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Junker 88

Publié le 03 août 2010 par Toulouseweb
L’histoire commence sur le marché de Tournefeuille (31) un beau dimanche matin. Je fais la connaissance de Paul
Petit, apiculteur historique (85 ans), habitant Colomiers, grand expert en miel, et… passionné d’aéronautique, comme
moi.
Pendant la guerre, Paul habitait une ferme située devant la piste de Saint-Martin-du-Touch, juste derrière le « Delivery center » flambant neuf d’Airbus. Il a observé les Messerschmitt 109 et les Focke Wulf
190 qui y étaient basés.
Paul me raconte maintenant en détail ce qu’il a vu : les Potez 63 abandonnés au sol, les passages bas de FW190, les décollages de HE177 équipés de bombes volantes vers le golfe de Gascogne, bref, Paul est un puits d’histoire !
Et il m’explique qu’un soir en 1944, il a entendu du côté de echbusque quatre coups de canons suivis d’une explosion et d’une violente lueur, puis il a assisté au passage en rase-mottes d’un avion
sur le terrain de Saint-Martin-du-Touch, mitraillant la piste et les avions allemands parqués.
Il se rappelle aussi, quelques années plus tard, avoir fait la connaissance d’un agriculteur lui montrant le poignard d’un pilote allemand « abattu près de vieille Toulouse ».
Cette histoire me donne envie d’aller plus loin.
Je demande à Paul comment faire : il me demande d’attendre, il me dit qu’il va chercher. Paul a des dons. Cachés, mais réels : il fait du pendule, il arrête le feu, Paul est quelque peu magicien. Et je vous
assure que c’est vrai, je l’ai vu faire !
Un dimanche matin, il arrive avec un papier sur lequel il y a écrit un nom. La veille, il a pris l’annuaire de Pechbusque, et il a « choisi » un nom au hasard il a appelé en demandant si l’on n’avait
pas entendu parler d’un avion écrasé pendant la guerre.
Les chances d’avoir une réponse positive sont proches de zéro. Mais Paul s’entend dire : « Oui, oui, passez, je connais quelqu’un qui vous guidera. » Le jeu de piste commence. Nous partons ensemble le week-end suivant à Vieille Toulouse chez cette personne, qui nous accueille aimablement, et nous suggère d’aller voir dans le village une autre Dame : Madame Damin. Ce que nous nous empressons de faire. Madame Damin a l’âge de Paul, charmante, elle a beaucoup de sujets de discussions communs avec lui.
Et elle nous raconte : enfant, elle a entendu un soir d’hiver, un avion passer très bas au-dessus de leur ferme, puis s’écraser un peu plus loin. Le lendemain, des débris jonchaient le sol et les restes d’un pilote étaient encore dans un arbre. Elle nous oriente vers un ballon bucolique où l’avion se serait écrasé. Un peu de détection : rien…
Le porte à porte commence alors : de maison en maison, j’atterris chez
Monsieur Monfraix. Il avait 20 ans ce 6 janvier 1944 et il se rappelle de tout. L’avion était en approche, c’était un Junker 88 qui faisait de l’entrainement.
Feux de position allumés, en approche sur Francazal, le Junker n’a pas vu venir le Mosquito anglais en maraude. Quatre coups de
canon et c’est fini, le Junker s’écrase en flamme. Quatre hommes à bord, quatre morts. L’un d’entre eux a bien essayé de sauter, mais il était trop bas. Les jours suivants, les Allemands réquisitionnent les boeufs de François Monfraix pour remonter les débris.
François Monfraix a gardé un flap et il nous en fait cadeau. Difficile d’identifier son positionnement sur l’avion. À tout hasard, j’envoie cette photo à un site norvégien qui restaure un Junker 88 et je reçois une réponse dans les deux minutes, photos à l’appui, me montrant où se trouvait cette pièce: nous avons donc un volet moteur.
Puis, nous partons à la chasse : grâce aux indications de François Monfraix, c’est « bonne pioche » de suite.
Nous extrayons des dizaines de fragments métalliques. De la structure avion, un arceau qui entourait un équipement du tableau de bord du pilote, un « zeus » (vis-verrou permettant de fermer
un panneau) avec un morceau de bakélite et un arceau de métal léger provenant sans doute d’un parachute, un interrupteur, un fragment avec encore de la peinture bleue du camouflage, de la tuyauterie hydraulique, des morceaux broyés témoignant de la violence du choc. La fin brutale du bombardier se lit dans ces fragments de métal.
Puis, François Monfraix nous emmène chez un de ses voisins agriculteurs, habitant un peu plus loin. Nous pensons toujours au couteau.
Ce voisin, M. Vicente nous reçoit : il est âgé et fatigué, mais il nous confirme la possession du dit couteau. Malheureusement, il ne
le retrouve dans son immense ferme « bricàbrac ». Par contre, il nous montre quatre douilles d’obus de 20 mm trouvées le jour du crash, et accepte de nous en laisser une. Expertise faite par un spécialiste d’armes à feu de Toulouse : les marquages du culot prouvent l’origine (Anglaise) et la date (1942).
Nous avons bien l’un des obus qui a abattu le Junker 88. Une autre chasse démarre alors : celle d’Internet. J’essaie de retrouver les
noms des victimes de ce combat, et toute information s’y rapportant
Quelques « posts » sur des sites spécialisés comme « RAF command », ou « Luftwaffe Expert Message Board » et c’est chose faite !
Le Junker 88 A5 appartenait au 4e groupe du Kampfgeschwader 76 (escadrille de bombardement), était immatriculé F1+DU. Son équipage
était composé de quatre hommes : Max Jungbeck Max, Manfred Schäffer, Helmut Deigmöller et Andresen. Le rapport Allemand d’époque précise que le contrôle au sol n’a pas vu venir le Mosquito et n’avait donc rien signalé au Junker 88.
Le Mosquito immatriculé « YP/ F » était piloté par Alexander Lawson, leader du Squadron 23, 4 victoires à son actif pendant la guerre, écoré de la Distingued Flying Cross, médaille rarement distribuée, et il a continué après la guerre à être pilote d’essai, en particulier
sur le BAC111. Son navigateur était Gordon Robertson. Grâce à un détecteur de métaux et à Internet, nous avons fait revivre un fait de guerre, trouvé les noms s’y rapportant. Finalement, nous avons un peu fait revivre la vie…
Et si Alexander Lawson vivait encore ? C’est notre espoir, nous le cherchons. Si vous avez des idées pour le retrouver, faites-nous en part !

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