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Mexique (Part 1)

Publié le 03 août 2010 par Ruminances

Posté par clomani le 4 août 2010

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Le Mexique est le pays de l'excès : trop de violence, trop de piment, trop de soleil, trop d'ouragans, trop de volcans, trop de sucre, trop de rires, une “Llorona” (pleureuse) comme héroïne, des tremblements de terre permanents, un Popocatepetl qui crache ses fumerolles quand bon lui semble, trop près des USA (et si loin de dieu, comme disent les Mexicains), trop d'alcooliques, trop d'enfants, trop de fêtes religieuses, trop de ferveur, une capitale surdimensionnée et surpeuplée, trois cultures qui se côtoient sans se voir, trop de pauvreté, trop de richesse dans trop peu de mains, trop de corruption que ce soit sur le plan fédéral ou des états, des montagnes raides, des déserts, des cactus qui font de l'alcool, de la bouffe et du tissu, des costumes traditionnels bigarrés, de la trop bonne cuisine… On n'en finirait pas d'énumérer les trop. Excessive de nature, ce doit être la raison qui m'a rendue amoureuse du pays…petit à petit, comme d'un homme. Je ne suis pas la seule puisque Jean-Paul Carrière a écrit un “dictionnaire amoureux du Mexique” dans lequel je me suis retrouvée.
Sourire

Andrée Chedid a dit un jour, chez Pivot, en parlant de son pays d'origine : “le Liban, c'est comme un homme, ou on en tombe amoureuse, ou on le déteste“… Eh bien c'est ce que j'ai ressenti pour ce pays incroyablement solaire qu'est le Mexique. J'en suis tombée amoureuse au fil de mes voyages là-bas. Ca a commencé en 95, avec une ignorance crasse : je ne parlais pas un mot d'espagnol, je ne connaissais rien de cet immense pays.
Ce sont ces petits indigènes de Zapatistes apparus dans la capitale du Chiapas le 1er janvier 1994 qui m'ont donné l'envie d'aller au Mexique. Sortis de nulle part, ils m'ont intriguée quand j'ai vu arriver ces images de mauvaise qualité tournées à San Cristobal de Las Casas. Des petites silhouettes au visage caché se faufilaient sous des arcades de style colonial d'une place de San Cristobal…

Je n'avais jamais entendu parler du Chiapas avant et entre les USA et le Vénézuela, c'était pour moi “terra incognita. J'ai commencé par n'y rien comprendre au cours d'un voyage au Chiapas. Rentrée frustrée, je me suis plongée dans les bouquins. Les communiqués du Sub-Comandante Marcos ont été publiés en français… je les ai dévorés. En 96, après 15 jours de cours d'espagnol à Cuernavaca, la ville où Cortès s'était “reposé” sur sa route de la “Conquista”, j'ai passé une semaine à Mexico, en dehors de la “Zona Rosa” (le quartier pour touristes) et c'est là que ça m'a prise, cet amour.

Le Mexique est dur, c'est un pays violent, écrasé par la présence des Etats-Unis au Nord, par ses volcans, par ses tremblements de terre, où la pauvreté et la crasse sont partout, où les regards peuvent être fuyants, où la police a des airs dangereux, où les touristes se font détrousser de leurs bijoux, fric et cartes bleues…

Néanmoins, c'est Mexico qui m'a “conquise”… malgré ses 15 millions d'habitants, sa pollution, son altitude, ses voleurs, ses Mariachis de pacotille, ses employés de bureau en costard-cravate, ses policiers tordus, ses mendiants, indigènes pour la plupart. Tenochtitlan, devenue Mexico, est un lieu où je ressens, à chaque fois, une espèce de force magique, une puissance indiscible, mystérieuse. Jamais eu cette sensation ailleurs que sur le Zocalo (ancienne grand place face au Templo Mayor), surtout en regardant le soleil se coucher vers les 18h… la pollution aidant à peindre le ciel dans des orangers/violacés, et à faire se découper tout le tour architectural de cette plaza gigantesque. Le Zocalo est immensément grand : la Cathédrale construite sur l'ancien Temple aztèque (devenu musée) forme un côté, le palais présidentiel l'autre, le palais municipal le 3e et des arcades de style colonial terminent le carré. Bizarrement, il y a une place des 3 cultures (l'indigène, la coloniale et la moderne) dans un endroit excentré de Mexico alors que les 3 cultures sont on ne peut plus visibles sur le Zocalo. Ca doit être dû à la lubie d'un maire…

J'ai dû retourner une bonne douzaine de fois au Mexique, en passant par Mexico. C'est obligatoire, l'arrêt à Mexico. Chaque fois j'ai l'impression d'arriver chez moi. D'autre part, est-ce la Virgen de Guadalupe, l'immense drapeau mexicain qui flotte lorsque le président est là, les forces telluriques qui ont attiré les anciens Aztèques sur les lieux, le serpent sur son cactus (le nopal), emblême du Mexique… je me sens protégée dans cette ville.

Entretemps, mes lectures zapatistes et mexicaines m'avaient entraînée à réaliser un rêve que je croyais impossible. Etudier l'ethnologie. J'ai validé mes acquis professionnels et pu ainsi entrer directement en maîtrise (sans passer par la case “sociologie” très chiante).
De touristiques, mes séjours sont donc devenus militants puis studieux. J'avais choisi comme terrain d'expérimentation les communautés zapatistes. A Paris, j'avais réussi à rencontrer des militants zapatistes français, un petit groupe de gens, tous concernés par cette lutte de l'utopie qui avait lieu au Sud-Est du Mexique. Lors du massacre d'Acteal  nous étions allés manifester devant l'ambassade à Paris, avec deux militants zapatistes mexicains de passage en France. Certains étaient en relation avec le “Frente” (ceux-ci étaient à Mexico et avaient un visage) et les communautés “sans visage” du côté d'Ocosingo.

A suivre


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