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Woerthgate : un procureur défie Philippe Courroye

Publié le 28 septembre 2010 par Juan
Woerthgate : un procureur défie Philippe CourroyeSarkozy craint pour sa tête. Les affaires sont des armes de destruction massive pour les hommes politiques, et surtout le premier d'entre eux. La recommandation, lundi 28 septembre, du procureur Jean-Louis Nadal de lancer une instruction indépendante a relancé une affaire qui empoisonne l'Elysée depuis juin dernier. Comment enterrer l'affaire Woerth/Sarkozy ?  Sans surprise, on apprenait le même jour, 10 semaines après le déclenchement de l'affaire, que le procureur de Nanterre Philippe Courroye n'envisageait pas de suivre les recommandations de son collègue. L'affaire Woerth/Bettencourt/Sarkozy doit rester entre ses mains. Au nom de l'intérêt de l'Etat... sarkozyen.
1. Philippe Courroye saucissonne
Le procureur de Nanterre, par ailleurs proche de Nicolas Sarkozy, a soigneusement découpé, depuis juin, les différents pans de cette affaire en autant d'enquêtes préliminaires : « atteinte à la vie privée », « trafic d'influence », « blanchiment de fraude fiscale », « financement illégal d'activités politiques »
Le Woerthgate n'a pas livré tous ses secrets : des interventions dans la succession du sculpteur Cesar ou dans l'installation d'un casino à la vente d'un hippodrome près de Chantilly, des intrigues d'Eric de Sérigny, un proche de Nicolas sarkozy placé près du ministre du budget dès 2007 au financement de l'UMP, le périmètre d'Eric Woerth est finalement très vaste. Et dans l'affaire Bettencourt, la présence de Sébastien Proto, jeune directeur de cabinet d'Eric Woerth, dans la résidence d'été d'Antoine Arnault, beau-fils de Patrice de Maistre, en août 2009 et août 2010, n'a pas été commenté ni investiguée par le procureur.
2. Nicolas Sarkozy a peur.
Au début de l'affaire, Sarkozy affiche son soutien à son ministre accusé. Puis, l'emballement médiatique provoque stupeurs et tremblements dans les couloirs de l'Elysée. En juillet dernier, la DCRI a enquêté sur une fuite à la presse d'un procès-verbal d'audition de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Evidemment, Frédéric Péchenard, le directeur de la police nationale, a ensuite expliqué qu'il s'était auto-saisi du sujet, sans aucune instruction particulière de la Présidence de la République. On a peine à le croire. L'homme est un ami d'enfance de Nicolas Sarkozy. Même si l'on admet qu'il a agi seul, cette surveillance inopinée, en dehors de toute règle, et contre laquelle le quotidien Le Monde a porté plainte, prouve l'inquiétude sarkozyenne au sujet de l'affaire Woerth.
Cet été, nouveau coup de tonnerre : la demande de légion d'honneur de Patrice de Maistre a été instruite... par le cabinet de Nicolas Sarkozy lui-même, en l'occurrence Laurent Solly, interrogé par la police début septembre.
3. Jean-Louis Nadal presse
Lundi, en début de journée, Jean-Louis Nadal, procureur général près la Cour de cassation, explique publiquement qu'il décidé de ne pas saisir pour l'instant la Cour de Justice de la République concernant le ministre du Travail Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt. Il manque des informations à l'enquête du procureur Courroye dont il a pu se procurer les dossiers. L'eurodéputée Corine Lepage avait jeté un pavé dans la marre, le 13 août, en lui faisant cette demande de saisie de la Cour de Justice, au sujet du traitement fiscal de Liliane Bettencourt par Eric Woerth. Mais, après avoir eu accès aux différents éléments d'enquêtes de Philippe Courroye, Jean-Louis Nadal recommande, en préalable, la saisine d'un juge d'instruction. Il réclame  «Il a recommandé au procureur général de Versailles que les investigations se poursuivent dans le cadre de l'information judiciaire, seul cadre procédural de droit commun existant, qui permette le strict respect des droits de la défense, par l'accès à la procédure et l'assistance d'un avocat».Voici donc un magistrat de premier plan qui réclame explicitement une enquête indépendante. A l'Elysée, on tremble !
4. Courroye enterre
Evidemment Philippe Courroye n'a pas envie de se laisser dicter la conduite à suivre.  «Je ne suis pas homme à céder aux pressions» expliquait-il au Figaro le 22 juillet dernier, tout en disqualifiant les accusations de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt de financement politique illégal en faveur de Nicolas Sarkozy.
Il aurait pu répondre qu'il n'avait pas terminé ses enquêtes. Il a préféré laisser entendre qu'il écartait toute enquête. Selon une source anonyme citée lundi par l'AFP, il a en effet d'ores et déjà enterré le principe même d'une instruction indépendante :
« le parquet de Nanterre continue ses investigations notamment sur le volet de trafic d'influence, entamées début juillet, qui ne se sont depuis jamais arrêtées. Il a déjà procédé à des investigations approfondies. (...) Si à un moment donné, il s'avérait que des éléments donnent matière à une poursuite judiciaire alors, le procureur Courroye déciderait d'une citation directe des personnes mises en cause »
Les multiples révélations de ces derniers mois n'auraient-elles servi à rien ? Pas vraiment.
La bataille médiatique est déjà perdue.  Si la justice est saisie des travers judiciaires et moraux de ce scandale protéiforme, Nicolas Sarkozy risque gros. S'il n'est pas saisie, il perd la face.


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