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Les nains du palais de l’Elysée

Publié le 21 décembre 2007 par Pierre

elysee.gif La Constitution de la Vème République française présente la particularité d’instaurer un régime présidentiel, soumettant l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel direct. Seule parmi les grandes démocraties la Fédération de Russie s’est dotée d’institutions similaires, le cas des Etats-Unis s’en distinguant nettement en raison de la répartition marquée des attributions entre les états fédérés et l’Etat fédéral d’une part et le Parlement et le Président d’autre part.

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 Succédant au désordre moral et politique des années d’après-guerre, le texte fut rédigé suivant l’exact contour de l’imposante silhouette du général de Gaulle, lequel se fit plébiscité dans la foulée. S’il ne fait aucun doute que cette réorganisation des pouvoirs fut salutaire et que l’opinion, dans sa majorité souhaitait voir régner le grand Charles à la manière de ces anciens monarques dont ils étaient et restent nostalgiques, on peut se demander aujourd’hui si cette personnalisation extrême de la fonction à laquelle s’ajoute l’importance des pouvoirs de son titulaire n’engendrent pas une dérive de l’exercice de la gouvernance et une sous-représentativité nuisibles au principe même de la démocratie.

L’élection de Mister Président

L’événement quinquennal agite l’opinion. Le grand Barnum du débat d’idées fleurit dans les cafés, au bureau, il s’exacerbe à l’instant du dessert lors des repas de famille. Tandis que les idées de l’un sont frappées sous le sceau de la raison, toutes celles de l’autre se perdent en ineptie. Certains osent s’engager en faveur d’un quelconque faire-valoir, lequel disparaîtra rapidement dans les limbes du jeu démocratique, mais le débat reste binaire, la réponse à chaque problème se drape de blanc ou se voile de noir et l’électeur s’enferme dans une alternative simpliste.
Si malgré cela, l’élection présidentielle connaît un tel succès, c’est pour la raison qu’elle oppose deux personnes entre lesquels le choix se fera certes suivant un certain engagement politique, mais également selon des critères liés à l’image du candidat et plus généralement à la sympathie que l’on éprouve à son égard. Cette véritable Star Academy de la politique passionne, c’est entendu, il ne faut cependant pas oublier que ce n’est pas une belle voiture ou un disque pourri qui récompensera l’élu, mais la quasi totalité des pouvoirs politiques du pays.

Des pouvoirs exorbitants

Les textes n’attribuaient déjà que peu de pouvoirs au Parlement, et plus particulièrement à l’Assemblée Nationale, mais depuis que les deux élections présidentielles et législatives sont concomitantes, que la deuxième ne sert qu’à valider la première, nos pauvres parlementaires peuvent bien sans vergogne se munir d’un oreiller pour mieux sommeiller durant les séances.
S’il le souhaite, le président dicte tout, valide et invalide la moindre proposition. Certes légitimé par le système électoral, le titulaire de la plus haute magistrature peut seul légiférer en passant outre l’avis des députés, faire la guerre, modifier la Constitution, s’octroyer de confortables augmentations, nommer et virer les juges, absoudre des criminels, refuser de se présenter à une convocation judiciaire. Si l’on ajoute qu’en cas de situation exceptionnelle, il peut seul s’emparer du circuit normatif, il y a lieu de s’interroger sur la pertinence de placer de tels pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Et si encore il s’agissait de grands hommes !

Un costume trop grand

Si comme on l’entend souvent, les gouvernants ne sont que le reflet du mérite d’un peuple, accablons celui de France qui depuis de longues décennies ne place à sa tête que de viles personnes ou de pauvres personnages sans envergure. La solennité du système électoral ne nous garantie hélas aucunement de ne voir devenir Présidents que des hommes de poids. Le vainqueur bien au contraire, n’est guère qu’un triste carriériste de la politique dont on ne peut vanter que la persévérance.

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 Le premier dans nos souvenirs (question de génération), François Mitterrand, s’engagea de façon opportune dans les années soixante contre ceux avec qui il faisait auparavant cause commune. Une fois élu, cet homme cultivé et intelligent monta triomphalement la rue Soufflot une fleur à la main vers le tombeau des grands hommes, abolit la peine de mort, puis revêtit le drapeau tricolore, se satisfaisant dès lors d’observer ses compatriotes avec condescendance et abandonnant le pays dans un abject délitement des mœurs. Jamais ainsi les rapports entre l’argent et la politique ne furent si troubles que durant ses mandatures, jamais l’octroi de la considération présidentielle ne provoqua de tels drames (suicide du chef de cabinet et d’un ancien Premier-Ministre). L’homme de surcroît nous a menti sur sa maladie, la coupe est pleine et la France, durant son règne, bût le calice jusqu’à l’hallali.

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 Son successeur, l’animal politique Jacques Chirac se para à son tour du drapeau national et ne fit rien du tout, même comparaître devant ses juges, même se barrer lorsqu’il fut désavoué par les urnes (élections législatives en 1997 et référendum sur la Constitution européenne). Cela valait-il bien la peine ?
 

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  C’est désormais au tour de Nicolas Sarkozy de jouer, lui qu’un costume d’employé de banque ou de charcutier nous aurait paru devoir agrémenter plus favorablement les épaules que celui d’un Président. Il n’a de toute évidence aucun projet pour son pays hormis celui de faire du fric, il est désagréable et prétentieux. Rien de très grave cependant comparé à ses prédécesseurs. Son caractère ambitieux et son manque d’intelligence et de raison nous paraissent néanmoins plus ennuyeux au regard des pouvoirs qu’il détient. Alors, avant qu’il ne soit trop tard, nous proposons une refonte totale de nos institutions, sujet que nous aborderons prochainement à notre comptoir.

Matthieu


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