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Le score de John Edwards dans l'Iowa en dira long sur la portée actuelle des campagnes négatives

Publié le 03 janvier 2008 par Exprimeo
John Edwards a été la cible d'une vaste campagne de déstabilisation de nature à porter atteinte à son intégrité morale. Cette campagne n'a pas affecté son score bien au contraire. Est-ce le signe de temps nouveaux ? Dans le monde politique américain, la campagne négative repose sur un bon sentiment : celui du "citoyen averti". Le "citoyen averti" est à la démocratie ce qu'est le "consommateur averti" à la consommation quotidienne. C'est celui qui sait déchiffrer les fausses promesses, poser les bonnes questions, ne se laisse pas piéger par les annonces racoleuses… Mais comment construire " un citoyen averti " ? Sous cet angle, c'est simple. Il s'agit d'abord de dénoncer les "complots du concurrent". Il s'agit ensuite d'appliquer la "publicité comparative". En ce qui concerne la notion du "complot", l'axe consiste à dénoncer publiquement les comportements qui portent atteinte à la considération des consommateurs ou des citoyens. Les premiers pratiquent alors le boycott des produits désignés pour cibles. Les seconds votent contre les candidats ou contre les responsables qui ne respectent pas certaines valeurs. Aux USA, cette logique crée une véritable dictature du consommateur ou du citoyen et malheur à l'entreprise ou à l'élu qui entre dans le collimateur de groupes de pression qui organisent alors une clameur qui emporte presque tout sur son chemin. Cette clameur est d'autant plus redoutable qu'elle ne vise pas toujours à établir une stricte matérialité des faits mais à convaincre que le vrai est révélé. Un éminent juriste établissait dernièrement dans une revue technique la différence considérable qui peut exister entre "l'objectivement probable et le subjectivement certain". Dans une époque qui se dit scientifique, la place de ce que le groupe social croit vrai n'a probablement jamais été aussi grande. Le réel importe moins que ce qu'on croit qu'il est. Là réside tout le danger et toute la perversité des campagnes négatives. Elles constituent une structuration du corps social et le rendent ensuite quasi imperméable à des considérations plus objectives. Le second moyen réside dans la "publicité comparative". De nombreuses comparaisons peuvent intervenir en politique. Il est ainsi possible de comparer : les déclarations et les actes, les bonnes intentions et les votes, les chiffres officiels et des statistiques d'autres sources, les résultats d'un Etat et ceux des voisins, les résultats d'une période donnée et ceux d'une période antérieure, …. Les campagnes négatives ont occupé une place de plus en plus grande dans les démocraties modernes. C'est la reconnaissance qu'une élection est d'abord le refus d'un candidat plus que le vote positif en faveur de l'un des prétendants. Cette reconnaissance est loin d'être évidente puisqu'elle malmène sévèrement l'ego des candidats. Ces campagnes consistent aussi de plus en plus souvent à s'attaquer d'abord aux qualités majeures de ses concurrents sans respecter aucune précaution sur la vérité desdites attaques. Dés l'instant qu'un concurrent est doté d'un point fort, celui-ci fait l'objet d'un matraquage systématique pour au moins jeter le doute sur cette qualité " objective ". Ainsi, l'été 2004, bien que titulaire des décorations militaires les plus prestigieuses attribuées après des enquêtes minutieuses, John Kerry fait l'objet d'une campagne mettant en cause la réalité de son engagement pendant la guerre du Viet-Nam. Rove aurait monté de toutes pièces à l'aide de militants républicains rémunérés des déclarations fabriquées visant à attaquer Kerry sur sa qualité principale : son engagement pendant la guerre du Viet-Nam. Il s'en est suivi un matraquage de communication notamment par des campagnes web qui ont conduit à jeter le doute pendant un moment et conduire Kerry à mobiliser toute son énergie pour se justifier sur un point inconcevable en début de campagne. Bush ne tournera la page que lorsque la chute de Kerry dans les sondages avait été amorcée. Mais trop de campagnes négatives peuvent tuer les campagnes négatives. Un tournant est peut-être atteint ? Ce sera l'un des enseignements des premières primaires. Ce qui est sûr c'est que Barack Obama, à la tête d'une efficace équipe pour détecter les tendances, vient de réaliser son dernier clip avec une douceur et une autodérision toutes nouvelles qui en disent long sur les limites de l'agressivité habituelle.

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