Magazine Journal intime

Y'a des soirs comme ça

Par Pierre-Léon Lalonde
Je suis stoppé sur l'accotement de la 640 entre Lorraine et Terrebonne. Dehors, entre les deux portières, ma passagère accroupie est en train de pisser sa fin de soirée. Celle-là, c'est la première fois qu'on me la fait. Mais bon, quand faut y aller, faut y aller... Encore chanceux d'avoir retrouvé quelques napkins froissées dans mes poches.
Embarqué devant un bar sur la "Main", je n'ai pas eu besoin de beaucoup de détails pour comprendre que ma cliente est en beau tabarnaque. Une trop longue journée, une trop platte soirée et un chum bourré, incapable de chauffer. J'ai tout mon temps pour l'entendre chialer, on s'en va en profonde banlieue. Je n’en demandais pas tant pour finir ma nuit.
Je suis quand même un peu nerveux, car elle m'a dit qu'elle n'avait pas d'argent sur elle et que ses clés étaient restées dans le camion de son chum. Instinctivement, je sens que je peux lui faire confiance, mais je ne peux m'empêcher de jongler. C'est à ce moment que ma cliente qui remonte sa petite culotte tombe sur le derrière sur le bord de l'autoroute. Ça va aller! dit-elle en se relevant péniblement. Je me mords les joues pour m'empêcher d'éclater de rire quand elle revient à bord pour le moins embarrassé. Elle n'est pourtant pas au bout de sa peine.
On se retrouve quelques minutes plus tard dans l'entrée de son bungalow. Elle me laisse son sac et me dit qu'elle revient tout de suite, qu'elle a un truc pour entrer par une fenêtre. Pour rire, je lui demande si elle a besoin d'une barre à clous. Après quelques instants, elle revient et me dit qu'elle la prendrait bien. C'est à mon tour d'être embarrassé quand je lui explique que c'était une farce.
Je sors du taxi pour aller examiner la fenêtre par où elle veut entrer. C'est barré de l'intérieur et c'est évident qu'elle va devoir la casser pour entrer chez elle. C'est hors de question que je m'en mêle, c'est le genre d'histoire qui peut vite se retourner contre toi. Qu'est-ce qui me dit à ce point qu'on se trouve vraiment chez elle? Ma cliente donne alors un bon coup de poing dans la fenêtre qui ne cède pas. Je pense alors que le démonte-pneu ferait sûrement l'affaire et je retourne vers l'auto en lui disant d'attendre pour qu'elle ne se blesse pas.
J'ai la tête dans le coffre du taxi quand j'entends le fracas de la fenêtre qui éclate. C'est suivi d'un : J'me suis pas fait mal! lancé par la fille toute fière d'elle. Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire. C'est tellement absurde comme situation! Déjà, je pense à ce billet...
La fille ressort par la porte de devant et vient me retrouver avec quelques billets dans les mains. À ce point, je compatis avec elle en songeant à la soirée merdique qu'elle vient de se taper. Elle s'excuse encore et encore pour tous ces inconvénients et ces déconvenues. Je la quitte en lui disant de ne pas s'en faire, que ça resterait entre nous...

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