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Roms : les propos de Morano indignent les associations

Publié le 20 août 2010 par Letombe

"Lamentables", "démagogiques", "populistes"… Les associations ont vivement réagi aux déclarations de la secrétaire d'Etat à la Famille, qui a justifié l'expulsion des Roms en les accusant de se "servir de leurs enfants" pour mendier.

 AFP 

Les associations n'ont pas tardé à réagir aux propos de la secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano sur la situation des enfants Roms scolarisés dans la métropole, alors que la France a renvoyé 60 Roms en Roumanie dans la journée du 19 août.

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Interrogée sur Europe 1 sur le devenir des enfants expulsés, Nadine Morano a répondu: "Ils seront scolarisés dans leur pays d'origine, il n'y pas que des écoles en France". "Les enfants ne doivent pas servir d'alibis".

Richard Moyon, de Réseaux éducations sans Frontières (Resf) considère que "Ses propos sont à la hauteur de sa réputation, lamentables", accusant la secrétaire d'Etat à la Famille de sombrer dans la "démagogie", tandis que le directeur général de France Terre d'Asile Pierre Henry parlait, lui, de "populisme".

La présidente de la Commission Enfance en France de l'Unicef Fabienne Quiriau exhorte, quant à elle, la secrétaire d'Etat à la Famille à réintroduire l'enfant "au cœur du débat".

Dans un entretien accordé à Nouvelobs.com, le Défenseur des enfants Dominique Versini, rappelle, pour sa part, que "Nadine Morano est secrétaire d'Etat à la famille et qu'à ce titre elle se doit de prendre en compte l'intérêt supérieur des enfants qui est au cœur de la Convention internationale des Droits de l'enfant."

Intégration

"Comme d'habitude, elle fait dans l'apparente simplicité. Le problème c'est que c'est beaucoup trop simple. Car c'est plus facile de montrer du doigt une population que de s'intéresser à la cause de son errance, à la cause de cette situation", indique Pierre Henry à NouvelObs.com. "Il serait plus louable de s'interroger sur les raisons pour lesquelles ce plan est en panne. Mais cela demande plus d'efforts, c'est moins populiste que de stigmatiser une population. C'est ce qui fait la noblesse de la politique. Malheureusement avec Nadine Morano, on est dans un autre registre".

"L'UE a adopté un plan de lutte contre les discriminations et pour l'intégration des Roms, qui plus est proposé par un commissaire européen Français, en l'occurrence Jacques Barrot. Je conseille à Mme Morano d'en prendre connaissance", ajoute-t-il.

"Racisme"

Réagissant aux affirmations de la secrétaire d'Etat à la Famille, selon laquelle "[ces] personnes [les roms, ndlr] qui sont assises dans la rue, se servent des enfants, dont certains d'ailleurs - il faut le rappeler - sont sous cachets, vous savez, pour être un petit peu drogués et endormis, en train de faire de la mendicité", Richard Moyon a déclaré à NouvelObs.com :

"Oui il existe, comme dans tous les pays pauvres, comme dans toutes les populations pauvres, dans des situations d'extrême misère, que certains utilisent les enfants pour la mendicité et il faut s'occuper de ces situations, mais pas comme le souhaite Mme Morano, pas en renvoyant ces enfants dans des pays où leur situation serait encore pire, où la tradition sociale, raciste, envers ces populations, est telle que ces enfants sont encore moins pris en charge"

"Profitons de la richesse de la France et de ses structures pour accueillir ces enfants, quelles que soient leur nationalité et leur origine, ce que prévoit par ailleurs la Convention internationale des droits de l'enfants", a-t-il ajouté, regrettant que "par ses propos, le président de la République ait ouvert la voie au racisme proclamé de certains membres de son gouvernement".

"Morano entretient un sketch"

Pierre Henry s'indigne quant à lui de "ce type de propos qui ne servent qu'à flatter les comportements les plus grossiers. Nadine Morano entretient un sketch, ce mauvais feuilleton de l'été qui stigmatise une population". Il y a une difficulté, c'est vrai, mais qui concerne l'ensemble des pays européens, en particulier la Roumanie et la Bulgarie. "Cette population [les Roms, ndlr], est victime d'une forte discrimination. A quoi ça sert de les expulser ? Cela pose un problème de gouvernance au sein de l'Union Européenne. Là encore, cela prend du temps, et cela s'évalue à long terme", analyse-t-il.

"Nadine Morano est dans le court-terme et la surenchère permanente pour ramener vers l'UMP une frange de l'électorat traditionnel du Front national, croit-il savoir le directeur général de France Terre d'Asile, mettant en garde "ne nous laissons pas prendre au piège de cette surenchère, la noblesse de la politique est autre chose.

Un traitement inégal

De son côté, l'Unicef, par la voix de la présidente de la Commission Enfance en France Fabienne Quiriau, estime que "l'enfant doit être au cœur du débat. En ce qui concerne l'Unicef, nous nous préoccupons en premier lieu du respect de leurs droits fondamentaux. Droits qui sont inscrits dans la convention internationale des droits de l'enfant, signée et ratifiée par la France il y a 20 ans. Lorsque Nadine Morano parle de mendicité, elle oublie les raisons de leur dénuement. La seule question qui vaille d'être posée est : Pourquoi ces enfants sont-ils livrés à la mendicité ? Elle occulte leurs conditions de vie précaires, leur manque criant de ressources et tant d'autres aspects de la vie quotidienne qui les enracinent dans la misère et les exposent à tous les dangers."

Et Fabienne Quiriau de pointer le manque de considération du gouvernement français à l'encontre des enfants Roms : "Ce qui nous apparaît insupportable est l'absence d'une véritable politique à l'égard des enfants Roms, le manque de moyens consentis pour améliorer la situation, le peu d'intérêt porté à cette question, l'amalgame entre enfants Rom et délinquance juvénile. Manifestement, ces enfants ne jouissent pas du même sort que les autres enfants sur notre sol. Cette situation qui n'a que trop duré est scandaleuse.
C'est d'ailleurs ce qu'a pointé le Comité des Droits de l'Enfant des Nations-Unies en juin 2009, jugeant que la France n'a pas à l'égard de ces enfants une politique protectrice et équitable. Et en particulier au regard de leur droit à l'instruction. J'irai plus loin en disant que l'ensemble des droits fondamentaux de ces enfants ne sont pas respectés. Concernant le nouveau projet d'accord entre la France et la Roumanie à propos des mineurs isolés, il apparaît que les garanties minimales de protection de l'enfance ne seront pas assurées, notamment le juge des enfants ne sera plus automatiquement saisi."

"Avons-nous une quelconque assurance sur les conditions d'accueil et de vie qui les attendent en Roumanie ? Leur sort sera-t-il meilleur ? La question reste sans réponse", conclut-elle.

 

(Benjamin Harroch, Tristan Berteloot - Nouvelobs.com)


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