. S’ouvrir aux autres en plongeant au profond de soi, du Soi ; le contraire de l’égocentrisme…

Oui, l’Asie a énormément de choses à apporter à l’Europe, au monde.

Plus généralement, toutes les cultures ont (ou devraient avoir) pour vocation de s’entre-offrir leurs propres richesses, sans nulle arrogance.

Comme le postule le bouddhisme, l’univers est un tissu d’interconnections. Nous en sommes arrivés à un stade où la modernité n’est plus un apanage – ni davantage une propriété – de l’occident, et où ce dernier (du moins, dans ce qu’il a de meilleur) cherche des solutions aux problèmes que représentent son vide spirituel et son « progrès » grandement destructeur pour l’environnement en se tournant vers des doctrines, des modes de pensée élaborés en Asie du sud et de l’est.

Je ressens cet ouvrage comme un vibrant appel au métissage. Parce que le métissage est une des manifestations de la conscience du Tout.

Saluons donc la concision, le lyrisme de ces poètes,  de ces poèmes d’aube !

P.Laranco.


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