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(Pilote CAN) Lost Girl : succube & fae pour du fantastique cheap au rabais

Publié le 16 septembre 2010 par Myteleisrich @myteleisrich


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Dans la lignée de la morosité de ces premières escarmouches de rentrée, les pays changent (remarquez que je fais des efforts en terme de nationalités traitées), mais la tonalité demeure invariable, et le Canada n'est pas en reste. Dimanche dernier, la chaîne Showcase y lançait une nouvelle série, Lost Girl, surfant sur cette vague fantastique qui fleurit actuellement un peu partout dans nos petits écrans. Une fiction qui promettait d'explorer toute la diversité des créatures de l'étrange, avec pour héroïne rien moins qu'une succube. Les rayonnages dérangés de ma bibliothèque trop bien garnie en bit-lit comprenant les deux premiers tomes des aventures de Georgina Kincaid, je mesurais ainsi à peu près le potentiel narratif du concept de départ.

C'est que j'ai une confession à vous faire : je cultive un penchant déraisonnable pour le fantastique cheap. Ce genre de série pas prétentieuse pour un sou, mais diablement divertissante - telle Blood Ties par exemple - a pu me faire passer d'excellents moments devant mon petit écran. Si bien que c'était avec un esprit ouvert, sans a priori, que j'étais prête à découvrir Lost Girl, même si la bande-annonce avait fait naître quelques craintes à son égard... Craintes malheureusement plus que confirmées par le pilote.

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La Lost Girl intronisée héroïne par la série s'appelle Bo. La jeune femme mène une vie loin d'être sédentaire, devant régulièrement rassembler au plus vite ses affaires pour s'enfuir. Car Bo n'est pas une femme ordinaire. Derrière une assurance de façade, à l'évidence endurcie par les épreuves de la vie, son quotidien consiste à gérer des facultés dont elle ne comprend ni la nature, ni la manière dont elle pourrait les maîtriser. Si ses capacités lui simplifient la vie à l'occasion, puisqu'elle parvient à manipuler ses interlocuteurs par un simple contact, elles échappent parfois de manière fort dangereuse à tout contrôle : lorsqu'elle embrasse quelqu'un, elle aspire la vie de cette personne par la même occasion. Incapable de s'arrêter, c'est ainsi qu'elle laisse régulièrement des cadavres derrière elle.  

Au début de ce premier épisode, Bo travaille comme barmaid. Elle sauve une cliente, Kenzi, qu'un homme avait drogué, espérant ainsi pouvoir abuser d'elle en toute impunité. L'intervention de Bo ne s'opère pas sans dommage, puisqu'emportée dans le feu de l'action, son baiser létal tuera le criminel. Passée la frayeur des premiers instants, avec une Kenzi dépassée par ce à quoi elle a assisté, les deux jeunes femmes font plus amplement connaissance, nouant rapidement une certaine complicité.

Mais le meurtre commis par Bo la rattrape : elle est arrêtée par une bien étrange brigade... dont les membres n'appartiennent pas seulement à la police. Elle découvre alors un autre versant de ce monde dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence : une société de fae (terme générique regroupant toutes les créatures surnaturelles), structurée et hiérarchisée, se cachant dans l'ombre. Une organisation mise en émoi par l'arrivée d'une inconnue qui attire de manière inconséquente l'attention sur eux. Plus que le mort, c'est la non affiliation de Bo à l'un des deux camps institués, "le bien vs. le mal" pour faire synthétique, qui perturbe le plus ces derniers. Qui est donc Bo ? Pourquoi son existence avait-elle été maintenue secrète jusqu'à présent ? Cet autre univers qui s'ouvre à la jeune succube va sans doute être source de plus d'interrogations que de réponses...

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A partir de ces bases fantastiques qui ne demandaient donc qu'à s'affirmer, Lost Girl s'inscrit dans un créneau cheap à l'excès, parfaitement assumé, sur le fond comme sur la forme. Dans son contenu, la série fait preuve d'une relative et malhabile subtilité, dont je soupçonne fortement le caractère involontaire. En effet, si elle exploite des allures excessivement manichéennes, ces dernières semblent, paradoxalement, plus conduire la série dans une zone grise et floue, où il apparaît bien difficile de distinguer le mal ou le bien en dépit de supposés camps clairement délimités. Les deux souhaitent la mort de l'intruse, ce qui les confond d'emblée, surtout aux yeux du téléspectateur. Finalement seul le policier venant en aide à Bo est présenté sous une lumière un tant soit peu positive.

Mais ce flou moral est également entretenu par notre héroïne : elle admet ne pas contrôler ses pouvoirs, qu'elle n'hésite cependant pas à utiliser. Elle est incapable à l'occasion de résister à la faim ; et elle tue bel et bien un homme en début d'épisode... Cependant, le message subliminal de Lost Girl est clair : ce dernier était un criminel, avec des antécédents qui plus est, permettant de faire glisser Bo dans des habits de justicière. C'est à peine si cette mort fait ciller les protagonistes, chacun étant plus concentré sur la nature de succube de la jeune femme. Si bien que l'on a finalement l'impression que les scénaristes, avec une naïveté un peu grossière, jouent avec leur attrayant concept, sans oser pleinement le mettre en scène. Voulant présenter leur héroïne comme indépendante, ils tendent inconsciemment à la détacher des contingences morales. Mais, dans le même temps, c'est avec un traitement scénaristique réinvestissant le champ des codes des super-héros qu'ils l'introduisent, souhaitant à l'évidence cultiver une certaine sympathie à son égard. Une ambivalence de traitement qui laisse un arrière-goût d'inachevé, devant une construction tour à tour maladroite et excessivement timorée.

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Au-delà du cadre binaire assez rigide qu'elle pose, Lost Girl s'avère être d'une prévisibilité vite lassante, dont les dialogues sonnent trop creux pour réveiller l'intérêt du téléspectateur. La faiblesse des moyens alloués à la réalisation, comme aux pseudos effets spéciaux, lui permet de soigner ce faux premier degré apparent pour se créer une ambiance au rabais, qui renvoie à un univers de série B, d'où percent d'importantes pointes comics. Tout au long de l'épisode, elle frôle constamment la trop fine frontière du ridicule, qu'elle finit par franchir allègrement à plusieurs reprises. Cela ne serait pas handicapant en soi si la série savait faire preuve d'une distance plus maîtrisée avec son contenu et n'oubliait pas le registre du divertissement. Malheureusement loin du cheap fun et versatile de certaines fictions, c'est plutôt dans un registre indigeste et assez pesant que Lost Girl va s'affirmer.

Si la série peine à trouver ses marques sur la forme, les acteurs ne semblent pas non plus particulièrement concernés, les lignes de dialogues ne motivant sans doute pas trop pour gagner en crédibilité. On retrouve pourtant quelques têtes familières au casting. Bo est incarnée par Anna Silk (croisée en guest dans Being Erica). A ses côtés, figurent  Zoie Palmer (The Guard), Kristen Holden-Reid (The Tudors) ou encore Ksenia Solo (quelques apparitions dans Life Unexpected la saison dernière).

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Bilan : Du cheap divertissant au ridicule pesant, il n'y a souvent qu'un pas. Lost Girl bascule malheureusement trop aisément dans le second versant. Pour une série fantastique mettant en scène des fae, elle se ré-approprie paradoxalement beaucoup plus de codes scénaristiques propres aux fictions de super-héros que ceux du surnaturel plus traditionnel. Cela lui permet de soigner une atmosphère très série B, dans laquelle il manque l'ingrédient sans doute le plus important, le divertissement (les sourires générés involontairement par certaines lignes de dialogue ne pouvant être comptabilisés comme un second degré volontaire). A la fois excessivement manichéenne, tout en ayant l'irrésistible envie de brouiller un peu les cartes sans l'oser vraiment, Lost Girl n'assume pas pleinement le registre qu'elle a choisi d'investir en prenant une succube comme héroïne...

En somme, je ne suis pas certaine qu'il y ait grand chose à sauver dans cette série. Si je me laissais aller aux comparaisons, je la classerais sans doute dans la droite lignée d'un Demons, tant au niveau des moyens budgétaires que de l'univers mis en place. A oublier.


NOTE : 3,25/10


La bande-annonce :



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