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Éloge de la bourgeoisie

Publié le 28 septembre 2010 par Copeau @Contrepoints

Le capitalisme n’est pas unidimensionnel, il prospère dans une atmosphère de prudence, de modération et de justice et il abrite des qualités et d’autres vertus morales, parmi lesquelles on distingue l’amour. La parole donnée est une carte de présentation dans ce type de société ; l’honnêteté une valeur en hausse, ainsi que la sympathie et la bienveillance. L’éthique est indispensable dans le capitalisme, et pas seulement lorsque le climat économique est bon, mais surtout lorsque la crise frappe le marché.

Éloge de la bourgeoisie
Il existe peu de figures qui soient tant honnies que celle du bourgeois, ni un système économique moins valorisé que le capitalisme. Cependant, les bourgeois conduisirent les révolutions libérales qui terrassèrent le féodalisme et ses privilèges. Et, avec l’aide du capitalisme, ils arrivèrent à extraire de la misère des millions et des millions de personnes, en même temps qu’ils abolissaient l’esclavage et favorisaient l’émancipation féminine. Des siècles plus tard, bien que comme consommateurs nous nous extasions devant les progrès technologiques, voyons avec plaisir les prix des produits diminuer et jouissons du bien-être acquis, nous continuons de feindre de maudire le « vil métal » et le matérialisme, que nous accusons de tous les maux du monde. Avec aussi peu d’amis, et une fois assuré que l’anticapitalisme est un juteux commerce, il est difficile, si pas (presque) impossible, de rencontrer un ouvrage qui sauve le terme « bourgeois » de l’ostracisme auquel l’ont condamné ses ennemis et qui lui rende son honneur.

Dans The Bourgeois Virtues : Ethics for an Age of Commerce, Deirdre McCloskey, économiste réputée et également connue pour une polémique opération de changement de sexe, explique pourquoi les vertus, comprises comme habitudes ou dispositions du caractère, nous permettent d’atteindre les buts que nous poursuivons, et comment, dans les lieux où il s’enracine, le capitalisme stimule le développement personnel. Il y a longtemps que l’importance de l’éthique dans le capitalisme a déjà été mis en évidence ; par exemple, par Adam Smith (Théorie des sentiment moraux) ou par Max Weber. Ainsi, ce dernier montra comment seulement grâce à des qualités morales sûres et développées, l’entrepreneur obtient la confiance de ses employés et clients. Pour sa part, McCloskey indique que la principale vertu bourgeoise est la prudence d’acheter bon marché et de vendre plus cher, mais aussi celle de commercer au lieu d’envahir, de calculer les conséquences, et de poursuivre le bien avec compétence.

McCloskey explique qu’il existe six vertus supplémentaires qui complètent le profil de la société commerciale. Parmi celles-ci, nous trouvons la modération, qui suppose économiser et accumuler mais surtout s’éduquer soi-même dans les affaires et dans la vie, écouter humblement le client et résister à la tentation de tromper. La justice joue également un rôle essentiel : soutenir la légitimité de la propriété privée acquise honnêtement. Cela sans oublier le courage pour apprécier les personnes pour ce qu’elles peuvent faire plus que pour ce qu’elles sont et de ne pas se montrer envieux des succès du prochain. Ni de mentionner et de souligner l’importance du courage nécessaire pour assumer de nouveaux projets et surmonter la peur du changement, comme celui d’accepter les idées nouvelles.

Mais toutes ces vertus, seules, sont insuffisantes sans d’autres que McCloskey considère, généralement, plus propres au sexe féminin, comme l’amour, la foi et l’espérance : l’amour pour bien traiter les amis, les employés, les clients et, plus largement, le prochain, désirer le bien de l’Humanité ; la foi pour honorer la communauté et soutenir les traditions religieuses, culturelle et commerciales ; et l’espérance pour inspirer au travail quotidien un projet qui nous tient à coeur. Le nombre d’exemples d’entrepreneurs qui exercent cette vertu, que certains appellent « bienveillance » ou « charité » et que McCloskey englobe dans la vertu d’amour, a explosé ces derniers temps, et plus spécialement dans le pays le plus capitaliste du monde, les États-Unis, où des capitalistes comme Gates donnent des quantités exorbitantes d’argent pour la lutte contre le SIDA (287 millions de dollars) ou pour d’autres projets humanitaires (près de 30 milliards de dollars).

On observe ainsi que le capitalisme n’est pas unidimensionnel, mais qu’il prospère dans une atmosphère de prudence, de modération et de justice et qu’il abrite des qualités et d’autres vertus morales, parmi lesquelles on distingue l’amour. Par ailleurs, la parole donnée est une carte de présentation dans ce type de société ; l’honnêteté une valeur en hausse, ainsi que la sympathie et la bienveillance. Ainsi, ne discriminez-vous pas vos amis ou vos fournisseurs selon le traitement qu’il vous réserve ? Ne connaît-on pas de cas d’employés pourtant bien payés qui abandonnent l’entreprise où ils travaillent parce que leurs supérieurs sont injustes ou harceleurs ? Comme l’ont démontré des cas de corruption comme celui d’Enron, l’éthique est indispensable dans le capitalisme, et pas seulement lorsque le climat économique est bon, mais surtout lorsque la crise frappe le marché.


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