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Le bestiaire et le journaliste

Publié le 02 août 2010 par Scienceblog
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ela fait quelques mois que, suite à la critique qu’en à fait Ariel Wisman à l’émission « Edition Spéciale » sur Canal+, je voulais lire ce fameux Portraits d’animaux de Marc Kravetz. Les vacances sont propices à ce genre d’activités : perdu dans la nature au pied du Larzac, sous les cigales et les grillons méditerranéens, alors que le soleil plombe et qu’il ne reste rien d’autre à faire, voici une saine occupation :

  1. Lire le livre (et boire)
  2. Retrouver la chronique hilarante d’Ariel (l’imaginaire poulpesque aura encore de beaux restes pendant longtemps (et boire))
  3. Trouver un angle pour présenter le livre (et boire)
  4. Ecrire (et boire)

MC_50_Histoires
En fait, de nombreuses chroniques et blogs parlent en bien de ce petit livre d’environ 200 pages. Il existe un vrai engouement. Il faut dire que le style est alerte, la prose jolie, les histoires d’animaux intéressantes et parlantes. Ariel citait l’histoire des poulpes amoureux, je préfèrerais presque celle du singe Santino, volant  toutes les qualités qui font des humains, les gars les plus mieux sur cette planète, ceux-là mêmes qui lui voleront ces qualités par castration. Ou bien de l’équilibre très précaire entre la fourmi, la girafe et la plante, qu’un point de vue naturaliste un peu trop gentillet pourrait détruire … D’un certain point de vue, ces chroniques (diffusées entre 2008 et 2009 sur France Culture) ne vont pas sans me rappeler un des premiers billets de votre serviteur (Se souvenir de Washoe).

Cette façon de parler des animaux correspond bien à une époque qui admet de plus en plus la place de l’homme comme une espèce parmi tant d’autres sur cette planète : fini le temps de la position dominante et supérieure à cause de notre intelligence. Mieux, cette position qu’on imaginait dominante (pourquoi en avons nous tant besoin ?) est mise à mal par une propension à l’auto dénigrement humain : serions-nous les plus intelligents de la planète, nous aurions alors la responsabilité de l’ensemble de la planète que nous devrions faire prospérer plutôt que détruire. La culpabilité judéo-chrétienne semble bien avoir changé de camp, mais elle empêche toujours autant de penser les choses.

Il n’empêche, cette approche très journalistique de la vie des animaux, de leurs déboires et de leurs aventures ethnologiques est une des plus agréables qu’il m’ait été donné de lire, et donne une sévère mais juste leçon de journalisme scientifique. Marc Kravetz cite ses sources, toutes les sources, sérieuses, et le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont variées (journaux scientifiques à referees, organismes de presse tels Reuters, journaux internationaux, et enfin presse locale). Bien agencées, ces sources permettent d’obtenir une vue kaléidoscopique de la même histoire, à la fois anecdotique et importante, humaine et animale, scientifique et politique enfin.

Et c’est bien là la gageure réussie de ce livre : arriver à inclure dans notre patrimoine culturel celui des sciences, plus particulièrement celui des ethologues, des systématiciens, des paléologues, et d’autres habituellement boudés -logues, à faire du savoir qu’ils construisent non pas le notre , mais à le transformer en notre culture. Chapeau.


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