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Des nouvelles de la dette publique

Publié le 30 décembre 2007 par Cabinetal

Le débat sur le pouvoir d'achat l'a quelque peu transférée au second plan. Comment évolue la dette publique ? Rappelons l'apparente bonne nouvelle de l'année 2006 : la dette de l'Etat était stabilisée. Oui, mais de quelle façon ! La hausse a repris depuis, même si les chiffres définitifs ne seront connus qu'à la fin du 1er semestre 2008. Petite précision méthodologique : je n'aborde ici que la dette « explicite », celle comptablement connue. Il existe aussi une dette « implicite » constituée des engagements de l'Etat. Pour la valeur d'icelle, je vous renvoie à mon billet du 28 aout 2006. Il n'y a pas lieu d'être optimiste, même si ici ou là fleurissent des explications pour dire : « ce n'est pas si grave ». A voir !

Quelques chiffres : fin 2005, la dette publique s'élevait à 1145 milliards d'euros (dont 895 pour l'Etat) et fin 2006 à 1150 milliards (dont 892 pour l'Etat). Fallait il en conclure pour autant que la dérive était endiguée, d'autant que la dette passait de 67 à 64 % du PIB ? En fait, ce résultat a été obtenu largement par réduction de l'actif de l'Etat : affectation du produit de privatisations et diminution d'encaisse de trésorerie, pas par une meilleure gestion. Et en 2007, la hausse a repris : 1184 milliards à la fin du 1er trimestre, 1216 milliards à la fin du 2eme trimestre. Et ce, principalement en raison de l'endettement de l'Etat, qui atteint 951 milliards fin juin, soit quasiment + 7% en 6 mois. Rappelons que la croissance française devrait être aux alentour de 2% pour l'année. La dette se nourrit bien évidemment des déficits récurrents, notamment celui de l'Etat quasi incapable même de rembourser ses échéances de prêt. Ces dernières années, les emprunts nouveaux ont couvert la presque totalité du déficit et des échéances. Eh oui : on emprunte pour rembourser !

D'aucuns proposent une explication simple du déficit : il serait simplement du aux « riches » qui refusent de payer. Rappelons tout d'abord que la France qui a aujourd'hui un des taux de pressions fiscales les plus élevés du monde est capable de conjuguer un niveau de dépenses sociales élevées avec un taux de chômage parmi les plus importants de la Communauté Européenne et un niveau de pauvreté fort et croissant. Bref ! une très grande inefficacité ! Selon Pierre Cahuc (professeur d'économie notamment à l'Ecole Polytechnique), citant d'ailleurs Thomas Picketty, accroître de 10 points l'impôt sur le revenu des ménages gagnant plus de 8000 € par mois n'augmenterait les recettes de l'Etat que d'un montant de 0,02 % du PIB (rappelons que le déficit de l'Etat, c'est bon an mal an entre 2 et 4 % du PIB) ; augmenter plus pourrait conduire à un « effet Laffer » : les ménages concernés réduiraient leurs revenus, réduisant ainsi leur imposition. Si l'on augmente de 10 points le taux d'imposition des ménages gagnant plus de 3500 €, l'augmentation du budget de l'Etat ne serait que de 0,7 % du PIB ! Autrement dit, s'il doit y avoir augmentation de l'impôt, elle ne peut être que généralisée, au risque d'être socialement dramatique, en terme de pouvoir d'achat, d'investissement (et donc d'emploi – dans un contexte d'entreprises aujourd'hui plutôt insuffisamment bénéficiaires) : 1 point de PIB prélevé en impôt dans le contexte français aujourd'hui, c'est une réduction du PIB de ½ point. Cette argumentation relève donc du fantasme classique : « c'est la faute à ... ». Avant de songer à s'approprier des richesses créées par d'autres, rappelons que les ressources mises à la disposition des administrations publiques sont importantes mais pas forcement utilisées de façon optimale, au mieux de l'intérêt général.

Autre argument, visant à minorer cette fois le poids de la dette : le bilan financier des administrations publiques serait positif, c'est à dire que la valeur de l'actif – ce que possède les administrations – serait largement supérieur à ce qu'elles doivent : la dette publique. Il n'est certes pas absurde de financer par emprunt un investissement public, faisant prendre en charge par les générations concernées le coût des services qu'il rend dans le temps. Ceci dit, aujourd'hui ce n'est pas le cas : les investissements de l'Etat sont inferieurs à 10 milliards par an, tandis que sa dette s'accroît de 40 milliards par an en moyenne. Ce qui veut dire que, compte tenue des tombées d'échéance, l'Etat emprunte chaque année une bonne centaine de milliards (cf. supra) soit 10 à 15 fois plus que ce qu'il investit. Par ailleurs, l'analyse financière d'une entreprise a un sens. Cette dernière a en effet une valeur , fonction de sa profitabilité attendue. Cette même analyse financière est totalement inapplicable à l'Etat : Combien vaut une école ? une gendarmerie ? Ces actifs sont incessibles ... ou quand ils le deviennent, c'est avec des décotes extrêmement importantes puisqu'inadaptés à la demande du marché. Bref, mettre face à face des biens incessibles à la valeur très incertaine et une dette identifiée qu'il faut rembourser est un argument spécieux.

La réalité est plus simple, mais pas forcément plus rassurante. Dans une société de type corporatiste comme la société française, la dette publique finance du « vent » et c'est cela qui est dramatique. Elle est le seul moyen de concilier les intérêts de groupes de pression qui s'octroient systèmes de retraite généreux, organisation du travail malthusienne, parfois immobilisme et toujours absence de régulation, et d'en limiter certes péniblement les dégâts sociaux : chômage, pauvreté. Pour combien de temps encore ?

Je ne veux cependant pas finir sur une note pessimiste. La France dispose d'atouts de taille. Et bien des points difficiles trouveraient solution s'il existait un véritable dialogue social qui exige préalablement respect de l'autre et civisme ! Sur ce, je vous souhaite à tous, une excellente année 2008.


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