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Tout pour être heureuse

Publié le 14 septembre 2010 par Dodo44

Si vous êtes comme moi, il vous est arrivé au moins une fois de penser ou dire à peu près cela : De quoi se plaint-elle? Elle a tout pour être heureuse! Alors, la vie en profite pour nous enseigner une leçon que nous retiendrons pour de bon.

Désormais, quand j’entends ce genre de réflexion, c’est plus fort que moi. Je chairdepoulize jusqu’au bout des doigts. À la fois d’effroi et de joie. Parce que j’y perçois une douleur inavouable. L’envie. Ou serait-ce l’envie d’être en vie?

Nous habitions une ville où tout le monde se connaissait. Papa était contre-maître à la papeterie et président du club social. Il était sportif et très actif dans la communauté. Maman était chaleureuse et adorait festoyer. La maison était souvent remplie d’invités qui dansaient jusqu’aux petites heures du matin.

J’avais dix ans. C’était l’automne. Papa était encore au travail. Nous étions en train de souper, les quatre filles et maman. Sa nature accueillante allait bientôt être mise à rude épreuve.

La lumière du portique étant éteinte, la surprise fut totale quand l’homme entra dans la cuisine. Il portait un long manteau. Maman se leva d’un bond. Elle lui demanda ce qu’il faisait chez nous. Les yeux rouges de colère, il lui reprocha sa vie parfaite. Le mari, la maison, la famille, le travail, l’argent, les amis, la santé.

Lui, vagabond, sans éducation, en marge de la société, il n’avait personne sur qui compter. Et il en avait assez. Quelqu’un devait payer. Son choix s’arrêta sur un personnage populaire comme mon père.

En un mouvement brusque, il sortit de son paletot un fusil tronqué. Et le pointa sur la poitrine de maman. Droite comme un rempart, elle nous fit signe de nous réfugier derrière elle. Je rassemblai mes petites sœurs sur-le-champ.

Le désespéré menaçait maman à bout portant. Ses bras nous servant d’abri, elle gonfla le torse et lui dit : Tu veux tirer sur moi, eh bien vas-y. Mais je te préviens. Vise et vise bien. Car si tu me manques, moi, je ne te manquerai pas!

Il replaça le fusil dans son manteau et sortit sans un mot. Maman appela papa, qui rentra immédiatement. L’inconnu disparut. Il avait désiré ce que mes parents avaient… d’enviable. Aurait-il désiré tout autant leurs innombrables tourments?

On a tout pour être heureux. Pour percevoir ce tout, ça prend d’autres yeux!

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