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Pour la République et pour lui-même, Eric Woerth doit démissionner

Publié le 13 septembre 2010 par Hmoreigne

 Depuis qu’il est avéré qu’Eric Woerth a menti au sujet de la légion d’honneur de Patrice de Maistre, tous les observateurs décrivent la situation du ministre comme intenable. Et pourtant dimanche sur Europe 1, Eric Woerth a réaffirmé son souhait de rester au gouvernement. Dire le contraire aurait certes contribué à affaiblir un peu plus un ministre avec lequel les organisations syndicales ne veulent plus traiter. Mais, s’entêter à rester c’est contribuer par le biais des conflits d’intérêt à affaiblir la République et à nourrir le populisme dans un sentiment de tous pourris. C’est aussi jouer avec les limites de la résistance d’un homme utilisé en fusible par ses amis comme si son propre camp, inconsciemment, était à la recherche d’un martyr dans la lignée de la descente aux enfers de Pierre Bérégovoy marquée par l’épilogue que l’on sait.

En apparence, Éric Woerth est droit dans ses bottes. Touché peut être mais pas coulé. Excédé sûrement mais déterminé à ne pas démissionner. Pathétique dans tous les cas. Invité dimanche du Grand Rendez-vous Europe1 - «Le Parisien» - «Aujourd’hui en France», le ministre du Travail n’a eu de cesse de marteler «Je n’ai qu’une mission, celle de conduire à son terme la réforme des retraites», «Je n’ai rien à me reprocher, pourquoi voulez-vous que je démissionne ?» Un leitmotiv paravent d’un malaise intérieur qu’il se refuse à avouer. Comme si démissionner c’était admettre tous les griefs qui lui sont reprochés.

«Je me bats pour mon honneur, ma famille et dans le cadre de la mission qui m’a été confiée » clame le maire de Chantilly. Mais, jusqu’à quand ? Eric Woerth s’enferme dans le déni. Une dissonance cognitive profonde par laquelle il ne veut pas s’avouer qu’il est, à cet instant « t », politiquement carbonisé.

«Je veux rester au gouvernement». Accroché à son ministère comme une moule à son rocher Eric Woerth ne semble pas croire que, tel le phénix, une fois la page tournée, il pourra revenir sur le devant de la scène.

Pris à son propre piège, le ministre sait que la mise au grand jour de son rôle de grand argentier de la Sarkozie l’a fait passer du rôle de ministre brillant et compétent à celui « d’homme qui en savait trop » voué à subir la question . On comprend les sueurs froides qui peuvent être les siennes tant, jour après jour, le fil de l’affaire Bettencourt tire l’enquête vers des soupçons de favoritisme et de financement politique illégal autour des grands donateurs de l’UMP.

Mediapart et Laurent Mauduit son fin limier, semblent avoir levé un nouveau lièvre l’affaire Wildenstein présentée comme ressemblant à s’y méprendre à l’affaire Bettencourt. A défaut de pouvoir être offensif, Eric Woerth est donc condamné à adopter une posture défensive façon fort chabrol , à dénoncer l’acharnement des médias et l’électoralisme de l’opposition.

« Je pense que le PS devrait baisser au niveau de l’agressivité, il y a une agressivité folle, c’est extraordinairement inquiétant », a lâché le ministre. C’est sans doute un peu vrai mais, en s’obstinant à vouloir traverser la tempête la grande voile déployée, Eric Woerth prend tous les risques.

Gérard Carreyrou qui fût l’ami de Pierre Bérégovoy invite dans France Soir le ministre à démissionner de son propre chef du gouvernement. Le journaliste estime que « Pour Eric Woerth une démission choisie et rapide vaudrait mieux qu’une lente destruction ». Pour la république aussi au moment où a été instituée une commission de réflexion pour la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique. Il est encore temps de faire d’un mal un bien, reconnaître les erreurs passées pour tenter de donner corps à cette « république irréprochable » promise par le candidat Sarkozy.

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