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Sarko gaffeur, coincé, impuissant, et parano : la République est bousculée.

Publié le 16 septembre 2010 par Juan
Sarko gaffeur, coincé, impuissant, et parano : la République est bousculée.Il est politiquement correct, chez nombre d'éditorialistes, de critiquer l'opposition quand cette dernière fustigeait les atteintes aux libertés. Cette période est semble-t-il révolue, depuis que l'Elysée est accusée d'avoir fait illégalement écouter les conversations entre un journaliste du Monde et un conseiller de la Garde des Sceaux. Et mercredi matin, un violent clash est intervenu à l'Assemblée Nationale quelques heures avant le vote sans surprise de la réforme des retraites. La République est-elle bousculée ?
Le putsch de Bernard Accoyer 
Le président Bernard Accoyer (UMP) avait levé la séance, mais fut poursuivi dans les couloirs de l'Assemblée aux cris de « Démission ! Démission ! » Certains le qualifièrent de factieux et de putchiste. Bernard Accoyer avait décidé de suspendre les débats parlementaires en refusant la demande d'explication de vote individuel transmise par 165 députés de gauche. Après un examen-marathon de mardi à 16 heures jusqu'à mercredi matin 7h45 (et une pause d'une heure pour dîner), les députés notamment socialistes voulaient relayer la contestation sociale dans l'hémicycle et gagner encore quelques heures avant le vote du projet de réforme des retraites : « Je ne laisserai pas, au travers de petites manoeuvres, l'obstruction qui est paralysante et dévalorisante pour notre Parlement, se réinstaller » a expliqué Accoyer, sous les hués de la gauche, avant de suspendre la séance et de convoquer les députés pour le vote à 15h.
Le gouvernement avait en effet strictement limité le calendrier d'examen et de débat sur sa réforme : quatre jours en commission fin juillet, et 75 heures seulement - entre le 7 et le 14 septembre - pour procéder au débat en séance plénière. La manipulation est évidente. Contrairement à ses affirmations, le gouvernement Sarkozy ne voulait pas laisser du temps aux explications. Mercredi donc, le clash, inévitable, a eu lieu. Le Parti socialiste a formellement réclamé la démission du président de l'Assemblée. Accoyer « vient de faire un coup de force » a insisté Jean-Marc Ayrault, le président du groupe socialiste.
Les enquêtes illégales de l'Elysée
Peu à peu, le déroulement de l'enquête clandestine sur l'origine des fuites à la presse dans l'affaire Woerth/Bettencourt est dévoilé. Quand le Monde publie, dans son édition du 18 et 19 juillet dernier, des extraits du PV d'audition en garde à vue de Patrice de Maistre où ce dernier avoue avoir embauché Florence Woerth à la demande de son mari de ministre, Nicolas Sarkozy est furieux. La DCRI est informée que l'auteur de la fuite pourrait être David Sénat, conseiller pénal et proche de Michèle Alliot-Marie, la garde des Sceaux. La DCRI épluche alors la liste des appels entrants et sortants du téléphone portable du conseiller, et identifie un nom, Gérard Davet, journaliste au Monde. Mais la DCRi n'a pas respecté la procédure : primo, la Commission des interceptions de sécurité n'a pas été consultée. Son délégué l'a confirmé mardi au Monde. Secundo, selon le Point, ni le premier ministre ni ses services n'ont été prévenus.
Le 4 août, le procureur Philippe Courroye ouvre une nouvelle enquête préliminaire, suite à la plainte de l'ancien avocat fiscaliste de Liliane Bettencourt, Fabrice Goguel, pour violation du secret professionnel. Aucune instruction n'ayant été confiée à ce jour à un juge, on ne peut pas parler de violation du secret de l'instruction. Et la plainte de M. Foguel ne concerne pas, en fait, l'article incriminé. Le 7 septembre, Frédéric Péchenard, le directeur général de la Police Nationale et ami d'enfance de Nicolas Sarkozy, transmet au procureur Jean-Claude Marin, une note de la DCRI désignant David Sénat comme l'auteur des fuites. Quand Marin questionne ensuite la DCRI sur la procédure employée, il n'obtient aucune réponse.
Les manipulations de Carla
Carla Bruni-Sarkozy semble plaire à droite, un pari gagné 18 mois après son mariage avec Nicolas Sarkozy et de multiples opérations de communication visant à la présenter comme apaisante, glamour et désintéressée. Mais elle attise encore la curiosité. Deux ouvrages lui sont consacrés. L'un, « Carla, une vie secrète » de Besma Lahouri, est une biographie non autorisée qui dévoile de sales coulisses: chirurgie esthétique, amants multiples, communication maîtrisée, etc, tout semble y être. L'hebdomadaire Marianne en a publié quelques bonnes feuilles samedi 11 septembre. L'autre livre, « Carla et les ambitieux », de Michaël Darmon et Yves Derai, a été rédigé avec le concours de l'épouse du président français. Comme par hasard, le Point en publie à son tour des extraits, dans son édition du 16 septembre, soit 5 jours après les révélations de Marianne.
Mais la lecture de ces extraits procure quelques surprises. On découvre ainsi quelques détails de l'enquête, à nouveau clandestine, menée par les services de renseignement sur l'origine des rumeurs d'adultères au sein du couple Sarkozy qui ont défrayé la chronique en février dernier. Sophie Douzal, ex-épouse de François Sarkozy, frère de Nicolas, et Rachida Dati fréquentaient assidûment un « gourou » à qui elles confient leurs soucis, leurs inimitiés, et cherchent des conseils « pour rebondir.» Mais, en mars 2010, « les rôles sont inversés. Le mage n'est plus qui confesse, il se met à table. La police est remontée jusqu'à lui dans l'enquête déclenchée par le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, un ami de Nicolas Sarkozy, mandaté pour trouver l'origine des rumeurs d'infidélité qui touchent le couple présidentiel. » Les auteurs du livre poursuivent : « Il s'est comporté en véritable indic', se souvient un conseiller de l'Elysée, proche du dossier. (...) Il a tout balancé aux flics. » Alertée, Carla Bruni-Sarkozy aurait perdu son calme, suivant « heure par heure l'enquête menée par les plus hautes autorités de la police et du renseignement au motif d'une 'tentative de déstabilisation du président de la République' » Dans quelle République, assurément bananière, vivons-nous ? La privatisation des moyens de renseignements au profit d'une histoire sans intérêt que mondain.
L'impuissance de Christine Lagarde.
La ministre de l'Economie a levé un coin du voile qui entoure les réflexions gouvernementales sur le budget 2011. Pour mémoire, la France a promis une réduction de son déficit budgétaire de 8% en 2010 à 6% en 2011, pour atterrir à 3% en 2013. Et on comptabilise 75 milliards d'euros de niches fiscales, et environ 65 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales.
Mercredi, Christine Lagarde dévoilait la liste de 22 niches prochainement rabotées, toutes relatives à la fiscalité des revenus des particuliers, pour 440 millions d'euros d'économies attendues ... en 2012.  Ces 22 niches, que Christine Lagarde a dévoilé dans les colonnes du Figaro, coûtent 4,4 milliards d'euros au budget de l'Etat, et le rabot ne sera effectif que sur l'impôt sur le revenu  2011 payé en 2012.
  • Investissements dans l'immobilier de loisirs (3 niches concernées)
  • Investissements forestiers
  • Investissements dans des résidences hôtelières à vocation sociale
  • Certains investissements outre-mer (4 niches concernées)
  • Souscriptions au capital des sociétés non cotées et souscriptions de parts de FCPI et de parts de FIP (2 niches concernées)
  • Souscription au capital de Sofica (financement du cinéma)
  • Travaux de conservation ou de restauration d'objets mobiliers classés
  • Dépenses supportées en vue de la restauration complète d'un immeuble bâti
  • Souscriptions en numéraire au capital des Sofipeche (société de financement de la pêche)
  • Sommes versées sur un compte épargne codéveloppement
  • Investissement immobilier locatif neuf (dispositif Scellier)
  • Investissements immobiliers dans le secteur de la location meublée non professionnelle
  • Dépenses effectuées en vue du maintien et de la protection du patrimoine naturel (espaces naturels classés et assimilés)
  • Équipements en faveur du développement durable et des économies d'énergie (chaudière, fenêtres...)
  • Dépenses en faveur de la prévention des risques technologiques
  • Contrats d'assurance pour loyers impayés des logements locatifs conventionnés.
Source: Le Point
On peut donc constater que le gouvernement a refusé de (1) toucher au bouclier fiscal (c'était prévisible), ni (2) à revoir à la baisse le plafond individuel des niches fiscales, actuellement de 25 000 euros plus 8% du revenu imposable : plus on est riche, plus on peut profiter des exonérations fiscales désastreuses pour la solidarité nationale. On applaudit.
Mais ce ne seront pas les seuls efforts. D'autres niches fiscales seront purement et simplement supprimées. Christine Lagarde ne dévoile que deux exemples. Ainsi, quelques 20 millions de foyers risquent de voir leur facture Internet/TV/téléphone augmenter de 2 euros par mois, à cause du relèvement annoncé de la TVA sur les offres triple play des FAI : « En 2006, cet avantage fiscal coûtait 24 millions d'euros, mais, avec l'explosion de ces offres, il coûtera plus de 800 millions cette année pour l'État et plus d'un milliard l'an prochain. » expliquait Lagarde. Mais les 3 milliards d'euros de TVA perdue sur la restauration demeurent. Autre réduction, le crédit d'impôt sur l'équipement photovoltaïque sera divisé par deux. 
Où trouvera-t-on les autres économies nécessaires ? Lagarde répond : « la réduction de 5% des dépenses de fonctionnement et d'intervention annoncée par le président de la République, (...) permettra, ajoutée aux autres mesures d'économies, 7 milliards d'économies ». Les choix sarkozyens se confirment : l'effort budgétaire sera demandé au plus grand nombre, par le biais de réduction de prestations sociales ou de services publics d'une part, et d'augmentation d'impôts d'autre part. Mais Lagarde marche sur des oeufs : depuis la rentrée, Sarkozy a déjà accepté de ne pas toucher aux aides aux logements - y compris étudiant, et aux allocations aux personnes handicapées.
Pour conclure, Christine Lagarde a livré l'une de ces prévisions dont elle a le secret : le gouvernement prévoit la croissance française à 2% l'an prochain. Une prévision comme toujours très volontariste en comparaison des projections internationales : la Commission européenne voit plutôt la France à +1,6%.
Gaffeur, coincé, impuissant, et parano, le pouvoir sarkozyen offre définitivement un visage inquiétant en cette rentrée de septembre.
Mercredi soir, Nicolas Sarkozy s'échappait à Bruxelles, pour un conseil européen. Il devra s'expliquer et se défendre sur la gestion des expulsions de roms. Alors que le président français espérait reprendre la main sur le terrain diplomatique, à l'occasion de la prochaine organisation par la France des G8 et G20, l'image internationale du pays est profondément dégradée. Mardi, la Commissaire européenne à la Justice et aux Droits des Citoyens, Viviane Reding, a qualifié de honteuse l'attitude française. Elle a même annoncé son intention de demander l’ouverture d’une procédure d’infraction à la législation européenne contre la France.


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