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Faire ! … Mais pour quoi Faire ?

Publié le 09 octobre 2010 par Jlhuss

auxerre-neige-05-16.1286572267.JPG Il n’est pas rare en politique d’assister à l’emballement de problématiques ne répondant pas obligatoirement à un désir véritable des populations ni à une nécessité « vitale » pour une ville ; il s’agira ici d’Auxerre.
En clair, prisonnier d’un programme énoncé à grands renforts de trompes lors de sa campagne électorale, le vainqueur veut ensuite reprendre la fameuse antienne, « tout ce que j’ai dit je le ferai »  Cette préoccupation de faire n’est pas en elle-même condamnable, mais elle peut aussi se tempérer par une réflexion plus avancée quand la « campagne électorale » a cédé la place à l’exercice du pouvoir. Rien ne serait pire que de se figer sur des annonces si le temps montre que la proposition n’est pas tout à fait aussi importante et vitale qu’annoncée. Dans son livre d’entretiens avec Pierre-Jules Gaye dont nous faisions il y a peu un compte-rendu ici même, Guy Férez , le Maire d’Auxerre, reconnaît lui-même qu’il y a souvent loin d’une campagne à la prise réelle des responsabilités.

auxerre-neige-05-13.1286572079.JPG Ce risque de faire pour faire est à l’ordre du jour à Auxerre, à propos de la réflexion et des projets de réaménagement des quais de l’Yonne. Il s’agit d’un espace mythique de la ville, l’Yonne étant sa richesse historique, le lieu de toutes ses mutations, un espace privilégié, une colonne vertébrale à vocation de cœur, décrit par Henry Miller  :

“Je me souviens des reflets sur l’eau, des grands arbres qui se balançaient sur le doux ciel de France. Je me souviens d’avoir éprouvé alors une grande paix, une paix comme je n’en avais jamais connue dans mon pays natal.
Je regardai ma femme : elle était devenue une autre. Même les oiseaux avaient un autre air. On aimerait conserver à jamais de pareils instants … Comme disait le patron du restaurant de la rue Le Chapelais : ce n’était évidemment pas Paris!  Mais à certains égards c’était bien mieux que Paris. C’était plus français, plus authentique… “
” Le soir tombait quand j’arrivai en vue de la ville d’Auxerre qui, si mes souvenirs sont exacts, est sur l’Yonne. Il y avait un pont, comme dans toutes les villes françaises, et nous restâmes là un long moment, ma femme et moi, à regarder le reflet des arbres danser sur la rivière… A Auxerre, ce premier soir, nous dînâmes au bord du fleuve, dans une modeste petite auberge, et comme nous étions en vacances, nous nous offrîmes une bouteille de bon vin.
Je me souviens de la vue sur l’église depuis notre table, et du vin qui me descendait dans le gosier tandis que je la contemplai.”

arbre-sec-06-6.1286571948.JPG Une rivière surplombée par l’écrasante cathédrale Saint Etienne et le tombeau de St Germain, Miller parlait peut-être aussi de l’église Saint-Pierre : elle est peu visible de la terrasse du café dans lequel il dégustait et qui a d’ailleurs disparu depuis. Peu importe pour lui, Paul Bert et sa statue ornant le milieu du Pont, c’est l’ambiance qui le séduit, les reflets, une paix … sans doute aussi la femme et le vin …
Vous l’aurez compris, on ne touche pas impunément à de tels lieux. Si l’on s’y consacre, ce doit être pour des raisons péremptoires, avec parcimonie et après une vraie réflexion sur des objectifs recherchés.
On vous dira toujours que la réflexion est omniprésente, encore mieux … la concertation ! Le grand mot est lâché, celui qui permet toutes les bévues, puisqu’elles auront été « concertées ». Sans vouloir donner dans la vulgarité, nous reconnaîtrons ensemble que dans concertation, il y a C..

Lorsque la concertation s’appuie sur trois projets préparés par des services ou des cabinets ayant dès le départ une idée bien arrêtée en tête cela devient du bonneteau ou le « manipulateur » sait où se trouve ce qu’il veut imposer et n’aura aucun mal à faire soulever le bon gobelet.
Ici l’idée est aveuglante, il s’agit de modifier des sens de circulation, le parcage des voitures et des encombrants camping-cars. A la lecture des trois propositions livrées au débat de « consensus » on devine sans aucune chance de se tromper, celle qui est faite pour l’emporter : une solution « moyenne » comme disent les experts, un peu moins de voitures ici, un peu plus là … des arbres nouveaux dans tous les cas … Ces leurres cachent en fait l’essentiel : la modification profonde de la circulation, rendant les ponts surchargés et les échappements de CO2 aggravés par une boucle infernale. Celui qui tient le tapis du bonneteau n’est pas fou : ce changement fondamental et profond est présent dans tous les projets : “concertés” vous le retrouverez sous tous les gobelets, et c’est pourtant une connerie ! Trop souvent les “faiseurs de plan” arrivent avec des exemples en tête, les quais de la Gironde à Bordeaux … Certes l’Yonne coule à Paris  et  fut une époque ou à Auxerre, on croyait pouvoir faire la Place des Vosges à l’Arquebuse ! Fariboles, Auxerre n’est pas Bordeaux ni Paris et heureusement. Un architecte de notre bonne ville, Rolland Jehl, qui peut s’honorer de belles réalisations à Auxerre, vient de produire dans son blog un petit papier sur le sujet ; nos édiles devraient en prendre connaissance, l’esprit du « faire » y est bien expliqué : 

“Qu’en est-il du fond de l’affaire?
Qu’aimons-nous dans une architecture, un ensemble ou un lieu urbain?
On peut aimer la valeur symbolique, la qualité de l’ouvrage, le livre d’histoire en pierre qui s’ouvre devant nous,  le sens que dégagent les espaces vides, les perspectives, les vues;  le dialogue que nous arrivons à instaurer avec les lieux…
On peut apprécier la valeur d’usage des lieux; possibilités de rencontres, brassage social,interactions multiples.

Or que nous offrent ces projets?
Du sens? De la symbolique?  De la valeur d’usage?
Questions, malheureusement sans réponse.”

Faire ? … OUI s’il y a à faire … Pourquoi pas ! Mais pour quoi faire  ?

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Auxerrois
envoyé par jlhuss

“Je suis de toutes les couleurs et surtout de celles qui pleurent. La couleur que je porte, c’est surtout celle que l’on veut effacer.”


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