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Khajuraho, 29 septembre 1992

Publié le 28 septembre 2010 par Safran
Quelle galère, d’aller à Khajuraho “à la routarde” !Nous partons de Gwalior, où nous avons passé deux journées moyennement intéressantes. D’abord, prendre le train jusqu’à Jhansi, puis le bus jusqu’à Khajuraho

Khajuraho, 29 septembre 1992

Portail d'entrée du fort de Gwalior

La première étape s’effectue avec un léger retard de trente minutes pour un trajet d’une heure et demie.Le problème, c’est maintenant d’aller chercher le bus à l’autre bout de la ville, le bus qui part dans cinq minutes. Mission impossible !Pas du tout ! Un rabatteur qui nous avait repérés - nous sommes sans doute les deux seuls touristes à Jhansi - nous emmène dare-dare vers un rickshaw qui démarre avant même que nous ayons pu caser nos sacs à dos. C’est dans un bruit de pétarade que nous zigzaguons dans la circulation, entre les scooters, les cyclos, les camions, les vaches et les enfants.En dépit de tous les efforts du chauffeur nous arrivons trop tard, et nous nous résignons à prendre le prochain bus, dans quatre ou cinq heures. C’est sans compter avec la ténacité de notre rickshaw, qui n’a pas dit son dernier mot : il cramponne son guidon, et redémarre brusquement en direction de Khajuraho. Une idée vient de germer dans son esprit : nous allons rattraper le bus !Bravo ! Cinq minutes plus tard, après une queue de poisson au Khajuraho Express, et un pourboire pour Fangio, nous nous installons tant bien que mal : les rangées de sièges sont trop serrées pour nos jambes d’Occidentaux, et les bagages ne tiennent pas en dessous. Mais le plus difficile à supporter, ce sont les vibrations des vitres autrefois coulissantes qui nous empêchent d’avoir la moindre conversation. Au bout de cinq heures et demie de route, mes oreilles sifflent. Vous les entendez ?

Khajuraho, 29 septembre 1992

Vendeuses d'eau à un arrêt de bus


Baygon rouge, Baygon vert. Dommage, nous n’avons ni l’un, ni l’autre ! Notre chambre est envahie d’insectes qui volent, qui rampent, et qui sautent. Il faut fermer tous les sacs. L’autre nuit, réveillée par une démangeaison ambulante sur le cuir chevelu, j’ai dû me taper sur la tête du plat de la main pour arrêter les chatouillis…Mais nous sommes ici pour visiter les temples, vous savez, les temples aux sculptures érotiques.C’est Man Singh - qui est devenu notre cyclo attitré dès notre arrivée - qui nous emmène jusqu’au village par une tranquille petite route de campagne. Je commence à apprécier ces lents déplacements silencieux en cyclo-pousse, pendant lesquels nous avons le temps de contempler le paysage. Je ne culpabilise pas derrière le pédaleur qui transpire à grosses gouttes. Il n’a pas choisi ce métier qui est celui des plus démunis - le cyclo-pousse ne lui appartient même pas, il le loue. Autant le faire travailler puisque le prix demandé est si dérisoire pour nous !La première visite des temples est assez pénible : nous sommes arrivés trop tard, à 9 heures. Au bout d’une heure, nous nous traînons d’ombre en ombre, trop assommés de chaleur pour pouvoir nous étonner ou nous émerveiller devant la finesse des sculptures et le travail de la pierre…
Khajuraho, 29 septembre 1992

Nous nous réfugions dans le musée archéologique, puis dans la petite cour ombragée du Raja Café, tenu par une Suissesse d’une soixantaine d’années. Installée ici depuis longtemps, elle organise des excursions, loue les services de guides, réprimande les cuisiniers et les serveurs, en hindi, anglais, allemand ou français selon le cas. Tourisme oblige…

La dernière visite des temples, nous la faisons au petit matin, alors qu’il fait encore frais et que des fidèles commencent leur journée en apportant des offrandes à leurs dieux et déesses préférés. Les femmes, accompagnées de leurs enfants, portent une coupelle de cuivre brillant remplie d’eau sacrée - toute eau est sacrée en Inde - et de pétales de fleurs ; elles montent les marches qui mènent au sanctuaire, tournant le dos au soleil levant qui colore les saris d’une lumière jaune-orange.Aucune solennité dans ces gestes quotidiens qui font partie de la vie ; au contraire, les femmes bavardent et rient entre elles en aspergeant d’eau les statues des dieux qui les protégeront pendant cette nouvelle journée.


Khajuraho, 29 septembre 1992

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