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Sarkozy et Royal : deux « hospitaliers » circassiens dans le vortex de Noël.

Publié le 25 décembre 2007 par François-Xavier Ajavon
On ne l’avait peut-être pas remarqué, mais la campagne de l’élection présidentielle se poursuit durant les fêtes. Juste avant de partir en Egypte pour quelques jours de vacances, le président de la République Nicolas Sarkozy a rendu visite à de jeunes malades, à l’hôpital Necker, tandis que l’ex-candidate Ségolène Royal est venue au chevet de pensionnaires d’un centre d’hébergement social, à Paris. Accidentés du corps vs. accidentés de la vie ? Commentaire d’images. A noël les français adorent contempler de belles images. Alors que Nicolas Sarkozy vient de rejoindre le sol Egyptien à bord d’un Falcon 900, fabriqué amoureusement par M. Dassault à l’intention de M. Bolloré ( son heureux propriétaire ), on découvre peu à peu les Saintes représentations de piété et de bonté qu’a laissé au bon peuple de France la Présidence – et toutes les diverses entités qui fonctionnent en « système » avec l’Elysée : le premier-ministre, les ministres, et l’opposition. Pour les frères « Hospitaliers » médiévaux, la visite aux malades et aux pauvres était  strictement codifiée. Selon la règle de Raymond du Puy, lors de la visite aux malades, le frère hospitalier devait être vêtu de blanc et porter religieusement la communion. Il devait être accompagné d'un acolyte portant une lanterne et un goupillon d’eau bénite. C’était un autre temps… Point d’acolyte ou de goupillon pour Nicolas Sarkozy lorsqu’il se rend à l’hôpital Necker, spécialisé dans les enfants malades. Alors que les médecins urgentistes sont en grève, le soir même du réveillon, le président Sarkozy promet des moyens supplémentaires pour les hôpitaux. Cash. Il déclare aux journalistes : "Je suis venu pour encourager les équipes qui travaillent un jour de fête, pour rencontrer les familles qui sont dans la douleur parce que leurs enfants sont malades, et rencontrer le personnel médical et paramédical qui fait un travail formidable".  Nicolas Sarkozy à l'hôpital Necker Accompagnant la longue procession présidentielle, dans les couloirs de l’hôpital Necker, le photo-journaliste de l’AFP Antoine Gyori nous gratifie d’un cliché fort instructif, qui permet de ranger la visite guindée des hospitaliers médiévaux au magasin des accessoires. Elégant, beau ( « on est beau quand on est amoureux » m’a dit ma concierge ! ), détendu, et souriant, le président de la République semble badiner gaiement avec les journalistes. Emane de cette image un sentiment de profond bien-être. Devant quatre jeunes et jolies infirmières, et une belle maman avec son bébé, le président plastronne un peu, il frime. Si l’on prend pour acquis que les bébés habillés en rose sont des filles, le président apparaît à l’image auprès de non moins de cinq femmes et une autre en devenir. L’hôpital serait donc une histoire de filles ? Aucune trace des vieux docteurs-barbons à lunettes, avec leurs badges phalliques, marqués « Professeur » ; aucune trace des vieux médecins moliéresques en habits traditionnels, aucune trace de la gravité propre au lieu. Aucun mec, quoi. Nous ne sommes pas, là, dans la froideur et la gravité technique de la salle d’opération, ou de la salle de réveil, mais dans la bonne humeur et l’esprit « carabin ». Le père-noël s’est même invité sous les traits ravissants d’une infirmière blonde, dont le minois timide semble trahir le plus grand moment d’émotion de toute sa vie… et, pardonnez-moi, mais... l’on entend pouffer les anges sur cette photo. C’est à tel point festif, comme image, que la jeune et jolie maman, à droite du cadre, n’a pas l’air bouleversée. Son bébé est-il malade ? On ne sait pas. On est pourtant à Necker. Ce n’est d’ailleurs le problème de personne sur ce cliché. Le bébé : on s’en fout. Tout le monde regarde Nicolas Sarkozy, tandis que la petite fille, elle, nous regarde…  « Il est né le divin enfant ( en rose ) », vous avez dit ? On ne l’avait peut-être pas remarqué, mais la campagne de l’élection présidentielle se poursuit durant les fêtes. Alors que Nicolas Sarkozy jouait au « coq », à l’hôpital Necker, l’ex-candidate socialiste, « bécassine » auto-proclamée, a également rendu sa visite de noël aux malheureux, aux damnés de la terre. Ce fut également à Paris, mais dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale du Secours Catholique, à la Cité Saint-Martin. Ségolène Royal a déclaré aux journalistes : "Le jour de Noël, c'est là sans doute qu'on prend conscience de la façon la plus aiguë des inégalités criantes, qui loin de se réduire s'aggravent". Ségolène Royal au Secours Catholique Le photo-journaliste de l’AFP Olivier Laban-Mattei a pris une image également assez significative. Ségolène Royal, plus souriante et rayonnante que jamais, est entourée exclusivement de femmes. Et, comme sur le cliché de l’AFP concernant la visite de Nicolas Sarkozy à Necker, un enfant focalise l’attention. « Il est né le divin enfant ( en rouge ) », vous avez dit ? C’est noël. Il faut entendre chanter les anges, que nous le voulions, ou non… Mais à la différence du cliché sarkozien, la photo ségoliste est plus brouillonne. Un sentiment de désordre et d’évidente désorganisation s’en dégage. Là où la structure de l’image était claire chez Sarkozy ( l’œil va de gauche à droite, du Président à la jeune maman, en passant par ces médiatrices – rieuses - que sont les soignantes ) ; on ne comprend pas bien ce qui se passe chez Ségolène. L’ex-candidate socialiste bavarde soit avec des travailleuses sociales, soit avec des femmes en situation de précarité. C’est un peu le bordel… osons le dire en ces termes. Une bien charitable, et longue, dame brune, à l’arrière plan, semble même essayer de faire un peu la police ( parmi les journalistes ? ), en disant « Ecartez-vous ! », pour donner à cette visite davantage de solennité. Il fait un peu sombre. On est loin de la blancheur immaculée de la chambre d’hôpital de Nicolas Sarkozy. On est dans l’opposition, en somme… En attendant,  les visites des autres « hospitaliers » qui fonctionnent en « système » avec l’Elysée sont passées inaperçues… Il n’y a guère que la très exhaustive AFP pour rapporter que François Fillon est allé, le soir de noël, à la rencontre de "gens qui souffrent", en visitant des familles dont l'immeuble s'est effondré samedi à Noisy-le-Sec après une explosion due au gaz. Seule l’AFP a rapporté que le fringuant locataire de Matignon s'est ensuite rendu sur la "Péniche du cœur" gérée par les Restos du cœur dans le Ve arrondissement, en présence de Véronique Colucci, veuve de Coluche. Seule l’AFP a rapporté que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a visité les urgences de l'hôpital Saint-Antoine à Paris. Seule l’AFP a rapporté que la ministre du logement, Christine Boutin, s'est rendue à l'église St-Leu-St-Gilles, près des Halles, à Paris, pour assister à une célébration de Noël avec des personnes démunies ou sans-abri. Seule l’AFP a rapporté que le ministre du Travail, Xavier Bertrand, s'est rendu dans une résidence pour personnes âgées à Bry-sur-Marne… Mais il est évident pour l’ensemble des français que toutes ces escapades hospitalières sont moins « glamour » que celle de Nicolas Sarkozy auprès de ses infirmières conquises, ou que celle de Ségolène auprès de ses femmes « dans la dèche », mais si sympathiques en leur confusion … Les français, qui adorent contempler de belles images, remercieront certainement nos amis les politiques, et le Père Noël, pour tous ces clichés si finement signifiants et si subtilement  moraux… qui démontrent bien que le si festif « circus » politique contemporain n’a aucune raison de s’arrêter durant les fêtes. Face à un tel déchaînement de « belles images », on se dit que si une fonctionnalité, disponible sur les appareils professionnels des photographes d’agence, n’est pas prête de tomber dans l’obsolescence, c’est bien la rafale… On attend avec impatience, et gourmandise, les belles images du nouvel an, et les « bonnes résolutions » médiatiques circassiennes de nos dirigeants politiques… fxa www.Apocoloquintose.com * *   *

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