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USA : une puissance moins inévitable

Publié le 30 août 2010 par Egea

Chacun connaît le mot de Madeleine Albright disant des États-Unis qu'ils étaient une puissance "indispensable". Derrière le mélange de propagande et de constat de la formule, il faut constater que depuis le XX° siècle, les États-Unis sont inévitables.

USA : une puissance moins inévitable
(image d'un blog lorrain)

En ce début de XXI° siècle, y aura-t-il un "new American century " ? C'est peu probable. Cette différence entre les deux situations nécessite d'explorer un peu cette "décroissance" (comme quoi, les alters doivent être heureux, puisque l'on peut distinguer, quelque part, la décroissance aux États-Unis).

1/ Soyons clairs tout de suite : constater un "déclin" américain ne signifie pas :

  • qu'on parle d'un écroulement des États-Unis;
  • qu'on souhaite cette descente
  • que ce constat signifie qu'ils ne sont plus puissants, ni même très puissants : ils demeurent - et demeureront- super-puissants. Mais leur avance décroît.

Il s'agit juste d'une observation. Les Etats-Unis sont moins puissants qu'ils l'ont été, et le seront tendanciellement de moins en moins. La faute à plusieurs choses :

2/ En premier lieu, la crise économique. Plus qu'une crise du capitalisme, c'est la crise d'un certain modèle. La sortie qui se dessine présage un modèle au mieux en racine carrée, au pire en W. En clair, un scénario à la japonaise se profile, avec une longue déflation, morose et atone : le temps pour les ménages de continuer à se désendetter, et de purger les excès de trois décennies ; le temps, au niveau macro, de laisser l'Etat purger ses déficits, en espérant qu'on cesse ces plans de relance qui n'auront plus d'effet; le temps enfin de s'habituer à un chômage "européen" à 10 % de la population, qu'il faudra corriger à coup d'innovation de productivité.

3/ Par ailleurs, le monde multipolaire s'organise ou, plutôt, se désorganise. C'est qu'en fait il y a désormais plusieurs centres, et qu'il faut parler d'un monde pluricentrique : un pôle organise le monde, un centre n'existe qu'en comparaison à un environnement. Les Etats-Unis ont et auront toujours un rôle certain : mais leur fonction polarisante va s'affaiblissant. La faute à la fin de l'URSS, la faute à l'éclatement de l'Occident, la faute aux aventures irakiennes et afghanes, la faute au Porche Orient qui ne trouve pas de solution, la faute à la Chine, ....

4/ Cette remise en cause des deux modèles qui ont orienté la politique américaine depuis presque un siècle a des répercussions intérieures. Souvenez-vous de la révolte de Main Street contre Wall Street, ou de l'élection de Barrack Obama. L'impatience américaine tend à transformer ces mouvements profonds en radicalisations identitaires : Tea Party et islamophobie se développent, et un tiers des Américains croient que BO est musulman : il est aujourd'hui possible de mentir longtemps à beaucoup de monde..... Cependant, les outrances contre la mosquée à deux cent mètres de Ground zero paraissent incroyables et n'auraient pas eu lieu, je pense, avant la crise (après pourtant le 11 septembre). Cette crise touche vraiment l'Amérique au cœur, plus probablement que les attentats du 11 IX. EN cela, on est descendu d'un cran dans ma théorie des déclins accompagnant les interrogations populistes : voir mes billets ci-dessous.

La conclusion : les Etats-Unis sont - et seront- une puissance moins inévitable.

Réf

  • sur le populisme comme réaction d 'un déclin : ce billet
  • fiche de lecture sur le déclin américain : ce billet

O. Kempf


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