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All Blacks – Une maîtrise parfaite

Publié le 21 septembre 2010 par Sudrugby

Après un mauvais tournoi l’an passé, les Blacks se sont repris avec brio. Comme il y a quatre ans en 2006, les kiwis semblent au-dessus du lot, inaccessibles. En corrigeant leurs lacunes et en lançant de nouveaux jeunes, Graham Henry a montré que son équipe n’était pas en fin de cycle et que, malgré un vivier moins important, la Nouvelle Zélande produit toujours autant de bons joueurs. Alors certes on peut se poser la question de savoir si les All Blacks ne sont pas prêts trop tôt, s’ils ne bénéficient pas surtout de l’avantage de n’avoir aucuns cadres blessés et surtout si Graham Henry ne rééditera pas ses erreurs passées. On a lu un peu partout que les All Blacks étaient imbattables, qu’ils étaient les plus beaux, les plus forts, les plus rapides… plutôt que de paraphraser les autres sites, je vais essayer de mettre en avant ce qui pourrait leur faire défaut dans les mois à venir. Une nouvelle fois petite étude façon SWOT analysis.

- Strenghts – Nombreuses !

All Blacks – Une maîtrise parfaite

Kieran Read

Comment isoler les forces des All Blacks qui semblent être complets sur toutes les lignes ? On doutait de leur mêlée, leur touche voire leur animation offensive mais toutes nos craintes ont été balayées d’un revers dès le premier match face aux Springboks. Tout d’abord, le retour au plus haut niveau des cadres a permis à Graham Henry de bénéficier de joueurs alliant talent, physique et expérience. En première ligne, l’éclosion des frères Franks peut être mise au crédit de Tony Woodcock et de Keven Mealamu, tauliers discrets d’une équipe à la mêlée retrouvée. Ont-ils réellement besoin de l’ancien meilleur pilier au monde Carl Hayman? Après son début de saison toulonnais j’en doute sincèrement. Brad Thorn a également étonné compte tenu de son âge et de son retour tardif en Rugby Union après un passage aux Brisbane Broncos. Excellent physiquement, toujours présent au combat, il a fait oublier Chris Jack et Ali Williams. Après un Super 14 pourtant cauchemardesque avec les Highlanders, Tom Donnelly a surpris les observateurs en s’affirmant comme un excellent challenger à Nathan Sharpe et Victor Matfield en touche. En troisième ligne tout le monde connaît Richie McCaw, mais on a appris à se familiariser avec Kieran Read, numéro huit très dynamique des Crusaders, impressionnant par ses qualités d’abattage, de défense et de grattage de ballons.

All Blacks – Une maîtrise parfaite

Conrad Smith

Le retour de Piri Weepu au plus haut niveau fait plaisir, ce dernier ayant été injustement sorti de l’équipe par Graham Henry après le mondial 2007. Plus mûr et plus complet qu’auparavant, il a été le complément idéal de Dan Carter et a sauvé Aaron Cruden du naufrage lors du dernier acte de la Bledisloe Cup à Sydney. No comment on Dan Carter, toujours le même génie de ce sport. Alors qu’on le croyait fini pour le haut niveau et en partance pour une préretraite sur la rade, Joe Rokocoko a prouvé qu’il était encore bien là. Il en a d’ailleurs profité pour prolonger son contrat avec les Blues d’Auckland des la fin du tournoi. Bien que ce ne soit pas encore le grand Rokocoko que l’on a connu de ses débuts jusqu’en 2007, il semble sur la pente ascendante. Il en est de même pour Mils Muliaina, en retrait depuis quelques saisons, mais qui a profité d’une période de repos prolongée par les Chiefs pour se relancer et ainsi pousser Cory Jane à l’aile, poste qu’il occupe avec le même brio. Enfin, la perle de l’équipe, la paire de centres des Hurricanes Ma’a Nonu / Conrad Smith. Le premier a appris à jouer plus collectif et est désormais le fer de lance de nombreuses attaques Blacks, le tout à l’aide d’une capacité de franchissement rare pour un trois quart centre. A ses côtés Conrad Smith, longtemps snobé par les sélectionneurs qui le trouvaient trop frêle, est son complément idéal, toujours parfaitement placé et excellent défenseur. L’ensemble des arrières bénéficie de l’intelligence de jeu de Smith, également avocat auprès de la Haute Cour de Nouvelle-Zélande. Enfin Israel Dagg, excellent avec les Highlanders malgré leur faible niveau est la révélation kiwi de ce tournoi. Il a signé avec les Crusaders pour la prochaine saison afin de parfaire son entente avec Dan Carter et peut être Sonny Bill Williams.

- Weaknesses – Des joueurs surcotés

All Blacks – Une maîtrise parfaite

Jimmy Cowan

Un joueur qui porte le maillot à la fougère se voit généralement affublé de mot élogieux comme « prodige », « star » ou « pépite » par les médias internationaux quand il débute sa carrière internationale. Cependant certains joueurs n’ont jamais réussi à s’élever au niveau de leurs illustres coéquipiers. En premier lieu Jimmy Cowan. Pour remplacer Byron Kelleher parti à Toulouse, Graham Henry l’a fait alternativement jouer avec Brendon Leonard, au détriment d’Andy Ellis et surtout Piri Weepu, sans jamais atteindre le niveau de jeu de l’ancien demi de mêlée des Chiefs. Cette année, Weepu, pourtant décidé à partir en Europe, a été relancé avec le succès que l’on a pu voir. Il est souhaitable de le voir rester titulaire pour que les All Blacks conservent ce niveau de jeu, Jimmy Cowan évoluant dans un registre inférieur. Si Kieran Read a fait oublier Rodney So’oialo, son glorieux prédécesseur, je suis un peu plus réservé sur Jérôme Kaino voire Victor Vito que je trouve inférieurs au Jerry Collins de l’époque. Ils sont peut être en avance en ce moment, mais lorsque que leurs homologues des autres nations auront bénéficié du même temps de préparation, je doute sincèrement de les voir à leur avantage.

All Blacks – Une maîtrise parfaite

Aaron Cruden

Si Israel Dagg a crevé l’écran pour ses débuts, il n’en a pas été de même pour les autres novices de l’équipe. Aaron Cruden, René Ranger, Victor Vito et Benson Stanley sont certes de bons joueurs mais sont loin d’être indispensables à l’équipe. Leurs performances ont été plutôt correctes grâce au niveau global de l’équipe mais ils n’ont rien apporté de plus. Cela montre que le banc des All Blacks n’est peut être pas assez fourni pour tenir tout le long d’une compétition aussi relevée qu’une coupe du monde. Les faveurs de l’IRB risquent enfin de ne pas être aux goûts des autres fédérations et pourraient attiser une rancœur assez importante. Déjà favorisés pour accueillir un mondial qui était prévu comme déficitaire depuis longtemps (les contrôleurs de gestion et autres analystes de l’IRB doivent être heureux), les derniers évènements pourraient être les gouttes faisant déborder le vase. Graham Henry trouve les arbitres trop sévères ou tout simplement pas bons… le patron des arbitres de l’IRB présente donc ses excuses. Le haka est défié… l’IRB va donc désormais délivrer des amendes aux équipes qui n’accepteront plus d’être des simples spectateurs. Assez édifiant et surprenant quand on voit le concert de pleureuses après les déclarations de Peter De Villiers et les sanctions résultantes.

- Opportunities – Se renforcer pour pérenniser

All Blacks – Une maîtrise parfaite

Chris Jack

Contrairement aux Springboks et aux Wallabies, les All Blacks n’ont pas eu à déplorer de titulaires blessés. Cependant, les retours de Luke McAlister, Isaia Toeava, Sitiveni Sivivatu, Andrew Hore ou Richard Kahui pourraient renforcer le banc et densifier la concurrence. Sachant qu’en autres Zac Guilford, Hosea Gear, Neemia Tialata et Isaac Ross ont été mis de côté, Graham Henry peut vraisemblablement renforcer son équipe s’il le souhaite. En deuxième ligne, quand on regarde le niveau de forme des « papys » Victor Matfield (33 ans), Nathan Sharpe (32 ans), Brad Thorn (35 ans), Paul O’Connell (31 ans) ou Lionel Nallet (34 ans), on se dit qu’il est encore possible de voir Chris Jack (32 ans) retrouver le niveau qu’il avait avant de rejoindre les Saracens puis la Western Province. Brad Thorn et lui pourraient forme une paire de poutres très intéressante en club. Aux dernière nouvelles Ali Williams souhaiterait effectuer une pige de deux ou trois mois en Europe pour se relancer après sa succession de blessuress. Un atoût non négligeable. Le niveau de forme des Crusaders devra enfin être suivi de près lors du prochain Super 15 car, alors que leur tirage au sort semble difficile, il permettra d’étalonner le niveau des All Blacks. En effet la pléthore d’internationaux potentiels de l’équipe pourraient constituer une ossature sérieuse pour l’équipe nationale, aussi bien devant que derrière. La seule franchise de talent néo-zélandais sera donc à surveiller.

- Threats – Ne pas répéter les erreurs du passé

All Blacks – Une maîtrise parfaite

Sonny Bill Williams

Il est dit que Graham Henry a sauvé sa tête après la coupe du monde 2007 en accusant Wayne Barnes, l’arbitre de la rencontre de Cardiff face aux bleus, d’être le seul responsable de la déroute. Il oublie un peu vite ses choix discutables comme Keith Robinson aligné à la place de Chris Jack, Leon MacDonald titularisé à la place Mils Muliaina, ce dernier se retrouvant second centre éjectant Aaron Mauger du banc des remplaçant. En chamboulant une équipe qui avait tout gagné en 2006, Henry s’est également tiré une balle dans le pied. Début 2007 l’encadrement des All Blacks avait également empêché ses cadres de participer aux premières journées d’un Super 14 qui se retrouva sans intérêt. Ces derniers se sont ensuite mis à pleurer quand les Springboks ont envoyé une équipe bis jouer les matchs à l’extérieur du Tri Nations. En gros faites ce que je dis, pas ce que je fais… Cette année, le trio d’entraîneurs vient d’entamer des discussions avec les représentants des cinq franchises afin d’épargner du temps jeu aux groupes de sélectionnables All Blacks. Alors que la paire de centre des Hurricanes Ma’a Nonu / Conrad Smith est une référence mondiale, le pont d’or fait à Sonny Bill Williams pour rejoindre les Crusaders, jouer entre Dan Carter et Israel Dagg aux côtés d’un espoir au centre Robert Fruean ne peut pas n’être qu’une coïncidence. On sait qu’en 2006 Ma’a Nonu, bien que moins complet qu’actuellement, était titulaire et s’est vu tout simplement éjecté du groupe participant au mondial. Il était à deux doigts de s’engager en Rugby League avec les West Tigers de Balmain avant qu’Henry ne réussisse à le convaincre de rester sur l’île. Idem pour Aaron Mauger, complément naturel de Dan Carter avec les Crusaders, qui s’est fait sortir de l’équipe type. Je veux bien croire que le meilleur jouera, mais une fédération aux abois financièrement, incapable de faire une offre pour recruter Carl Hayman, ne met pas $550 000 par saison pour un joueur qui va cirer le banc. Le bis repetita des erreurs post Coupe du Monde 2007 semble poindre le bout de son nez.

All Blacks – Une maîtrise parfaite

Daniel Carter

On assiste également depuis quelques années à une forte désertion des joueurs néo-zélandais vers l’Europe ou le Japon, championnats plus intéressants financièrement (Lauaki, Bruce, Tuitavake, Wulf, Waldrom, Bateman, Bowden, Ripia, Paterson, Ellison, etc… cette année). Le vivier kiwi est toujours aussi excellent, mais la fuite des talents, voire l’allégeance des joueurs d’origine Islanders aux pays de leurs parents (cela dit un juste retour des choses), diminue le niveau global des joueurs sélectionnables et donc des franchises. Le maillot à la fougère semble moins faire rêver, et certains joueurs capitalisent sur une unique sélection pour se vendre au plus offrant. On a donc pu se rendre compte de la baisse du niveau des franchises kiwis engagées en Super 14, mis à part les Crusaders, toujours considérés comme l’une des meilleures équipes au monde. Malgré le soubresaut des Chiefs en 2009, on s’est rendu compte en 2010 que les Blues voire les Hurricanes ne font plus peur et que Carisbrook n’est plus cette forteresse imprenable. Malgré quelques transferts intérieurs intéressants, 2011 ne s’annonce pas sous les meilleurs hospices pour tout joueur ne portant pas le maillot des Crusaders. Enfin, que peut faire la Nouvelle Zélande si Dan Carter, et a un degré moindre Richie McCaw se blessent? En 2009, sans l’ancien perpignanais, l’équipe a montré ses lacunes. Stephen Donald, Aaron Cruden voire Colin Slade n’ont pas le niveau international. Luke McAlister tarde à revenir et n’a pas joué à l’ouverture depuis longtemps. Nick Evans joue en Angleterre et Stephen Brett est zappé par Henry et ses adjoints… Ces derniers comptent sur leur bonne étoile pour éviter un désastre.



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