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le modèle Continental d'insécurité sociale

Publié le 14 septembre 2010 par Despasperdus

Il parait que l'époque est à l'entreprise citoyenne et responsable, pardon éco-responsable.

Tellement citoyenne qu'une entreprise, Continental, a posé la question suivante à ses salariés en Midi-Pyrénées :

«Êtes-vous pour ou contre l’accord de maintien de l’emploi ? »

Formidable, non ?

«Les 2 500 salariés du groupe Continental ont été consultés hier à Toulouse, Boussens et Foix, et 52 % ont approuvé, le plan de maintien de l'emploi. Mais les ingénieurs dénoncent aussi le recul des acquis sociaux, aux côtés des syndicats.» [1]

L'accord ou le plan comme l'écrivent les plumitifs de service, qui décidément ont assimilé la novlangue néo-libérale, n'était qu'un odieux chantage à l'emploi. Une vague promesse en contrepartie de réels sacrifices pour les travailleurs :

«une baisse globale de 8 % du coût de l’emploi, correspondant à 13,7 millions d’euros d’économies : gel des augmentations en 2011, baisse de la prime d’intéressement, suppression de deux jours de RTT.» [2]

Autrement dit, les dirigeants de Continental...

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c'est-à-dire les actionnaires...

en particulier, des fonds de pension... voleront 8 % en plus des richesses produites par les ouvriers de Continental...

avec la bénédiction des autorités publiques,

ce qui représente la bagatelle de 13,7 millions d'euros... soit 5000 euros environ par salarié... [3]

Un bel exemple de répartition des richesses : du vol comme disait Proudhon, en son temps...

Les capitalistes se goinfrent... parce que les trois sites dégagent déjà des bénéfices et sont très performants comme le souligne Olivier Grimoux, délégué CGT:

«Cette consultation bidon est le résultat d'un chantage organisé par la direction pour augmenter de 8 % ses profits. Notre société ne connaît aucune problème économique. Elle fait des bénéfices, sa rentabilité sur investissements est de 65 % et les carnets de commandes sont pleins». [4]

La mafia maison mère de Continental est une dangereuse récidiviste, avec dans le rôle du complice, la droite au pouvoir. Rappel des forfaits :

  • à Sarreguemines et à Clairoix, en 2007-2008, la direction de l'usine impose le retour aux 40 heures par semaine pour pérenniser l'emploi... [5]
  • à l'époque, les réactions à droite sont excessivement positives, Bernard Accoyer (UMP), président de l'Assemblée, déclare :

«Je note avec satisfaction, avec bonheur, que certaines entreprises, lorsque l'on questionne à bulletin secret leurs salariés sur la durée du travail, préfèrent travailler davantage, produire davantage, avoir davantage de salaire net.» [6]

  • un an et demi plus tard, l'usine de Clairoix ferme ses portes en dépit de la lutte exemplaire des "Contis" . On se rappelle également des provocations du gouvernement pour déstabiliser et discréditer les grévistes... [7]

Le groupe Continental place ses propres usines en concurrence, orientant la production, sur tel ou tel site, pour maintenir la pression sur les salariés... Ce rapport de forces, toujours défavorable aux forces du travail, est encouragé par les directives européennes...

L'Union européenne protège... les puissants en encourageant le dumping social... Plus, il y a d'Europe, plus le droit social et les services publics reculent... N'est-ce-pas l'ex numéro deux du MEDEF, Denis Kessler qui affirmait ?

«L'Europe est une machine à réformer la France malgré elle.» [8]

Aussi, la politique de Continental est un exemple parmi d'autres qui prouve que travailleurs et patrons n'ont décidément pas les mêmes intérêts, en dépit des discours lénifiants du patronat, de la droite, des médias dominants, et d'une partie de la gauche, en l'occurrence du parti socialiste où la notion même de lutte des classes n'est présente ni dans les textes ni dans les discours, et encore moins dans le projet.

Le chômage de masse n'est pas un accident de l'histoire, un indispensable et passager ajustement de notre économie à la mondialisation, mais bien la volonté du patronat et de ses alliés de dominer (asservir ?) les classes populaires en entretenant un climat d'insécurité sociale.

Notes

[1] La Dépêche - Continental : les salariés votent le plan de la direction

[2] L'Humanité - Les employés de Continental confrontés à un nouveau chantage

[3] AFP - vote contesté sur un marchandage emploi/coût du travail

[4] Le Point - Les "Conti" du Sud-Ouest disent oui au plan d'économies

[5] Le NouvelObs.fr - Une usine Continental repasse aux 40 heures

[6] L'Express - Continental vote la fin des 35 heures

[7] des pas perdus - solidarité avec les Contis

[8] François Ruffin : "la guerre des classes" (éditions Fayard, page 149)


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