Roc Marciano ǀ Marcberg

Publié le 04 août 2010 par Deschibresetdeslettres

Pareils à des soirées VIP où seule la liste d'invités importe, beaucoup trop de disques de hip-hop se reposent aujourd'hui sur un cortège de personnalités pour garantir leur succès. On multiplie les producteurs dans le coup, on aligne les featuring publicitaires et l'on explore tous les subdivisions du hip-hop pour plaire à tout le monde – ¼ old school, ¼ r'n'b ½ new school. Cela donne des bolides commerciaux et des disques fleuves, éclatés, quasi-collectifs. Dans le genre, on arrive à faire des chef d'œuvres, type Tha Carter III, mais ça n'empêche pas d'avoir des envies d'ailleurs, d'autre chose. Ça ouvre aussi les portes de la nostalgie, de ce hip-hop croissant que nous avons bien connu dans les 90's. Dans cette saturation actuelle du disque composite, une sortie comme Marcberg nous est donc salvatrice. Pourtant proche des plus grands – on annonce déjà un Marcberg Reloaded avec Q-Tip, Madlib, Pete Rock ou encore Large Professor –, Roc Marciano a ici travaillé seul. Crédité à toutes les instrus, responsable de presque tous les flows, il a préféré l'isolement introspectif à l'éparpillement contemporain. En résulte un album d'une cohérence totale, d'une continuité précieuse et à la qualité pour ainsi dire époustouflante. C'est bien simple, on a l'impression que Marcberg sort tout droit de l'âge d'or new-yorkais des 90's. Extrêmement minimaliste, replaçant le sample au cœur de la composition, il rappelle d'ailleurs à plus d'un titre le 36 Chambers du Wu-Tang Clan – excusez du peu. Et si Marciano est un vrai producteur vieille école, pas forcément génialement doué mais à la force de conviction totale, derrière le micro, en revanche, il est prodigieux. Le timbre est classique mais quel flow. Plutôt attiré par l'obscurité des ghettos que par les artifices de la célébrité, il donne à ses lyrics une crédibilité totale par la cohésion de son projet. Indépendant jusqu'à l'os, old school jusqu'au bout des doigts, son Marcberg transpire la sincérité des déclassés et le groove des marginaux. Ça suffit pour en faire le plus bel album hip-hop de l'année à mes yeux. 8/10.


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