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SIPAY, revue seychelloise de poésie, N°4.

Par Ananda

Ainsi que le souligne Daouda TRAORE dans son excellente préface, la toute jeune revue seychelloise de poésie continue de se signaler par son dynamisme, qui attire à elle « un nombre toujours croissant de poèmes ».

Tout en restant fidèle à sa vocation de promotion de la poésie des Îles Seychelles en publiant onze Seychellois dans ses pages, elle n’abandonne pas son océanindienne attitude d’accueil à l’autre : deux Réunionnais, une Philippine, une Mauricienne, un Français, un Italien, un Congolais et un Comorien s’ajoutent aux auteurs locaux.

Elle publie dans les trois langues officielles de la République des Seychelles, terre océanindienne de métissages au même titre que Maurice et que La Réunion : le créole, le français et l’anglais, lequel, dans cette livraison, est particulièrement bien représenté.

Le thème choisi (SIPAY est une revue à thèmes) est L’INJUSTICE, sujet, on s’en doute, propre à faire couler de l’encre.

On retrouve avec plaisir les rubriques qui ouvrent habituellement la revue : «  l’Invité » - qui, en l’occurrence, est ici à mettre au féminin puisqu’il s’agit de la « jeune artiste réunionnaise » Héléna BURGLOHNER, slameuse, animatrice culturelle, poète et musicienne qui « aime jouer avec les sons, emmêlant allitérations et assonances » et « se laisse souvent aller à un métissage linguistique » - et « LUMIERE SUR », consacré cette foi-ci à Maggie FAURE-VIDOT, poétesse au grand cœur très active dans la vie culturelle seychelloise qui a maintenant pris la succession de Fabien Le Dizes à la tête de SIPAY.

Puis vient la succession de poètes traitant du thème proprement dit.

Beaucoup de femmes et de jeunes, des voix qu’on n’a pas l’habitude d’entendre. Elles parlent de la guerre, des méfaits du pouvoir, de la domination (surtout telle qu’on peut la ressentir, de façon écrasante, dans les pays du Sud), de la misère, de l’inconscience et de l’insouciance obscènes des nantis qui, en fait, ne veulent pas regarder ni savoir, et n’écoutent que leur égoïsme.

Des prières, des plaintes, des cris de colère directe, des manifestations de colère rentrée, grinçante, des exhortations plus ou moins désespérées.

« Partout c’est pareil / […] Il serait peut-être temps qu’on se réveille ? » (H.BURGLOHNER), « There is no difference… » (Maggie FAURE-VIDOT), « Ayo bann ti zanfan afriken […] Dan zot lizye selman lamizer […] ou aste son kafe pou en dolar / Avek son profi ou al fer milyar” (D.CONFAIT), “Pourquoi sommes-nous les seuls, nous les indigènes et autochtones nés sous les tropiques, à avoir le privilège de l’exotisme ? / Pourquoi sommes-nous les seuls à pouvoir profiter toute l’année de / Pluies EXOTIQUES / Vents EXOTIQUES / Cyclones EXOTIQUES / Inondations EXOTIQUES / Coups de soleil EXOTIQUES / Accidents EXOTIQUES / Maladies EXOTIQUES / Crève-la-faims EXOTIQUES » (Stéphane HOARAU), « Can’t justice reign ? » (Venida MARCEL), « Ils ont tué / Ils tuent encore / Ils s’en foutent / Ils se foutent de tout / Ils s’en fichent éperdument » (Andréa MOUNAC), « L’homme de pouvoir / laisse dans sa domination / Voir son âme de pierre » (Eugène ELIZABETH), « « why ? » (Aline JEAN), « Le talent ignoré à cause de sentiment tribal / Rendre un mauvais verdict à cause / D’amitiés et d’affinités… » (Harris KASONGO), « nos yeux exorbités / A force de regarder vers le nord / Forteresse inexpugnable, repue / De nos misères […] Assez ! / Assez de nous jeter en pâture / Vos slogans tchador […] Pendant que vos armes / De destruction minutieuse / Et massive / Sur nos velléités sont pointées / Et que vos eurodollars / Nos affameurs engraissent / Pour mieux nous infantiliser / A force d’assistanat […] Parlons-en de ce partnership / Qui nous chipe tout ce qu’il peut » (Aboubacar BEN SAÏD), « the echoes and cries of unfairness / continue to win » (Marie-Neige PHILOE).

Des perception de l’injustice qui, si elles se déclinent sur différents modes, ne s’en rejoignent pas moins dans des constatations qui, hélas, s’imposent : on est loin, encore, d’en avoir fini avec l’injustice, et avec ses nombreuses figures, et ces dernières ne peuvent que révulser les cœurs sensibles, humains, donc, les poètes.

Oui, le monde forme un Tout et non, la poésie ne peut pas se maintenir isolée, en vase clos dans une sorte de « bulle » d’oubli, de volupté, de luxe et de calme. L’état du monde nécessite toujours que la poésie soit engagée. De cela, on est bien plus conscient (et pour cause !) dans le « Tiers-Monde » qu’en Occident.

J’ai beaucoup aimé la lecture de ce SIPAY et je suis fière d’y avoir participé.

P.Laranco.

 


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