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Comics Trip - Comme chien et chat

Publié le 20 décembre 2007 par Benjamin Mialot

Lancé en 1994 par Patrick McDonnell, Mutts (Earl & Mooch en VF chez Les Humanoïdes Associés) est un daily strip qui présente les aventures d'un chien et d'un chat, respectivement nommés... Earl et Mooch, bravo, elle était pas facile. Publiée dans plusieurs journaux aux Etats-Unis dont le New York Times, la série s'attache au travers de ces personnages, unis par un même trou noir à la place de l'estomac, à une étude tendre et comique des animaux domestiques, de leurs comportements strictement animaliers à leur relation avec leurs maitres ou tout autre humain qui peut leur profiter (les séquences avec Butchie le boucher, parmi les meilleures).
Rappelant évidemment Garfield, en moins abrasif et sans les couleurs (à l'exception des planches du dimanche, qui rendent hommage à divers artistes), le titre ne se contente toutefois pas d'enchainer les gags en trois vignettes chrono. En supériorité numérique, ceux-ci cèdent ainsi régulièrement la place à des productions plus poétiques plus proches du haïku illustré que de la grosse poilade, ainsi qu'à des situations propices à l'envoi d'un message écologique ou en faveur de la cause animalière. Toutefois, bien que ces échappées participent grandement à la particularité de l'entreprise, c'est bien les zygomatiques qui sont le plus souvent visés et ceux de Charles Schulz, vénérable créateur des Peanuts, ont apparemment été réceptifs puisque le monsieur est fan.
Pourtant, a priori, pas de quoi se faire péter la rate en s'esclaffant, entre le dessin plutôt lightde l'auteur et son passage en revue relativement convenu des habitudes du félidé (farniente, bousillage de meubles...) et du canin (attachement à l'humain qui partage sa demeure, besoin d'air...). Sauf que, la production de McDonnell a trois qualités pour elle : l'expressivité que parviennent à transmettre sa mise en images minimaliste et l'anthropomorphisme (de pensée) qu'il attribue à ses deux animaux, qui fonctionnent comme deux enfants encore en pleine possession de leur naïveté ; l'acuité du regard qu'il pose sur son sujet et son contexte (banlieue américaine, trentenaire célibataire, couple de retraités antinomiques), qui sent au choix le vécu ou l'observation et enfin son sens de l'absurde, qui surgit et casse la routine sans que l'on sache bien ce qui dicte sa manifestation, si ce n'est que lorsque d'autres animaux sont introduits. Des oiseaux migrateurs, une grenouille, un molosse, un cochon, ils sont quelques uns à se relayer pour diversifier les historiettes, le plus fendard étant le poisson rouge des propriétaires de Mooch, désabusé mais parfois assez imaginatif pour se satisfaire de sa condition de poiscaille coincée dans un bocal.
Au final, même s'il est plus mignon que véritablement hilarant, Mutts prend par les sentiments et déborde d'une telle humanité qu'il est difficile de ne pas y succomber. Petites détresses ou grandes fourberies, crise de nerfs ou complicité, interrogation métaphysiques ou délires gratuits, il est inversement très aisé de s'y retrouver. A moins, évidemment, de n'avoir jamais côtoyé de tels êtres ou de prendre un plaisir sadique à frapper des matous contre les murs.
Mutts (Andrews McMeel Publishing) - Depuis 1994
Verdict du Père Siffleur
et demi

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