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En provençal

Publié le 28 septembre 2010 par Goure

Dans le prolongement de la conférence de Jean-Luc Domenge , quelques lignes en provençal et leur traduction, suivies de souvenirs personnels:

Uno lengo es un clapas; es uno antico foundamento ounte chasque passant a tra sa pèso d’or o d’argent o de couire; es un mounumen inmènse ounte chasco  famiho a carreja sa pèiro, ounte chasco cieuta a basti soun  pieioun..Uno lengo, en un mot, es la revelacioun de la vido vidanto, la manifestacioun de la pensado umano , l’estrumen subresant di civilisacioun e lou testamen parlant di soucieta morto o vivo. ” Frédéric Mistral (1877)

Traduction:”Une langue est un bloc; c’est un vieux fondement d’édifice pour lequel chaque passant a jeté sa pièce d’or, d’argent ou de cuivre; c’est un monument immense pour lequel chaque famille a apporté sa pierre, pour lequel chaque cité a bâti son pilier..Une langue , en un mot, est la révélation de la vie de tous les jours, la manifestation de la pensée humaine , l’instrument sacro-saint des civilisations et le testament parlant des sociétés mortes ou vives.”

A Ampus, il y a encore une vingtaine d’années, on pouvait entendre parler provençal , on pouvait échanger en provençal. Maintenant c’est fini, complètement fini . Qui , parmi les rares personnes que je rencontre , peut parler “patois” ? En effet , on ne disait pas :”je parle provençal” , mais “je parle patois”. On nous avait mis dans la tête assez d’humiliation pour rabaisser notre langue et en faire un patois.Il fallait avoir honte de notre langue maternelle et être fier de la langue française. “C’est pour créer un ciment et édifier une France unie , sans problèmes linguistiques”, me dit-on régulièrement. - Peut-être , mais être dépossédé de sa langue est quelque chose de douloureux. ..Ce n’est que beaucoup plus tard , à la retraite déjà, que j’ai découvert l’ampleur de la culture provençale , grâce aux cours dispensés par Jean-Luc Domenge à Draguignan.

Je voudrais évoquer un souvenir de mon père Emile Dauphin , né en 1908. Dans sa famille il parlait naturellement provençal. Arrivé de sa campagne Marcoux (à 6km) à l’école d’Ampus , il lui était INTERDIT de parler provençal. Chaque élève, de même. Le premier qui , dans la cour, parlait la langue défendue recevait une pièce et devait la donner à celui qui , à son tour, avait transgressé la loi. Le timide (c’était le cas de mon père) qui n’arrivait pas à refiler la pièce la gardait jusqu’au soir où il recevait la punition prévue. La plupart du temps cependant la pièce circulait entre les écoliers. Malheur à celui qui l’avait encore à l’heure de la sortie! Voilà comment petit à petit on a imposé la langue française.En plus des cours dispensés en français à l’école .

Il faut dire que le résultat était probant: mon père  (et ses camarades aussi) était parfaitement bilingue. En famille il aimait retrouver sa langue maternelle , mais dans tous les actes de la vie sociale , il savait très bien s’exprimer en français , lire et écrire en français sans faute.Ma mère , née en 1914,avait également le provençal comme langue maternelle, mais le parlait moins que mon père. Pour ses filles , ma soeur et moi,elle estimait qu’il fallait parler français afin que nous suivions bien  à l’école. J’ai remarqué que les femmes de mon entourage avaient fait plus pour le français que les hommes. Ma mère n’avait pas de souvenir de “pièce” circulant à l’école et aboutissant à une punition le soir pour le détenteur de la pièce.

J’ai lu le même procédé dans le livre “Le cheval d’orgueil” de Pierre Jakez Helias et cela se passait en Bretagne à peu près à l’époque de mon père.

Le Cheval d’orgueil est un livre largement autobiographique de Pierre-Jakez Hélias, paru en 1975, chez Plon dans la Collection Terre Humaine. Il a été rédigé en breton par l’auteur et traduit en français. Véritable succès d’édition international, il dépasse rapidement les 500 000 exemplaires et est traduit en 18 langues. Il décrit la dure vie d’une famille de paysans bigouden pauvres peu avant la Première Guerre mondiale. Il a été porté à l’écran en 1980, par le réalisateur Claude Chabrol.(Wikipedia)

De nos jours , il y a peu d’artistes dans notre région qui créent en provençal.J’aimerais citer le groupe Moussu T e lei Jovents

Le nouvel album de Moussu T e lei Jovents est sorti le 23 septembre 2010, intitulé “Putan de cançon”

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Je voudrais citer aussi Daniel Daumas que nous étions allés écouter chanter à Saint-Julien le Montagner aux alentours de 1980, grande époque des militants de gauche.. Daumas est toujours chanteur , écrivain. Pourquoi ne pas le faire venir un jour à Ampus ? Emporium pourrait prolonger la venue de Jean-Luc Domenge par celle de Daniel Daumas …


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